L'arrêt de la mise en place de l'élevage des canards et des oies dans 18 départements du Sud-Ouest met l'ensemble de la filière dans une situation difficile. Certains produits frais seront absents du circuit commercial pendant plusieurs semaines.
Avec l'annonce par les pouvoirs publics de l'arrêt de la mise en place des canards et des oies destinées à la production de foie gras à partir du 18 janvier pour cause d'influença aviaire, c'est toute la filière qui est touchée. C'est un coup dur pour la filière avec une décision brutale qui met tous les professionnels dans une situation très difficile, à commencer par les éleveurs » commente Marie-Pierre Pé, déléguée générale du Cifog (Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras). Le premier chiffrage du manque à gagner fait par l'organisation professionnelle oscille entre 300 et 350 millions d'euros. 18 départements du Sud-Ouest sont touchés, et 100 000 emplois sont concernés.
D'ores et déjà, la production de foie gras, soit 20 000 tonnes par an, va être perturbée en 2016 par plusieurs mois d'arrêt des élevages, durant le premier semestre, ce qui est un moindre mal , selon le Cifog, dans la mesure où 40 % des volumes sont produits à cette période, contre 60 % pour le second semestre. Le Cifog souhaite que l'élevage puisse reprendre mi-mai. Mais aucune décision n'est encore prise. D'après l'interprofession, des expertises vont être réalisées par les autorités sanitaires. En cas de reprise de l'élevage à ce moment, la production pourrait être assurée pour les ventes de fin d'année, période où 70% du chiffre d'affaires sont réalisées. Mais après le mois d'août, il sera trop tard pour profiter de ce pic des ventes.
En revanche, le canard frais du Sud-Ouest, notamment le magret et le foie frais, sera absent des commerces pour une période allant de mi-juin à la fin août au minimum. Les consommateurs devront se rabattre sur les produits d'autres régions ou sur les surgelés, observe-t-on au Cifog.
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Le vide sanitaire dans les exploitations va avoir en outre d'autres conséquences sur les éleveurs. Les mesures de bio-sécurité destinées à ce que l'épizootie ne réapparaisse pas à l'avenir vont avoir un coût pour les finances des éleveurs. Parmi elles des aménagements au niveau des bâtiments permettant une désinfection plus facile. Certaines installations devront sans doute être détruites et reconstruites selon les nouvelles exigences, note le Cifog.
« Des éléments chiffrés plus précis seront mis au point dans les prochains jours », souligne Marie-Pierre Pé, tant pour évaluer de façon détaillée le manque à gagner de l'interruption de l'élevage que les coûts liés aux aménagements des installations. C'est à partir de ces éléments que les demandes d'aides pourront être formulées avec précision. Mais d'ores et déjà « des indemnisations de l'Etat seront indispensables aux éleveurs afin de supporter cette très lourde charge », précise le Cifog. Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a confirmé que l'Etat accompagnera les éleveurs. L'interprofession table aussi sur une aide européenne.
Mardi 19 janvier, les présidents des cinq groupes parlementaires de l'Assemblée nationale ont publié un courrier de soutien à la filière du foie gras touchée par l'arrêt de l'élevage. Ils affirment aussi leur opposition à la proposition de loi visant à interdire le gavage soutenue par la députée verte Laurence Abeille.