Chose peu habituelle, les acteurs de la filière agricole et agroalimentaire se sont mis d’accord sur un constat identique : les pertes de revenus et les réductions de marges ne sont plus supportables. Il faut réagir, estiment-ils en substance.
Une fois n’est pas coutume, mais cette fois-ci, les principales parties prenantes des États généraux de l’alimentation sont parvenues à s’entendre. Les organisations professionnelles de l’agriculture (FNSEA), de l’industrie agroalimentaire (Ania, Ilec, Feef), de la coopération (Coop de France) et de la distribution (FCD), ont ainsi publié le 20 juillet, jour de lancement des États généraux, un « diagnostic de la filière alimentaire ».
Il est rare que des acteurs aux intérêts aussi divergents arrivent à s’accorder, ne serait-ce que sur une vision partagée. « Il a fallu tordre le crayon de certains signataires, et jusqu’à dernier moment, mais on est parvenu à un accord », relève un des professionnels aux premières loges de la négociation. Peut-être que la nouvelle donne politique avec l’arrivée d’Emmanuel Macron à la présidence, et une nouvelle génération aux affaires, a-t-elle encouragé les ennemis d’hier à se mettre autour de la table de négociation.
Dénonciation de la guerre des prix
Si la filière agricole et alimentaire est présentée comme un atout de la France, les signataires relèvent « des signaux d’alerte inquiétants, conséquences de la contraction des marges. » Ils constatent que le France baisse en compétitivité en Europe et dans le monde, que la santé financière des entreprises se dégrade et que les investissements marquent le pas. Plus inhabituel, lorsqu’on sait que la FCD est signataire, le document dénonce une concurrence exacerbée sur les prix. Les acheteurs finaux sont les gagnants des réformes récentes, dont la Loi de modernisation de l’économie (LME), « sans que le consommateur n’en ait sans doute véritablement eu conscience. » Outre la déflation, destructrice de valeur à court terme, et les capacités d’investissement et d’innovation réduites drastiquement, les promotions sont pointées du doigt, « devenues dans certains secteurs d’une fréquence et d’une ampleur inégalée. »
Seule compensation : la valorisation des dépenses alimentaires depuis 2013 attestant d’un mouvement des consommateurs en faveur de produits « un peu plus qualitatifs ». En réponse à un intérêt croissant du consommateur pour son alimentation, la filière alimentaire s’adapte à ces nouvelles attentes, rappelle le document, avec des produits pariant sur l’origine, issus des filières biologiques ou responsables, ou porteurs de signes de qualité.
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Au cours de la journée de lancement, à laquelle toutes les organisations professionnelles du champ à l’assiette ont participé, chacun a insisté devant les responsables présents pour faire valoir ses positions et insister sur l’urgence de trouver des réponses. Celles-ci viendront peut-être des professionnels eux-mêmes, au fil des ateliers prévus à partir de la fin août. L’absence, annoncée la veille, de deux ministres pourtant prévus au programme (Agnès Buzyn et Bruno Lemaire) et du président de la République, peut aussi être vue comme un signal d’encouragement à s’organiser au niveau des professions, sans compter sur l’État. Benjamin Griveaux, secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie, a rappelé à ce sujet que la solution aux difficultés des filières agricoles et agroalimentaires ne passe pas forcément par le législatif.
L’Ania dans un esprit positif et constructif
Le président de l’Ania, Jean-Philippe Girard, a affirmé le 20 juillet par voie de communiqué, que l’association fera des « propositions concrètes » à l’occasion des États généraux de l’alimentation. Il demande notamment « une loi simplifiée, plus efficace, plus accessible pour les opérateurs et notamment pour les PME. » L’association professionnelle y participera avec « un esprit positif, constructif mais également déterminé » sachant que « nos entreprises ont besoin de visibilité, de stabilité, de rentabilité et de confiance au sein des acteurs de la filière pour recruter et investir. » L’Ania espère aussi que de nouveaux rapports naissent au sein de la filière pour « retrouver le chemin de la création de la valeur ».
Guillaume Garot milite pour « une politique alimentaire »
Le président du conseil national de l’alimentation, Guillaume Garot, a eu la confirmation qu’il présiderait l’atelier sur le gaspillage alimentaire, un thème qui lui tient à cœur. Ce sera l’occasion de tirer le bilan de ce qui a été mis en place depuis la loi qu’il a fait voter, et de définir les étapes suivantes. Mais il a d’autres ambitions concernant l’alimenta-tion. «Je milite pour que l’on définisse une politique alimentaire, et c’est celle-ci qui déterminerait l’ensemble des politiques agricoles, de santé et de formation à l’alimentation», explique-t-il. Pour lui, l’approche est «quelle politique agricole pour quelle alimentation», et non le contraire. «Aujourd’hui, la place des consommateurs n’est pas prise en compte, il faut repartir de leurs attentes», explique-t-il, en insistant sur le fait que «la course au prix bas est une course délétère», pour tout le monde, surtout pour les agriculteurs. Et ce raisonnement est valable au niveau européen. Guillaume Garot plaide aussi «pour une justice alimentaire» car «l’alimentation est le miroir des inégalités», ce qui est très net au niveau du territoire français. «L’éducation doit jouer un rôle capital».