Cadences de travail, problèmes liés à l’abattage rituel, formation insuffisante, efficacité des services vétérinaires…, les premières auditions de la Commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie de l’Assemblée nationale révèlent des problèmes structurels et économiques.
Le 27 avril, Antoine Comiti, président de L214, et Brigitte Gothière, porte-parole de l’association, ont été les premiers à être auditionnés par Olivier Farloni, président de la Commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie de l’Assemblée nationale. « Peut-on tuer à la cadence d’un milliard d’animaux par an en respectant les règles ? À ce rythme, on est loin de cas de maltraitance individuels ou d’un employé déficient, c’est une question structurelle », a ainsi dénoncé Antoine Comiti. « Les salariés ont été des boucs émissaires faciles », renchérit Brigitte Gothière, citant l’abattoir de Mauléon. « Ces images ont été prises juste avant Pâques, avec un grand nombre d’agneaux à abattre et beaucoup moins de personnel », a-t-elle expliqué. Les deux membres de l’association ont mis en avant les cadences dans les abattoirs et plutôt un problème structurel. « Les images que nous avons révélées montrent des insuffisances qui ont déjà été signalées et qui étaient déjà connues », rapporte en ce sens Brigitte Gothière. « Nous ne faisons pas d’heures supplémentaires, on est plutôt en deçà des heures », réglementaires, a répondu Jack Pagès, directeur de l’abattoir municipal d’Alès, interrogé le lendemain.
Mise en cause de l’abattage rituel
À l’abattoir de Mauléon-Licharre, certifié bio, Gérard Clemente, directeur de l’établissement, incrimine la configuration de son abattoir où un mur avait été dressé pour empêcher les animaux d’assister à la mort de leurs congénères. Ce dispositif empêchait le responsable qualité d’assister directement depuis son poste de travail à la mise à mort des animaux, selon lui. « C’est un constat d’échec, je n’aurais jamais pensé que dans mon établissement il pouvait se commettre de tels actes », reconnaît le directeur, en estimant que la vidéosurveillance constitue la « seule réponse » face à ces pratiques de maltraitance. Max Roustan, maire d’Alès, a soulevé, le 28 avril, le problème de l’abattage rituel, qui représente 50 % de l’activité de l’abattoir municipal. « Il y a une manière de fonctionner spéciale. Il appartient au législateur de décider si on peut abattre ou pas de cette manière-là », observe-t-il. Brigitte Gothière a rappelé que l’abattage sans étourdissement fait débat en Europe : « L’EFSA (l’Agence européenne de sécurité sanitaire, ndlr), la Fédération des vétérinaires européens et l’Ordre des vétérinaires français » ont protesté contre cette pratique.
Des abattoirs de proximité à conserver
De son côté, Laurent Kauffmann, directeur de l’abattoir du Vigan, critique les « carences » des formations concernant la protection animale. L’établissement a d’ailleurs décidé de travailler avec un spécialiste du comportement animal. Chaque fois, les responsables soulignent le rôle économique joué par leurs abattoirs dans des régions rurales où la survie des éleveurs est conditionnée par l’existence d’un abattoir de proximité, surtout en cas de vente directe. L214 a aussi émis des interrogations sur la réalité et l’efficacité des services vétérinaires, dont la « présence continue » est théoriquement imposée par la réglementation. Mais pour qui « le bien-être animal n’est jamais une priorité comparé aux questions d’ordre sanitaire, parce que cela n’a pas de conséquence. Sauf quand les caméras sont là » dénonce Brigitte Gothière. Elle pointe le nombre insuffisant d’inspecteurs et d’inspections. « De plus, quand il y a contrôle, il est rarement suivi d’effet ou de sanctions » en cas de manquements, relève-t-elle, citant sur ce point un rapport de la Cour des comptes de février 2014.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
« Il y a d’autres images qui sont en notre possession », affirme le président de L214
« Il y a d’autres images qui sont en notre possession et qui montrent des pratiques – pas forcément exactement les mêmes – mais toutes aussi choquantes », a répondu Antoine Comiti, président de l’association L214, le 27 avril à Olivier Farloni, président de la Commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie de l’Assemblée nationale. « Nous sommes de plus en plus sollicités par des personnes de la filière, ou qui en sont proches, […] et qui nous permettent d’accéder ou nous fournissent des images », a continué Antoine Comiti. Dans le cadre de l’abattoir d’Alès, près « de 50 heures de rush » existent, selon Brigitte Gothière (« une matinée » pour l’abattoir du Vigan et « une semaine » pour Mauléon-Licharre).
Abattage rituel : la position du conseil de l’ordre des vétérinaires jugée « imprudente » par Haïm Korsia
Dans une lettre au président du conseil de l’ordre des vétérinaires Michel Baussier, dont une copie avait été aussi envoyée à Stéphane Le Foll en décembre dernier, le leader religieux de la première communauté juive d’Europe, Haïm Korsia, jugeait le positionnement de l’ordre des vétérinaires dans le « contexte politique » du moment « pour le moins imprudent, si ce n’est inconscient ». Lors d’un colloque au Sénat le 24 novembre, le représentant des vétérinaires avait souligné que, selon les élus de son ordre, « tout animal abattu doit être privé de conscience d’une manière efficace, préalablement à la saignée et jusqu’à la fin de celle-ci ». Haïm Korsia avait aussi souligné que « la notion de douleur animale au moment de l’abattage fait l’objet de débats scientifiques contradictoires ». Il avait exprimé son « indignation » suscitée par la prise de position de l’ordre des vétérinaires. Si cette dernière était entérinée, elle aura « des conséquences fâcheuses puisque les personnes de stricte observance, plus nombreuses qu’on ne le croit, se verront contraintes à recourir à l’importation ou à renoncer à la consommation de viande », prévient Haïm Korsia.