L'année qui vient de s'écouler aura sans conteste été celle de la grande mutation de la politique agricole commune. Avec le Parlement européen, la Commission, les Etats auront négocié sans doute le tournant le plus important depuis la création de cette politique dans les années soixante. C'est la fin, à peu de choses près, de la grande régulation agricole, la fin annoncée des quotas compensée par une timide relance du recouplage des aides. Les différents secteurs de l'agriculture auront vécu cette année, qui avec appréhension ou rejet pur et simple, qui avec l'espoir d'en recueillir quelques fruits. Mais ils auront également vécu avec des marchés chamboulés, toujours aussi inattendus, à l'aune de la volatilité des prix. Retour sur les événements et les marchés.
Céréales : une réforme de trop et des protéines en moins
L'année 2013 restera sans doute marquée, chez les céréaliers, par la réforme de la Politique agricole commune qu'ils ont vivement rejetée. La cause : un prélèvement d'aides qu'ils jugent excessif, au bénéfice des éleveurs. Et surtout une risque de distorsion de concurrence dont pourraient profiter les grandes cultures allemandes.
Les soucis viennent aussi des conditions de récolte. De difficiles conditions météo jusqu'au printemps ont fait craindre le pire pour la moisson 2013. Au final, la production céréalière reste d'un volume comparable à la moyenne des cinq dernières années. Si la qualité parait globalement correcte, une dérive se confirme sur le taux de protéines du blé tendre (11,2 %). Arvalis réagit, dès l'automne, en promouvant un ensemble de pratiques : choix variétal, pilotage de l'azote, apport post épiaison. Puis la filière signe, début décembre, un accord interprofessionnel pour l'amélioration du taux de protéines. En plus des volets génétique et agronomique, le plan impose de mentionner ce critère de qualité dans les contrats de vente. Il définit un objectif de progression à 11,5 %. Autre actualité marquante, la montée en puissance du Plan silos, qui reçoit le soutien des pouvoirs publics. Mais les producteurs retiendront surtout la chute des cours, après trois années favorables. L'Insee chiffre à - 22 % la baisse de prix du blé, dans ses comptes prévisionnels de l'agriculture pour 2013.
Oléoprotéagineux : un bilan contrasté
Une année favorable au pois, mauvaise en colza, des perspectives incertaines pour les biocarburants, tel est le tableau tout en contraste de 2013. La production de colza (4,3 Mt) s'effondre de 20 %, selon Agreste. Elle subit à la fois une baisse des rendements et des surfaces, en lien avec de nombreux aléas météorologiques. Parallèlement, les cours des oléagineux plongent de 20 %, d'après les chiffres de l'Insee diffusés en décembre. Les stocks mondiaux sont élevés. D'abondantes récoltes interviennent pour le canola au Canada, le soja aux Etats-Unis et en Amérique du Sud. S'ajoute un rétropédalage de l'UE sur les biocarburants de première génération. Les eurodéputés rabaissent à 6 % l'objectif d'incorporation en 2020, avant que le Conseil n'aboutisse à aucune décision. Ce contexte baissier est toutefois limité par l'accord sur le relèvement des droits antidumping appliqués au biodiesel argentin et indonésien. De plus, la demande chinoise est forte. Côté protéagineux, l'interprofession souligne de bonnes perspectives en 2014, après une année à rendements corrects, prix élevés, avec prime couplée maintenue et sans grosses difficultés jusqu'à la récolte.
Les producteurs de viande poursuivent leurs efforts pour exporter
« L'année 2013 a été marquée notamment par l'ouverture de nouveaux marchés », explique Dominique Langlois, président d'Interbev (interprofession bétail et viandes). Il s'agit entre autres du Qatar ou encore du Japon. Et les efforts fournis pour créer de nouveaux débouchés aux productions françaises et européennes vont se poursuivre. « Certaines entreprises pourraient avoir accès au marché saoudien en 2014 », appuie Dominique Langlois. Par ailleurs, Interfel (interprofession fruits et légumes) et Interbev seraient sur le point de se réunir au sein d'une association pour renforcer la stratégie à l'export sur le pourtour méditerranéen. L'annonce devrait en être faite « courant janvier ».
Mais Dominique Langlois rappelle aussi que ce déploiement stratégique n'est possible que si la production nationale suit. Or en 2013, la consommation a baissé de 3% et les abattages de bovins de 6%. « Pour l'année à venir, il est nécessaire de redonner de la visibilité aux producteurs », estime-t-il. Mais aussi aux consommateurs, notamment depuis le scandale des lasagnes à la viande de cheval qui a éclaté début 2013. Selon Interbev, les questions relatives à l'étiquetage de la viande dans les plats préparés doivent continuer d'être posées, même si Bruxelles semble frileuse à l'idée d'obliger ce type d'étiquetage.
