Fermé à l'automne par Gad avec grand bruit (889 emplois supprimés), l'abattoir de Lampaul-Guimiliau pourrait redémarrer sous un nouveau format avec des ex-cadres de l'entreprise. Mais son propriétaire, le groupe coopératif Cecab, fait la sourde oreille. C'est pourquoi les quatre coopératives porcines pressenties pour livrer Lampaul Agro en porcs ont pris la parole, le 15 mai.
LORS d'un point presse, les responsables des groupements de producteurs ont demandé « le soutien sans faille de toute la classe politique » pour débloquer ce dossier. Ils ont sollicité un rendez-vous avec le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, par l'entremise de Marylise Lebranchu, élue du cru, désormais ministre de la Décentralisation et de la Réforme de l'Etat dans le gouvernement Valls. Aujourd'hui, ils exigent de Cecab qu'il confie les clés de l'usine aux sept ex-cadres de Gad SAS, à l'origine du projet Lampaul Agro, avec le soutien du tissu économique de la région. L'abattoir a été fermé en octobre 2013 dans le cadre du plan de continuation de la société Gad SAS validé par le tribunal de commerce de Rennes. Gad continue d'exploiter un abattoir, celui de Josselin (Morbihan), avec 800 salariés.
Les initiateurs du projet Lampaul Agro demandent à Cecab la possibilité de lui acheter ou de louer le site industriel qui contient toujours, disent-ils, les lignes d'abattage et de découpe. Ce projet industriel consisterait en l'abattage de « 9 500 porcs par semaine dans une unité qui en traitait 30 000 dans ses plus belles années, et 18 000 avant sa fermeture », dit Philippe Bizien, président d'Aveltis, et accessoirement président du CRP Bretagne, structure de défense des intérêts de la profession. Ce projet devrait entraîner la création de 250 emplois au démarrage.
Le problème, c'est que Cecab reste silencieux sur cette demande de reprise. « Des créations d'entreprises avec 250 emplois, il n'y en a pas tant que ça », insiste Michel Bloc'h, président de Triskalia et de l'Union des groupements de Bretagne (UGPVB). Avec ses collègues présidents d'Aveltis, de Porélia et de Syproporcs, le changement de ton est perceptible et le langage plus ferme. Ces dernières semaines, le projet a reçu l'aval des chambres consulaires du département du Finistère, marqué par la crise de son industrie agroalimentaire (Doux, Marine Harvest, Gad). Une manifestation de soutien a réuni 400 personnes dans la commune début mai. Sans effet sur le groupe propriétaire de l'usine de Lampaul-Guimiliau.
LE PROJET EST INSCRIT DANS LA PACTE D'AVENIR POUR LA BRETAGNE
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« Nous exigeons désormais d'être entendus », martèle Françoit Pot, président de Porélia, une des quatre coopératives à l'origine de l'appel, avec Aveltis, Triskalia, et Syproporcs. Ces quatre structures pèsent lourd dans l'univers porcin breton. Elles représentent la moitié de la production bretonne : 3 000 producteurs, 125 000 porcs produits chaque semaine partout en Bretagne, surtout dans le Finistère. Ils réclament des pouvoirs publics qu'ils suivent le dossier jusqu'au bout. C'est en effet l'Etat et la Région Bretagne qui ont inscrit il y a quelques mois le projet Lampaul Agro dans le Pacte d'avenir pour la Bretagne signé à l'automne par le Premier ministre Ayrault pour revitaliser la région.
Autrement dit, l'Etat et la Région trouvaient alors ce dossier intéressant. Lorsque l'audit commandé au cabinet Deloitte a démarré, il leur a semblé, au départ, partir sur d'autres bases. « Il a fallu que nous insistions pour être entendus, poursuit Philippe Bizien. On a le sentiment que les nationaux ne veulent rien faire. C'est pourquoi l'Etat et la Région doivent jouer le rôle de médiateur auprès de Cecab ». L'Etat, les élus entendront-ils l'appel à la mobilisation des coopératives porcines ? Il semble qu'ils craignent que le redémarrage d'un abattoir de porcs, même de modeste capacité, ne fragilise le secteur de l'abattage porcin, encore très vulnérable en France. La restructuration industrielle n'a pas suivi en totalité, en effet, la baisse de la production : 24,3 millions de porcs produits en 2013 contre 25,17 millions en 2011 (source Marché du porc breton).
Sur ce point, Lampaul Agro est économiquement pertinent et « son business-plan est bon » (dixit Bizien qui se réfère aux premières constatations du cabinet Deloitte). Dans un rayon de 30 km autour de Lampaul-Guimiliau, 3 millions de cochons sont produits par an. Ce qui en fait un des territoires les plus denses d'Europe en production porcine. Lampaul Agro en traitera environ 500 000 dans l'année, avec un coût de transport (trajet élevage-abattoir) très compétitif. Alors qu'aujourd'hui, « le transport vers un outil d'un département voisin coûte 2 centimes par kilo, soit autant que le coût d'abattage », précise pour sa part un des sept porteurs de projet, Hervé Roumeur. L'outil produira environ 45 000 t de viande. « Nous effectuerons une découpe peu élaborée (donc à faible taux de main-d'œuvre) pour aller sur le marché européen et fabriquerons des produits avec plus d'élaboration pour le marché français, poursuit Hervé Roumeur. Notre projet ne perturbera en rien Gad-Josselin. »
A plus long terme, les responsables professionnels des groupements de producteurs considèrent que la production porcine dans le Nord-Finistère pourrait être menacée. « Contrairement à beaucoup d'autres territoires, la production porcine est bien acceptée ici, dit Michel Bloc'h (Triskalia). Mais qu'en sera-t-il dans dix ans s'il n'y a pas d'usine ? » Ce qui pourrait avoir pour conséquence de déstabiliser la filière porcine française, puisque la fixation du prix au Marché du porc breton (qui sert de référence pour le prix du vif en France) dépend pour moitié des apports des groupements finistériens. En tous les cas, leur communication a eu du bon. Ils ont rencontré les élus finistériens le 17 mai et avaient rendez-vous le 21 mai avec des conseillers des ministres de l'Agriculture et de l'Economie, à Rennes.