La crise de l'élevage, largement médiatisée pendant l'été, ne semble pas encore proche de l'issue. Dès la fin du printemps, les prémices se faisaient sentir, entre grogne des éleveurs, engagements des différents maillons de la filière et déclarations politiques. Retour sur une crise qui aura fait les gros titres des journaux cet été.
A la mi-juin déjà, Leclerc et les Mousquetaires s'engageaient à soutenir le cours du porc par l'intermédiaire de leurs outils industriels et appliquaient une hausse de 5 centimes sur le marché au cadran. Dans la foulée, Stéphane Le Foll prenait les choses en main, réunissant le 17 juin les opérateurs français du marché de la viande. À l'issue de la rencontre, le ministre se félicitait d'un accord destiné à faire remonter le prix des viandes bovine et porcine. Deux semaines plus tard, il devait pourtant nommer un médiateur pour identifier « les acteurs qui ne jouaient pas le jeu » : la hausse acceptée en apparence (atteindre 1,40€/kg pour le porc et augmenter de 20cts/kg pour la viande bovine) n'était pas au rendez-vous. Les producteurs de lait faisaient alors eux aussi entendre leur voix, tirant la sonnette d'alarme face à un prix flirtant avec les 300€/t. Après l'intervention de François Hollande lui-même, le ministre de l'Agriculture, entouré notamment de Manuel Valls, Michel Sapin et Emmanuel Macron, annonçait le 22 juillet à l'Elysée, un plan de soutien à l'élevage français (1), misant, avec ces déclarations, sur un apaisement des manifestations qui s'étaient répandues dans tout l'hexagone. Xavier Beulin appelait alors lui aussi au calme, indiquant que le but des éleveurs n'était pas « d'ennuyer nos concitoyens qui partent en vacances ».
Fin juillet, la crise du lait bat son plein
Le 24 juillet, après une table ronde réunissant les acteurs de la filière laitière, Stéphane Le Foll annonce une hausse des prix des produits laitiers (à 340€/t) entièrement répercutée sur les producteurs. Il déclare également qu'une réunion européenne consacrée à l'élevage se tiendra le 7 septembre à l'occasion du conseil agricole européen. Satisfaction « de voir ses revendications entendues » pour la FNPL. Insuffisant pour la Confédération paysanne et la Coordination rurale. Les industriels laitiers relativisent cet accord qui ne concerne selon eux « qu'une partie des produits laitiers, MDD et premiers prix ».
Dans le même temps, les pays frontaliers font entendre leur mécontentement. En réaction aux barrages mis en place par les éleveurs, l'Espagne appelle la France à garantir « en toute sécurité la libre circulation des personnes et des marchandises » le 24 juillet. De leur côté, les laitiers allemands se plaignent à Bruxelles, le 27 juillet, des dispositions annoncées par Stéphane Le Foll en faveur du lait français. Berlin dénonce également les barrages des agriculteurs français.
Viandes bovine et porcine : la pression est maintenue
Le 28 juillet, Xavier Beulin dit soutenir la « mobilisation très forte car juste, légitime et humaine » des « paysans » qui dénoncent notamment l'attitude de la restauration hors domicile et de la grande distribution qui s'approvisionneraient à l'étranger.
Le même jour, MM Le Foll, Sapin et Macron confirment la restructuration de la dette des éleveurs en difficulté ; Coop de France s'engage de son côté à « poursuivre les négociations » afin que les revalorisations de prix soient « intégralement répercutées aux éleveurs ».
Les jours suivants, les éleveurs poursuivent leurs actions, entre barrages filtrants et contrôles dans les supermarchés afin de s'assurer que la viande vendue est d'origine française et que la grande distribution tient ses engagements en matière de prix. Les manifestations des producteurs de lait se répandent en Europe, notamment en Allemagne, en Espagne, au Portugal ou en Belgique.