Lait : prix record et conflits permanents
L'année 2013 aura été paradoxale pour le secteur laitier : alors que le prix du lait a atteint des sommets (à plus de 340 euros les milles litres), les producteurs n'en ont pas véritablement profité (avec un revenu moyen de 25100 euro, plus qu'en 2012 mais moins que les deux années précédentes). La faute à des coûts de productions élevés et à des relations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs exécrables. Le ministère de l'Agriculture a même dû intervenir, organisant une médiation en avril entre l'ensemble de la filière. À l'issue de cette table ronde, une hausse de 25 euros les mille litres de lait a été octroyée aux éleveurs, pour compenser la hausse des coûts de production.
Mais si cette intervention étatique (qui a été globalement suivie par les industriels, malgré quelques cahos) a permis de desserrer les trésoreries, elle n'a rien réglé sur le fond. La contractualisation entre éleveurs et industriels à du plomb dans l'aile, et certaines organisations de producteurs accusent toujours des entreprises de bafouer les contrats. Ils affirment que leur lait est sous payé par rapport au marché, car les entreprises ne respectent pas la clause de détermination du prix du lait. Danone et Lactalis sont notamment pointés du doigt. Et, alors qu'une charte destinée à améliorer les relations entre les éleveurs et les coopératives a été présentée en avril, les relations restent complexes dans certaines coopératives, dont la plus grosse d'entre elle, Sodiaal.
L'interprofession est appelée à devenir le cadre pour apaiser ce climat. Elle s'est ouverte aux syndicats minoritaires, alors que la grande distribution demande également à en faire partie.
Préparant la fin des quotas, les pays du nord de l'Europe ouvrent les vannes et développent leur production. En France, la production de lait est en baisse en 2013 par rapport à l'année précédente, et le quota ne sera pas réalisé. La collecte a toutefois amorcé une reprise à partir de juillet, grâce à des prix en hausse, un coût de l'alimentation animale en baisse, et des conditions climatiques plus clémentes. Le cheptel de vaches laitières, en baisse depuis cinq ans, s'est stabilisé, mais l'augmentation du cheptel se concentre dans les bassins laitiers de Normandie, Nord-Picardie, Grand-Est et surtout Grand-Ouest, alors que les autres bassins continuent de perdre des effectifs.
Pour ce qui est de la réforme de la Politique agricole commune, les éleveurs laitiers intensifs sont parmi les perdants, même si la surprime aux 52 premiers hectares et l'obtention d'une enveloppe d'aides couplées va limiter les pertes. En revanche, toute idée de régulation semble abandonnée : une conférence sur l'avenir de la filière laitière après 2015, organisée le 24 septembre à Bruxelles, a accouché d'une souris, avec la création d'un observatoire des marchés. La Commission européenne publiera un rapport en juin 2014 sur le sujet. Le prix du lait devrait rester élevés en 2014, assurent tous les observateurs. Les coûts de production, et notamment celui de l'alimentation animale, ayant amorcé une baisse, les perspectives sont positives pour les éleveurs. Encore faut-il que la valeur ajoutée soit correctement partagée, en attendant ce grand saut dans l'inconnu que constitue la fin des quotas.
Les éleveurs hors-sol sont inquiets, mais actifs pour 2014
« En volailles de chair comme en œufs, nous ne sommes ni optimistes, ni pessimistes. Nous sommes dans l'action », a déclaré Christian Marinov, directeur de la Confédération française de l'aviculture (CFA), le 2 janvier. En filière volailles de chair, la disparition des restitutions à l'export est un des évènements marquants de l'année 2013. « Nous sommes inquiets, mais nous travaillons pour ne pas perdre de parts de marché à l'export », explique Christian Marinov. Les professionnels de l'aviculture veulent obtenir des aides de la Politique agricole commune (Pac), au-delà des aides disponibles dans le deuxième pilier. L'enveloppe de 400 millions d'euros du 1er pilier et dédiée aux gestions de crise intéresse la filière qui n'a pas droit à des aides directes. « Nous en avons fait part aux pouvoirs publics, mais nous n'avons toujours pas de retour. Ça va être long », poursuit-il. L'idée est de financer un plan de modernisation des bâtiments au-delà de l'enveloppe annoncée de 200 millions d'euros du PMBE (plan de modernisation des bâtiments).
