Un nouveau plan de réduction des phytos en vue, un renforcement des mesures anti-nitrates, des marchés toujours aussi chahutés, un embargo russe qui perdure, des économies budgétaires de l'Etat qui touchent assez fortement l'agriculture qui en dépend substantiellement… on ne peut pas dire que, sur le plan professionnel, l'année commence de manière idyllique pour les agriculteurs.

Le monde agricole est, d'une certaine manière, touché de plein fouet par un phénomène que d'autres domaines, comme les télécoms ou l'énergie ont connu : la privatisation. Certes, l'agriculture n'a jamais été nationalisée. Mais, comme d'autres domaines essentiels à la société, celui-ci se voyait soutenu et encadré par les pouvoirs publics, européens essentiellement. 2015 représente une année charnière. Elle est symbolisée par la suppression des quotas laitiers sans qu'un système alternatif efficace vienne s'y substituer.

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Cette nouvelle situation implique deux conséquences pour le monde agricole : la première, évidente, est qu'il lui faudra se débrouiller davantage par lui-même, continuer à s'organiser pour prévenir, si ce n'est éviter les crises.

La deuxième conséquence, on y pense moins. Mais elle est tout aussi importante. Les agriculteurs doivent affirmer haut et clair quel est leur modèle d'agriculture. Définir une position, pour chaque organisation syndicale, vis-à-vis des grands sujets de débat : les OGM ? On en veut ou pas ? Les fermes géantes et l'agriculture de firme ? Il en faut ou non ? Les capitaux extérieurs, il faut les accepter ou non ? Les circuits courts ? Il faut y foncer ou non ? Si la Confédération paysanne a souvent été claire sur ses choix, radicalement contre les premiers de ces aspects, le syndicalisme majoritaire a toujours répugné à prendre parti. A l'heure où des choix de productivité et d'efficacité deviennent impératifs, il n'est que temps d'annoncer à la société quelle agriculture on veut. Sans pouvoir se satisfaire de dire que toutes les agricultures méritent d'exister. Hervé Plagnol, rédacteur en chef