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Picardie 75 agriculteurs se veulent les leaders des bonnes pratiques

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75 agriculteurs du bassin versant du Péron, dans le nord de l’Aisne, se sont rassemblés dans le cadre du projet Agripéron pour améliorer leurs pratiques agricoles. Le programme, qui se déroule entre 2004 à 2006, a pour but d’être une vitrine, à l’échelle du bassin versant, des bonnes pratiques et d’en évaluer les impacts sur la qualité de l’eau.

Champs doucement vallonnés à perte de vue. Un paysage typique du Nord de l’Aisne. Le bassin versant du Péron est peu peuplé. 82 % de ce territoire d’une superficie de plus de 14 000 hectares sont en SAU. On y trouve 162 exploitations tournées essentiellement vers la production de céréales, d’oléoprotéagineux, de betteraves et pour partie vers des élevages (33 sur l’ensemble du bassin). S’il y a pollution de l’eau, les agriculteurs sont principalement désignés. Et à trois reprises, le Péron a été l’objet de pollutions de fioul, dûes à des fuites dans une citerne de la coopérative. Ces problèmes ont sensibilisé les agriculteurs et la coopérative Céréna à s’investir dans l’environnement.

Un projet agri-environnemental

En 2000, la ferme pilote de Charles Brueder à Chevresis-Monceau (voir encadré) s’équipait de toutes les installations pour éviter les pollutions ponctuelles. « La qualité de l’eau du Péron est globalement satisfaisante, mais il faut prévenir les pollutions ponctuelles de produits phytosanitaires », remarque Benoît Réal, ingénieur à Arvalis. La teneur en nitrate du Péron varie de 37 à 40 mg/l, alors qu’elle dépasse les 40 mg/l dans les eaux souterraines. Depuis 2004, le programme Agripéron a pour ambition d’être la vitrine à l’échelle d’une vallée de l’utilisation des bonnes pratiques agricoles pour lutter contre les pollutions de la rivière par les nitrates et les produits phytosanitaires. 72 agriculteurs se sont engagés dans le projet pour une durée de 3 ans. Le projet, d’un montant total de plus 630 000 euros est financé pour la moitié par le programme européen Life-Environnement, instrument financier de la politique communautaire de l’environnement. 30% sont financés par l’Agence de l’eau Seine-Normandie, et 20% par les autres partenaires. « Ce projet fait partie des 150 dossiers retenus parmi les 800 candidatures déposées à l’Union Européenne. A ce jour, en France, 12 projets sont financés par l’UE», témoigne Bruno Guerre, responsable du projet Agripéron à la Chambre d’Agriculture de l’Aisne. L’aventure est coordonnée par 4 partenaires principaux : la Chambre d’agriculture de l’Aisne, la coopérative agricole Céréna, Arvalis-Institut du végétal et EADS Astrium.

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Des outils précis de diagnostic

L’originalité de ce programme ? C’est, selon Bruno Guerre, « l’implication et la sensibilisation de ces 72 agriculteurs sur un même bassin versant », et l’utilisation d’un outillage perfectionné. Charles Brueder témoigne que « nous ne sommes plus liés à des modèles, mais à des diagnostics personnels et des analyses de risques précis». Le diagnostic agri-environnemental est en effet réalisé individuellement et gratuitement sur chaque exploitation. 4 outils diagnostic élaborés par Arvalis sont testés sur le terrain : Aquavallée, Aquasite, Aqualéa et Aquaplaine, mais aussi Farmstar. Benoit Réal estime que « la fertilisation a été diminuée de 14% grâce à ces outils ». Les agriculteurs n’attendent cependant pas le diagnostic pour se mettre aux bonnes pratiques. Les bandes enherbées d’Hubert Compère, agriculteur dans le bassin versant du Péron, serpentent le long de ses champs depuis 4 ans. 1,5 hectare de surface totale pour une largeur de 5 mètres. Elles ont été aménagées et orientées spécifiquement sur le bassin versant pour éviter tout ruissellement. Il a installé des bandes enherbées le long des berges, mais aussi le long des chemins « pour éviter les projections de produits phytosanitaires sur les chemins en dur, qui sont une cause de pollution énorme ». La prochaine étape aura pour but d’évaluer les effets de ces bonnes pratiques sur la qualité de l’eau de surface de la vallée du Péron et des eaux souterraines. François Brazier, agriculteur et maire de Chevresis-Monceau remarque qu’il est difficile de mesurer les intérêts socio-économiques que représentera le programme : « Il ne sera pas facile de valoriser l’image d’un blé produit sous ses bonnes pratiques. Nous aurons la sureté d’avoir un marché, mais pas forcémment une valeur ajoutée ».