À ce jour, cette enveloppe n'a pas encore été répartie entre les filières. « Nous ne sommes pas les seuls à vouloir une partie de l'enveloppe. Toutes les filières en veulent énormément », assure Christian Marinov. Ainsi, un des enjeux 2014 de la filière porcine est la répartition de l'enveloppe PMBE entre les filières animales. D'autant que la gestion de cette aide du 2e pilier est régionalisée : « L'objectif est que l'ensemble du secteur viandes blanches soit éligible dans toutes les régions », explique Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine (FNP), « il faut un fil conducteur sur l'ensemble du territoire ». Les arbitrages sont attendus au cours du premier semestre 2014. « Cette année sera une année de transition, analyse-t-il, le ton va être donné ».
Décret ICPE, et après ?
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Regagner en compétitivité est une priorité, d'autant que le Marché du porc breton (MPB) a fait état, le 2 janvier, d'une baisse des ventes de porcs (-3,8%) en 2013. Dans un contexte morose, la FNP note la parution du décret ICPE qui a créé un régime d'enregistrement à partir du 1er janvier 2014, simplifiant ainsi les restructurations d'élevage porcin. « Ce dossier est à cheval sur 2013 et 2014. Nous exigeons tout de même des conditions précises de basculement du régime d'enregistrement au régime d'autorisation », rappelle Jean-Michel Serres. De fait, ce basculement est sous le contrôle des préfets de Région et pourrait compromettre la restructuration souhaitée par les éleveurs.
De forts contrastes entre les arboriculteurs
« Loin d'être satisfaisants, les résultats des producteurs de fruits reprennent de la couleur », estime Luc Barbier, le président de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) qui incite cependant à la « prudence ! ». Tout d'abord, cette progression s'explique, selon lui, par une année 2012 de gel avec des effets très néfastes sur la production fruitière (en particulier dans le nord de la France). Et, face à la progression des revenus de 2013 en arboriculture fruitière (+7%) ou encore la valeur de la production de fruits (+ 11,3% en raison d'une hausse conjuguée des volumes et des prix), Luc Barbier rappelle les disparités qui existent entre arboriculteurs. La campagne a notamment été difficile pour les producteurs de cerises du fait d'une année tardive – ainsi, de prix en baisse face à une demande affaiblie par le temps froid du printemps. L'année fut « mauvaise » pour les producteurs de pêches du fait de la baisse de surface du verger et aussi des épisodes de grêle. Pour les abricots, la production baisse de 30% par rapport au niveau élevé de 2012, de même que la récolte européenne, observe l'Insee, et les cours se sont nettement redressés après une chute en 2012. Même si, précise Luc Barbier, il existe une très grande hétérogénéité pour cette production entre les régions, voire les microrégions, en lien notamment avec des épisodes de grêle. Une interrogation demeure sur les kiwis. Enfin, si le prix des pommes continue à s'apprécier sous l'effet d'une demande active notamment à l'exportation, « une grande partie de la production n'est pour l'heure pas vendue ». Et, le prix des poires diminue en raison d'une vive concurrence de l'Italie et de l'Espagne à l'exportation.
Les maraîchers réclament l'origine France
L'année 2013 aura été morose pour les maraîchers, commente Jacques Rouchaussé, le président des Producteurs de Légumes de France. L'Insee confirme son propos avec un repli de 4% de la valeur de la production de légumes. En cause principalement : les mauvaises conditions climatiques du printemps ont entrainé des retards de production qui n'ont jamais pu être rattrapés, confirme le syndicaliste. C'est le cas notamment pour les concombres et les courgettes dont le recul des volumes est aussi lié à une diminution des surfaces. C'est le cas aussi des endives et des choux-fleurs dont les prix baissent malgré la moindre production. Les producteurs de tomates sont ceux qui ont le plus souffert cette année, précise Jacques Rouchaussé : l'Insee atteste d'un repli de la récolte et d'un recul des prix en raison surtout de la faiblesse de la demande et de la concurrence belge et néerlandaise. Seuls les prix des carottes, des salades, des concombres et des courgettes se redressent et compensent ainsi la baisse de la production. Les producteurs de Légumes de France estiment indispensable en 2014 de renforcer la communication sur la nécessité de manger des légumes et de favoriser l'origine France également. « Nous avons la chance inouïe d'avoir le pays le plus sûr en matière de sécurité sanitaire alimentaire, rappelle l'association spécialisée de la FNSEA. Il faut le dire ». Elle juge par ailleurs nécessaire de dynamiser les rayons fruits et légumes de la distribution. Il y a urgence : la baisse des revenus prévisionnels, enregistrée par les maraîchers en 2013, est de 21 %.