Le 4 août, Xavier Beulin déclare, au sujet des manifestations, que « le mouvement va se mettre plutôt en pause ». Quelques actions se poursuivent cependant en Midi-Pyrénées, en Alsace ou en Rhône-Alpes. Un calme relatif se maintient jusqu'au 11 août.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Après le calme, nouvelle tempête : la filière porc dans la tourmente
Nouveau coup de théâtre le 10 août. Deux acheteurs majeurs de porc, Bigard et Cooperl, décident de ne pas participer au marché au cadran breton, jugeant le prix du porc français (qui a enfin atteint les 1,40€ escomptés par S. Le Foll) trop élevé. Le syndicat des industriels (Sniv) en appelle à l'Autorité de la concurrence, pointant du doigt les cours français, « les plus élevés d'Europe ». Cooperl s'explique dans un courrier envoyé à ses adhérents : pendant « qu'une volonté politique de court terme a réussi à porter le cours (du porc, ndlr) à 1,40€ » en France, « l'Allemagne abaissait brutalement son prix d'achat » portant l'écart entre les deux pays à 25cts.
Dès le lendemain, l'affaire s'emballe : les éleveurs du Comité régional porcin de Bretagne affirment, à Plérin, que le ministre doit intervenir par le biais de mesures exceptionnelles d'aide pour le secteur abattage-découpe, afin que le cours soit maintenu à 1,40€. Ils craignent la disparition du marché au cadran qui signerait, selon eux, la fin de l'unité du prix du porc sur le territoire français. Cooperl exclut tout retour tant que « des réformes structurelles salutaires n'auront pas été menées ». Stéphane Le Foll quant à lui « n'envisage pas, après les efforts qui ont été faits pour sortir de la crise de l'élevage porcin, qu'il n'y ait pas de cotation au marché au cadran ». Il demande à chacun de « prendre sa part de responsabilité » et rappelle à « ceux qui se retirent » qu'ils n'avaient pas, lors de l'accord du 17 juin, proposé de solution alternative ». E. Leclerc et Intermarché réaffirment quant à eux leur volonté de maintenir leurs achats à 1,40€ mais préviennent que « la situation ne sera pas tenable à moyen terme ».
La table ronde qui s'est déroulée le 17 août au ministère de l'Agriculture entre tous les acteurs du cadran (acheteurs, vendeurs et représentants des éleveurs) à l'exception de Bigard et Cooperl, est « une simple promesse faite la semaine dernière pour tenter de faire taire la mobilisation des éleveurs », estime la Confédéra-tion paysanne dans un communiqué du même jour. Pour le syndicat, le débat se focalise autour de Plérin, une « belle manière de détourner le regard de la réalité de la crise porcine ». La Conf' estime que le cadran ne traite que « les excédents, soit 7% de la production », et c'est justement cet excédent qu'il faut traiter.
Le 12 août, cacophonie et impasse : le président de Cooperl, Patrice Drillet, n'envisage pas de participer au marché au cadran du lendemain, soutenu par Coop de France. Les Jeunes agriculteurs de leur côté, déplorent « que Cooperl et Bigard ne tiennent pas leurs engagements sur les niveaux de prix ». Xavier Beulin demande que des mesures soient prises au niveau français avant la réunion du 7 septembre.
Le lendemain, la situation reste bloquée : la séance à Plérin est annulée. Dider Lucas, président de la FDSEA 22, demande l'intervention de Manuel Valls, tandis que Stéphane Le Foll avoue qu'il ne dispose d'aucun levier, si ce n'est le dialogue et la négociation, pour inciter à la reprise de la cotation sur le marché. Les syndicats s'emparent du sujet, la FNP demandant le maintien du cours à 1,40€, l'Onep (Coordination rurale) un plan de stockage de viande fraîche et la Confédération paysanne une restructuration de la filière.
Suite à une nouvelle annulation de la séance à Plérin le 14 août, le ministère convoque une table ronde entre les différents acteurs du marché, mais sans Cooperl ni Bigard, le 17 août. Après 3 séances annulées, le marché du porc breton reprend le 18 août, sans les deux acheteurs dissidents, avec un cours à 1,389€ (-1,5 centime). Le même jour, Stéphane Le Foll reçoit le président de la Cooperl et Coop de France ; le lendemain, il rencontre Bigard. A l'issue du Conseil des ministres du 19 août, François Hollande déclare que la « crise agricole » est l'un des ses « quatre défis de la rentrée ». Nicolas Sarkozy prévoit de son côté que la crise « ne se calmera pas » car elle est structurelle.
Le 20 août, nouvelle cotation au marché du porc breton toujours en l'absence de Bigard et Cooperl. Le cours se maintient à 1,389 €/kg.