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Environnement 2013 : le pari de l’agro-écologie

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L’agro-écologie est le cap suivi par Stéphane Le Foll. Sans en proposer de définition, ni y accoler d’objectif, le ministre de l’Agriculture a souhaité présenter, le 18 décembre, un « projet agro-écologique pour la France ». 2013 devrait constituer l’an I de ce pari. Fait important : le ministère entend s’appuyer sur les démarches existantes, auxquelles une tribune a été accordée, lors de cette journée de rencontre baptisée : « Agricultures, produisons autrement ». Des initiatives dont Agra Presse présente ci-dessous les caractères distinctifs. Les témoignages d’agriculteurs et de réseaux « pionniers » ont montré en filigrane ce qui freine aujourd’hui le développement de systèmes moins gourmands en intrants, plus autonomes et robustes. Autant de freins qui devraient être levés pour généraliser l’arrivée d’une certaine agro-écologie dans l’ensemble des fermes françaises.

«Le premier frein au changement de mode d’agriculture, c’est le regard des autres », relève Philippe Pastoureau, agriculteur dans la Sarthe. Former un groupe de cinq autres agriculteurs « nous a donné une force », se rappelle-t-il, pour poursuivre dans la voie choisie : l‘agriculture de conservation. Lors de la journée « Agricultures : produisons autrement », organisée le 18 décembre par le ministère de l’Agriculture, les difficultés liées à l’évolution des pratiques agricoles n’ont pas été occultées. Des freins qui restent à lever pour généraliser l’agro-écologie voulue par Stéphane Le Foll. En effet, Philippe Pastoureau est loin d’être le seul à être allé chercher soutien, émulation, mais aussi réponses et appui auprès d’un groupe d’agriculteurs. Cela semble même une constante auprès des agriculteurs novateurs. Outre les groupements de valorisation agricole, ou de développement agricole des formes nouvelles se développent : forums, groupes d’échanges… Le ministère mise aussi sur des groupements d’intérêt économique et écologique, outil qui reste à construire.

Les groupes : nouvelle donne de l’agriculture innovante

Ces groupes d’agriculteurs sont souvent en lien avec la recherche, a signalé Marion Guillou. Pour Michel Griffon, la recherche doit encore « s’ajuster à l’émergence de ces agriculteurs innovants, alors qu’elle avait jusqu’ici une vision de l’agriculteur comme applicateur ». Certains réseaux misent même sur l’idée d’une recherche réellement participative. Enfin, les agriculteurs sont aussi en attente vis-à-vis de la recherche, ce que Thierry Doré, professeur d’agronomie à l’AgroParisTech, juge « heureux ». Il rappelait toutefois que les temps de la recherche et du développement agricole sont distincts.

Soutenir la transition

« Si j’avais été seul, j’aurais abandonné », poursuit Philippe Pastoureau. Parce que les premières années du changement ont été difficiles : les rendements baissaient de 2 à 3 quintaux par an. Aujourd’hui, les résultats sont au rendez-vous. Pour Vincent Tardieu, journaliste et auteur du livre Vive l’agro-révolution française, issu de son tour de France des initiatives agro-écologiques, il faut « repenser les systèmes d’aides aux agriculteurs pour soutenir une transition qui peut prendre plusieurs années ».

Besoins de formation continue et initiale

Outre le soutien financier et scientifique, la modification des pratiques agricoles demande aussi un accompagnement technique. D’un côté, il faut réformer le conseil et le dissocier de la vente de produits phytosanitaires, ont souligné certains. Cette évolution est en cours, dans le cadre du plan Ecophyto qui exige des distributeurs un agrément ainsi que la certification des conseillers. D’autre part, le conseil agronomique mérite d’être affiné pour s’adapter à ces systèmes souvent plus complexes. La formation continue des conseillers apparaît donc indispensable. Mais les moyens seront-ils disponibles, alors que le budget est serré ? Des postes de conseillers « agro-écologie » seront-ils ouverts ? Enfin, la formation initiale peut aussi être améliorée, même si les référentiels de l’enseignement agricole « ont beaucoup évolué » et laissent la place à ces nouvelles agricultures, a signalé Régine Prion, directrice d’un établissement public d’enseignement agricole à Limoges.
Enfin, cette agro-écologie évoquée par Stéphane Le Foll pourra-t-elle se passer de définition ? Thierry Doré appelait ainsi à en poser les objectifs écologiques et environnementaux : « Si on ne sait pas où on place la barre, on risque d’en rester à la discussion ». Le recensement des initiatives, confié à Marion Guillou et Bertrand Hervieu, ira peut-être dans ce sens. Certes, et le lexique ci-après le montre, ces agricultures écologiquement et économiquement performantes s’accordent, dans les mots, sur les objectifs généraux. Mais avec des modalités parfois divergentes, de par la place qu’elles accordent à la technologie, à la chimie de synthèse, ou au paramètre social. Certaines visent à améliorer les systèmes conventionnels quand d’autres estiment que les progrès sont impossibles sans une conception radicalement différente des systèmes d’exploitation. Elles ont toutefois un point commun : l’agriculteur, dans tous les cas, y reprend sa place d’acteur et de décisionnaire.

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