Vin : encore une petite vendange, et des marchés qui se ferment
2013 a été encore une nouvelle fois une année de petite vendange, et, tandis que l'Espagne et l'Italie développent leurs exportations sur le segment des vins sans indication géographique (VSIG), la Chine se ferme aux exportations françaises.
La vendange française s'élève à 42,3 millions d'hectolitres de vin, soit 7% de moins que la moyenne 2008/2012. Soit à peine 2% de plus que la vendange de 2012, qui a été la plus basse depuis 1991, a encore confirmé Agreste, l'organe de diffusion des statistiques du ministère de l'Agriculture, juste avant Noël.
Après deux années consécutives de petites vendanges, la profession vitivinicole se pose explicitement la question : pourquoi ne pas organiser une filière de VSIG dédiée pour approvisionner ce segment de marché, tant en grande distribution qu'à l'export, là où l'Italie et l'Espagne marquent des points? Les stocks se réduisent, les prix s'élèvent et la viticulture française perd des parts de marché à l'export. Jusque là les VSIG étaient des exutoires des vins d'appellation et des vins IGP (sous indication géographique géographique protégée). Le débat devra être résolu mi-2014. Mais la mise en œuvre d'un vignoble de VSIG ne paraît pas simple, notamment eu égard à l'étanchéité entre les segments AOC et IGP et les VSIG.
Autant ce débat n'est pas tranché, autant celui du régime que la France a choisi pour son secteur viticole est clair : pas de DPU, mais maintien de l'enveloppe spécifique viticole française de 280 millions d'euros par an, a confirmé le ministre de l'Agriculture au Salon. Cela signifie que le secteur sera soutenu non pas par des aides à l'hectare indéterminées, mais par des appuis à l'investissement, à la restructuration du vignoble, à la promotion des vins dans les pays tiers.
Mais ce régime, quoique confirmé, a failli être malmené, lorsqu'à la mi-juin, sur un total annuel de 280,3 millions d'euros alloués par l'Europe, les décaissements ont atteint moins de 100 millions d'euros depuis le 16 octobre 2012, date de démarrage de l'exercice. La détermination de la profession, du ministre et du chef de l'État et de FranceAgriMer ont permis d'accélérer la consommation de l'enveloppe et de l'utiliser à 100%.
Pour les mois qui viennent, si les projets de mesures limitant la consommation de vin en France maintiennent les professionnels en alerte, la position de fermeture qu'a adopté la Chine en juin sur ses importations de vin français les préoccupe. Les procédures antisubventions prises par Pékin contre le secteur français risquent de durer au moins jusqu'en juin 2014, freinant les exportations à ce pays.
LES prix agricoles à la production ont gagné 0,7 % au mois de novembre, portés par la hausse des céréales et oléagineux, mais sont en recul de 6,4 % sur un an, selon le relevé mensuel de l'Insee publié le 20 décembre. Le prix des céréales augmente depuis deux mois, affichant une hausse de 1,9 % en novembre, avec des situations contrastées. Le blé a progressé de 2,7 % sur un mois en raison d'une offre moindre, tandis que le maïs n'a gagné que 0,5 %, en raison d'une récolte record aux États-Unis. Le prix des oléagineux est de nouveau en progression de 2,1 % en novembre, porté par une demande soutenue de soja en Chine. Le prix des vins est resté stable, la baisse du prix des vins d'appellation étant compensée par la hausse du prix des autres vins. Le prix de la pomme de terre, lui, a diminué de 8,9 % par rapport à l'année dernière, tout en se maintenant encore à un niveau élevé. Le prix des fruits frais a également chuté de 10,3 % sur un an, tiré vers le bas par la pomme et la poire, dont la production a fortement augmenté, tout comme les légumes, en glissement annuel de 7,4 %. De son côté, le prix des animaux a diminué de 1,1 % en novembre, dans un contexte de demande atone. Le prix du porc a continué de baisser de 3,3 % en raison de la concurrence allemande, tandis que le prix des œufs s'est redressé de 4,9 %, après l'épisode de surproduction du printemps et de l'été 2013.
