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Abeilles : « convoi mortuaire » d’apiculteurs après la forte mortalité de sortie d’hiver

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En Bretagne, les apiculteurs professionnels de la Ffap ont organisé un « convoi mortuaire » pour alerter les pouvoirs publics sur les fortes mortalités constatées sur les abeilles mellifères en sortie d’hiver. Ils pointent du doigt les produits phytosanitaires et demandent des aides exceptionnelles.

Après avoir constaté des mortalités exceptionnelles en sortie d’hiver, les apiculteurs de la Fédération française des apiculteurs professionnels (Ffap) ont entamé le 30 avril une « marche mortuaire » en Bretagne, autour d’un « corbillard de ruches mortes », qui doit terminer sa route à la Chambre d’agriculture de Bretagne, à Rennes le 4 mai, où elle sera reçue par le président de la chambre.

Selon la Ffap, « on dénombre en ce printemps près de 20 000 colonies d’abeilles exterminées » en Bretagne. « C’est du jamais vu à ce niveau, plus du tiers des abeilles ont disparu en quelques semaines dans la région », rapporte José Nadan de la Ffap à Agra Presse. Certains apiculteurs déplorent des pertes de 80 à 100 % des abeilles, rapporte-t-il.

La semaine précédente, l’Unaf (apiculteurs amateurs et professionnels) avait déjà rapporté des situations inquiétantes en Bretagne, mais aussi dans plusieurs autres régions : la Dordogne, la Charente-Maritime, l’Aisne, la Creuse et le Doubs.

Au travers de cette manifestation, les apiculteurs de la Ffap veulent « dénoncer (la façon dont) l’agrochimie extermine impunément des milliers de colonies d’abeilles sur un territoire », explique-t-elle dans un communiqué. Les apiculteurs demandent également des aides exceptionnelles pour surmonter cette crise. La marche a reçu le soutien de la Confédération paysanne, qui s’y joindra devant la chambre d’agriculture.

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Pas d’obligation de déclarer les pertes d’abeilles

À ce jour, il n’existe pas d’obligation de déclarer les pertes d’abeilles dans la filière apicole, et donc aucun observatoire fin des mortalités. « On manque vraiment de cet outil en France », explique Julien Vallon, coordinateur "Bioagresseurs et santé de l’abeille" à l’institut technique de l’apiculture (Itsap). Selon Julien Vallon, les données les plus précises collectées en France témoignent de mortalités de sortie d’hiver s’élevant à 20-30 % en moyenne chaque année.

Un Observatoire des mortalités et des affaiblissements de l’abeille mellifère (Omaa) vient tout juste d’être mis en place en février. Mais « c’est un guichet mis en place par l’État pour que les apiculteurs puissent déclarer leurs pertes, c’est plutôt de l’évènementiel », explique Julien Vallon. Autrement dit, il ne s’agit pas vraiment d’un observatoire. Il concerne pour l’instant les régions Bretagne et Pays de la Loire, dans le cadre d’une phase expérimentale qui se tiendra jusqu’au 31 juillet 2019.

La Confédération paysanne souhaiterait justement que l’Omaa puisse mener des études toxicologiques pour vérifier certaines hypothèses ; le syndicat agricole suspecte fortement le rôle néfaste de l’implantation de cultures dérobées après une céréale traitée aux néonicotinoïdes, mais également du traitement des colzas de printemps mélangeant néonicotinoïdes et pyréthrinoïdes.