Après une année 2007 décevante avec des ventes de véhicules flex-fuel au-dessous des espérances et un nombre de pompes E 85 loin des objectifs fixés, 2008 devrait être « une année charnière » pour le superéthanol E 85, selon les professionnels du secteur. La mise en place du dispositif gouvernemental de bonus-malus défavorable aux véhicules à essence pourrait freiner le développement de cette filière. Mais les professionnels veulent rester confiants.
Le marché français des véhicules flex-fuel et du carburant superéthanol E 85 est-il déjà en train de caler ? Le bilan de la première année de cette filière naissante se révèle décevant, mais les céréaliers-éthanoliers y croient encore. Les 3 550 voitures flex-fuel vendues en 2007, selon le Syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAA) (2 777 immatriculations officielles selon le Comité des constructeurs français d’automobiles), n’ont représenté qu’une goutte d’eau (0,66 % des véhicules particuliers) sur un marché de 1,525 million de véhicules. Un chiffre au-dessous des espérances de plusieurs dirigeants de la filière céréalière qui tablaient sur 5 000 à 8 000 unités.
Charte sur le bioéthanol
Plus d’un an après son lancement en grande pompe en novembre 2006, par le gouvernement Villepin, la charte pour le développement du superéthanol E85, signée entre les agriculteurs, les producteurs d’éthanols, les constructeurs d’automobiles et les distributeurs de carburants, n’a pas rempli tous ses objectifs. Principal problème : le nombre de pompes délivrant de l’E 85 dans les stations-service. Prévues entre 500 et 600 fin 2007, elles n’étaient que 191 au 31 décembre ! Si la grande distribution a globalement respecté son objectif de 150 pompes (Carrefour en tête), les pétroliers sont au contraire montrés du doigt. Selon le SNPAA, Total s’était engagé à mettre en place entre 200 à 275 pompes en 2007. Le groupe français n’en a ouvert que 34 ! « Il n’y a pas encore beaucoup de véhicules en circulation. Les consommateurs ne semblent pas très intéressés. En moyenne, nous observons seulement un passage par jour et par pompe », se défend Valérie Callaud, chargée de mission biocarburants chez Total. « 20 pompes supplémentaires sont en attente prochaine d’ouverture, mais les délais d’autorisation par l’administration sont un peu longs », souligne-t-elle.
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Bonus-malus gouvernemental
« Certes, mais cela n’explique pas pourquoi Total n’a pas tenu ses engagements alors que la grande distribution a réussi à le faire », répond-t-on chez les céréaliers. Comment expliquer alors ce constat décevant ? La faute peut-être au manque d’engouement de l’équipe du ministre Jean-Louis Borloo qui est restée très prudente sur le bilan écologique de cette filière, lors du Grenelle de l’environnement. L’année 2008 sera-t-elle meilleure pour le développement de l’E 85 ? Rien n’est moins sûr. Le dispositif gouvernemental du bonus-malus pourrait jouer les trouble-fête. Considérés à la même enseigne que les véhicules à essence classique, les flex-fuel ne bénéficient d’aucune incitation à l’achat. En ne prenant en compte que les émissions de CO 2 principalement et non celles du dioxyde d’azote (NOx), gaz beaucoup plus nocif pour la santé, le bonus-malus favorise les véhicules diesel. « 2008 sera une année charnière pour l’avenir du superéthanol », reconnaît Thierry Forien, directeur adjoint de la Siplec, filiale carburants des centres Leclerc. « Nous souhaitons qu’il y ait des mesures correctives pour supprimer la barrière psychologique instaurée par le gouvernement », estime Alain d’Anselme, président du SNPAA. La filière bioéthanol garde espoir de pouvoir faire évoluer la réglementaton du bonus-malus, en particulier le 27 mars lors de l’ultime réunion du comité opérationnel « énergies renouvelables » mis en place dans la foulée du Grenelle de l’environnement.
Rapport de l’Ademe
Si les distributeurs de carburants honorent leurs engagements, le nombre de pompes E 85 devrait tripler cette année. Au 18 février, elles n’étaient encore que 211, selon le ministère des Finances. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) doit par ailleurs remettre au gouvernement au printemps un rapport très attendu sur le bilan écologique des biocarburants. De quoi perturber ou conforter la filière. En attendant, les véhicules roulant à l’E 85 rejettent 4 % de CO 2 en moins que les véhicules à essence classique à motorisation équivalente. Ils présentent un coût d’utilisation plus faible grâce à un prix à la pompe de 0,835 euro/litre en moyenne (soit 20 centimes d’euros économisés par litre d’essence en tenant compte de la surconsommation de 30 % avec l’E 85) et bénéficient de plusieurs incitations fiscales (réduction du prix de la carte grise dans plusieurs régions et exonération de la taxe sur les véhicules de société notamment). Des arguments économiques de poids pour séduire encore les consommateurs…