LES négociations de l'OMC vont reprendre en 2014 avec un peu plus d'entrain. Les ministres des pays membres sont en effet parvenus en décembre à Bali à un accord qui est certes très partiel, mais sauve la crédibilité de l'organisation. Dans le domaine agricole, les décisions prises portent sur une dérogation « provisoire » pour la constitution de stocks dans les pays en développement à des fins de sécurité alimentaire – une mesure pour laquelle l'Inde a longuement négocié – et sur la gestion des quotas tarifaires d'importation, tandis qu'est réitéré l'objectif d'une « élimination parallèle de toutes les formes de subventions à l'exportation ». Par ailleurs, des dispositions ont été arrêtées pour accélérer les procédures douanières (la « facilitation des échanges »). Les ministres ont demandé à leurs représentants à Genève de « préparer dans les douze prochains mois un programme de travail bien défini sur les questions restantes ». Ce timide succès multilatéral n'empêche pas les membres de l'OMC de poursuivre d'arrache-pied de multiples pourparlers pour la conclusion d'accords bilatéraux ou régionaux. C'est notamment le cas des États-Unis, qui veulent promouvoir un vaste Partenariat transPacifique et ont entamé, parallèlement, en juillet, de complexes pourparlers pour construire un autre partenariat, transatlantique cette fois, avec l'Union européenne. Cette dernière, engagée elle aussi dans de nombreuses négociations commerciales, a déjà bouclé, en octobre, à un accord politique avec le Canada.
Pour la pomme de terre, cette année 2013 a marqué le retour à la baisse des prix. Ces derniers, en recul de 12%, ont fait plonger la valeur de la production de 5,8%, selon l'Insee. La récolte s'est redressée de 8% par rapport à 2012, mais est restée inférieure à la moyenne des cinq dernières années. Les professionnels de la production et du commerce font état de négociations commerciales plus difficiles en grande distribution, avec le retour de promotions fréquentes, qui donnent au consommateur l'impression que le vrai prix est le prix discount. À l'export, l'émergence de l'Allemagne sur le marché italien interpelle les professionnels : il va falloir compter avec ce nouveau compétiteur. Sur le plan organisationnel, l'interprofession de la pomme de terre sur le marché du frais, le Comité national interprofessionnel de la pomme de terre (CNIPT) mettra sur pied en 2014 sa nouvelle équipe. Enfin, concernant la pomme de terre de fécule, les professionnels veulent éviter à tout prix un effondrement des surfaces de pommes de terre de fécule.
Selon les documents annexes réalisés pour l'évaluation du revenu agricole, les subventions à l'agriculture ont été en baisse en 2013. Principal poste, les subventions à l'exploitation sont passées de 9,50 milliards d'euros en 2012 à 9,27 milliards en 2013. Parmi celles-ci, le paiement unique à l'exploitation est passé de 6,92 Md euros à 6,77 Md euros, tandis que les aides agroenvironnementales sont passées légèrement au-dessous du milliard (1,02 Md euros en 2012 et 0,99 Md euros en 2013. Les autres aides ont également baissé dont les subventions pour calamités agricoles qui sont passées de 116,5 millions d'euros à 43,6 millions. L'autre volet des aides publiques, les subventions aux produits, a très légèrement augmenté, passant de 1,067 Md euros en 2012 à 1,095 en 2013. La part dévolue aux productions végétales a baissé de 310 millions d'euros à 278 millions d'euros. La part de l'élevage a progressé, de 757,2 millions à 817,4 millions d'euros. Au total, les subventions à l'agriculture passent donc, entre 2012 et 2013, de 10,575 Md euros à 10,372 Md euros.
Du côté des industriels, la concentration s'est également accélérée : Sodiaal a fusionné avec la coopérative 3A et acquis les Fromageries de Blâmont ; la coopérative du Vimeu Ponthieu Marquenterre (VPM) s'est mariée avec Coop'Aliance ; Eurial avec Agrial et Coralis ; et le privé Bongrain a pris le contrôle de la coopérative Terra Lacta. Les objectifs sont la recherche d'une taille critique, avec les marchés asiatiques en ligne de mire (Sodiaal s'est associé avec le chinois Synutra pour construire des tours de séchage dans le Finistère) et la nécessité de peser plus de poids face à la grande distribution. Mais ces rapprochement ont entrainé leurs lots de licenciements, et, dénoncent certains, davantage encore éloigné les éleveurs des centres de décisions. Les entreprises laitières s'en sont globalement bien sorties en 2013 : selon l'observatoire financier du Crédit Agricole, leur « situation financière est globalement satisfaisante et en amélioration continue ». Le rapport de l'observatoire des prix et des marges met en évidence que la transformation est le seul maillon qui a augmenté ses marges en 2013. Mais les négociations concernant le prix des produits en 2014 ont très mal débutés avec la grande distribution. Tout le monde pointe les effets néfastes pour l'ensemble de la filière de la guerre des prix que se livrent les enseignes.