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Brésil Abilio Diniz se défend de tout conflit d’intérêt avec Casino

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Faisant suite à la publication dans Agra Alimentation du 16 mai dernier de la décision du groupe Casino de déposer le 1er mai 2013 une demande reconventionnelle à l’encontre d’Abilio Dos Santos Diniz, ce dernier nous a contacté via son responsable de la communication en France pour nous préciser que rien ne justifiait qu’il abandonne la présidence de Grupo Pão de Açúcar (GPA), comme le demande Jean-Charles Naouri, p.-d.g. de l’enseigne stéphanoise. Il n’y voit aucune justification tant juridique qu’éthique et pense même que le conflit engagé par Casino met en danger son avenir dans le pays.

Un retour en arrière s’impose pour bien comprendre les raisons profondes de la polémique engagée entre Casino et son ancien partenaire. Grupo Pão de Açúcar, également connue sous le nom de Companhia Brasileira de Distribuição, est une entreprise de la grande distribution brésilienne fondée en 1948 par Valentim dos Santos Diniz, père d’Abilio Diniz. Le groupe, ayant des difficultés pour financer sa politique de croissance rapide, fait appel, en août 1999, à Casino qui prend une participation de 24,5%. Cette collaboration sera renforcée en 2005, par la création d’une holding prenant le contrôle de GPA et dans laquelle, les deux dont associés à 50/50. En 2011, Abilio Diniz souhaite racheter la branche brésilienne du groupe Carrefour contre l’avis de Casino. S’ensuit une longue bataille qui verra Casino prendre le contrôle du groupe brésilien fin juin 2012. Abilio Diniz vend une partie de ses actions dans GPA, dont il ne contrôle à ce jour plus que 10,76% du capital et investit dans le leader brésilien de l’agroalimentaire BRF Brasil Foods. Il en est nommé président le 22 avril dernier. Lors de la conférence de presse de présentation des résultats de Carrefour, Jean-Charles Naouri a remarqué que BRF est le premier fournisseur de GPA qui est lui-même le deuxième client de BRF et qu’en conséquence Abilio Diniz ne pouvait « pour des raisons éthiques » cumuler la présidence des deux groupes, y voyant un conflit d’intérêt.

Un cas de figure qui n’est pas contraire à la loi brésilienne

Pour Abilio Diniz, le fait de détenir ces deux présidences n’est pas un fait nouveau au Brésil ni contraire à la loi. On dénombrerait au Brésil près de soixante cas de personnalités présentes dans le conseil d’administration de deux sociétés. Par ailleurs, la loi sur les sociétés anonymes, dans son article 147, précise que le conflit d’intérêt s’applique uniquement à deux sociétés d’un même secteur, directement concurrentes. Or fait valoir Abilio Diniz, GPA et BRF ne sont pas concurrentes, car n’appartenant pas au même secteur, l’une la distribution, l’autre l’industrie alimentaire. D’autre part, l’article 156 prévoit ce genre de situation et exige qu’un administrateur s’abstienne de voter, et de participer à toute délibération, si un cas de conflit d’intérêt est avéré. Ainsi, si lors d’un conseil d’administration de l’une ou l’autre des deux sociétés, une décision devait être soumise au vote des administrateurs et concernait l’une ou l’autre de ces sociétés, Abilio Diniz s’abstiendrait d’exprimer son vote assure son porte-parole. Il fait également remarquer qu’Abilio Diniz, en tant que président du conseil d’administration de GPA et de BRF, ne traite pas de questions opérationnelles relatives à la politique commerciale de ces deux sociétés, mais traite principalement de questions relevant de l’intérêt général de ces deux sociétés. Il relativise également les liens entre les deux groupes, les produits BRF ne représenteraient que 2 % des ventes de GPA, tandis que GPA pèserait pour seulement 3,5 % de celles de BRF. Du côté brésilien, on fait également remarquer que Casino compte dans son conseil d’administration un représentant de l’Oréal, un de ses fournisseurs importants et le dirigeant de Fimalac qui possède l’agence de notation Fitch qui note entre autres Casino…

Défendre des intérêts personnels

Dans le cadre d’une première procédure d’arbitrage lancée par le dirigeant brésilien, celui-ci a fait valoir que la position de Casino visait à défendre les intérêts propres du groupe au détriment de la défense de valeurs fondamentales mises en avant par le groupe tout au long de son histoire. Il en veut pour preuve le souhait qu’a exprimé Casino de vendre l’équipe de football de Grupo Pão de Açúcar qui a accédé à l’élite du foot de Rio et de São Paulo. L’investissement actuel, au total, ne dépasserait pas les 22 millions de reais (8 millions d’euros) à São Paulo et à Rio, fait valoir le camp brésilien. Cet investissement dans la pratique du sport participe de l’inclusion sociale des jeunes. « La mesure imposée par le contrôleur de GPA met en danger l’avenir d’une centaine de jeunes, assistés par le projet. J’espère que cette décision sera revue », affirme Abilio Diniz, via son service de presse au Brésil. Le dirigeant brésilien comprend d’autant plus mal cette volonté de Casino que le nom de Dini s’identifie quasiment comme une marque au Brésil. L’homme a conquis une très grande notoriété et gagné beaucoup de respect pour avoir été kidnappé en décembre 2009, pendant plus de sept jours et a pu être libéré grâce à la médiation du cardinal de São Paulo. On peut dès lors se demander ce qui motive réellement Casino dans son combat contre Abilio Diniz qui est soutenu par toute la presse locale. Casino risque de passer pour le mauvais larron dans cette affaire, ce qui ne serait pas pour déplaire à son grand rival, Carrefour.

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