Moins de la moitié des emplois seront sauvegardés dans les abattoirs AIM, grâce aux deux plans de reprises validés par la justice, le 31 mars. Sur le site principal de Sainte Cécile, un projet de reprise par les salariés, avec le soutien des collectivités locales et de l'Etat, est validé. Les professionnels de la filière porcine se félicitent de cette reprise, mais rappellent qu'une restructuration du secteur abattage découpe est à moyen terme inévitable.
Victoire à l'arrachée, pour les salariés des abattoirs AIM, qui redoutaient la liquidation de leur entreprise. Après de longues négociations autour de la participation de l'Etat dans le dossier, le tribunal de commerce de Coutances a validé, le 31 mars, deux offres de reprise partielle des abattoirs normands AIM. 276 emplois sur 590 sont sauvés. « Nous sommes à la fois heureux, et tristes pour les emplois perdus », explique Aurélie Balleroy, élue CGT. Pour le site principal d'abattage et de découpe de porc, de Sainte Cécile (357 salariés), les juges ont validé l'offre de reprise par les salariés, pour 206 emplois. « On s'est battus comme des chiens. Tout le monde est fier de vous. Le juge commissaire à l'audience en pleurait », a témoigné l'avocate des salariés, Élise Brand devant les salariés. Ceux-ci détiendront 70% du capital de la société anonyme AIM, aux côtés d'une société d'économie mixte (SEM), à hauteur de 30%, détenue par le département et la région. Les salariés vont engager 500 000 euros issus de l'assurance de garantie des salaires (AGS), et 17% de leur prime de fin d'année, explique-t-elle. Cette SEM devrait faire un apport de 300 000 euros au capital, et 1,6M€ en compte courant d'associé. L'État s'engage à apporter 2,5M€, probablement sous la forme d'un prêt de la Banque publique d'investissement (BPI), indique l'avocate.
Restructuration attendue
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La future société souhaite miser sur le « porc Normand de qualité », et cibler les « boucheries et traiteurs », explique Aurélie Balleroy. AIM repart presque de zéro. Alors qu'AIM abattait plus de 10 000 porcs par semaine, il y a un an, la société n'en abat actuellement plus que 300 à 400 porcs par semaine, et envisage de passer à 1 500 début avril, 6 000 fin décembre, détaille l'avocate. Un vrai défi, particulièrement dans le secteur du porc frais, jugent les professionnels. Du côté de la filière porcine, la réaction est relativement prudente. « Le monde de la viande est un milieu compliqué », prévient Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine (FNP). « Conserver de l'emploi, on ne peut que s'en réjouir. Mais en France, nous perdons l'équivalent d'un AIM, 500 000 cochons chaque année. Il y aura une restructuration inévitable. Il y avait en Normandie une filière à qui il manquait un abattoir, nous nous réjouissons qu'il subsiste », explique Guillaume Roué, président de l'Inaporc. La production française de porcs est annoncée en baisse de 1%, selon l'Ifip, 2% selon la FNP. « La filière a besoin de restructuration, qui passe par des investissements, la suppression de sites, la création de nouveaux sites plus modernes, afin d'avoir dans l'Ouest un outil industriel plus rationnel et plus compétitif », explique Michel Rieu, responsable du pôle économie de l'Ifip-Institut du porc.