Le Cedus (Centre d’études et de documentation sur le sucre) a condamné les récentes tentatives de remise en cause de l’interdiction des distributeurs automatiques de boissons et produits alimentaires dans les collèges et les lycées. Alors que son directeur général, Claude Risac, appelle « à l’apaisement et au dialogue », Myriam Michel-Decoeur a bien l’intention de défendre les intérêts des adhérents de la NAVSA, la chambre nationale de vente et de services automatiques, dont elle est la déléguée générale. Au delà de ce point de division, leurs objectifs sont pourtant exactement les mêmes…
Face à la diabolisation du secteur agroalimentaire, pointé du doigt dans la lutte contre l’obésité, industriel, restaurateur, distributeur, chacun se défend comme il peut… quitte parfois à faire cavalier seul. Récemment la Navsa, la chambre syndicale nationale de vente et services automatiques, est montée au créneau pour tenter de faire revenir le gouvernement sur l’article 30 de la loi de Santé publique, votée en août dernier, interdisant les distributeurs automatiques de boissons et de produits alimentaires dans les établissements scolaires à partir du 1er septembre 2005. Le 30 mars dernier, le syndicat s’était en effet prononcé pour leur maintien dans les lycées et les collèges en proposant une alternative à la mesure radicale qui avait été prise par le gouvernement, sans aucune concertation avec les premiers acteurs concernés, comme bien souvent. La profession proposait de mettre à disposition des établissements scolaires une offre « équilibrée et encadrée ». Pour appuyer sa démarche, la Navsa publiait les résultats d’une enquête d’opinion réalisée par IPSOS selon laquelle 63 % des parents comme 88 % des lycéens considèrent les distributeurs payants de boissons chaudes utiles pour les élèves, et 91 % des lycéens et 74 % des parents sont opposés à leur suppression définitive.
Des modèles hors de nos frontières
« Notre démarche s’inscrit dans le cadre du PNNS, insiste Myriam Decoeur-Michel. Nous proposons au gouvernement d’utiliser les distributeurs comme support pour faire passer des messages nutritionnels ». La déléguée générale de la Navsa aimerait notamment que la France prenne exemple sur ses voisins espagnol et belge, chez qui les pouvoirs publics ont réussi à s’entendre avec les professionnels du secteur. En Espagne, par exemple, un accord a été signé au mois de janvier selon lequel les DA devront échanger les logos ou messages publicitaires contre des messages faisant la promotion d’une alimentation diététique et offriront dorénavant des produits « santé ». Quant à la Belgique, seuls les distributeurs vendant des jus de fruits, de l’eau et des produits lactés y seront autorisés dans les écoles primaires et secondaires francophones, suite à l’adoption du « Plan stratégique de promotion de l’alimentation saine en communauté française » par le ministère de la Santé. En s’appuyant sur ces modèles, parmi ses suggestions, encadrées par une nouvelle charte d’engagement, la Navsa suggère ainsi une adaptation sélective des produits proposés, une inversion de la proposition « avec ou sans sucre » afin que les distributeurs soumettent d’emblée la mention sans sucre, et l’utilisation des machines pour mettre en exergue des messages d’éducation à la nutrition comme « - de sucre, + de fruits et légumes, - de graisses, + de calcium ».
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La DA dans l’enseignement : 2 milliards d’euros
Des initiatives qui ne sont clairement pas du goût du Cedus, même si son directeur général, Claude Risac, dément avoir été motivé dans sa déclaration par les attaques portées sur le sucre. « Je pense que, à tort ou à raison, personne ne les croit, estime-t-il. On pensera que la Navsa emploie la tactique du cheval de Troie pour faire maintenir les distributeurs dans les établissements scolaires ». Essuyant comme d’autres des accusations de pressions et de tentatives de lobbying dans le débat contre l’obésité, le Cedus craint surtout le risque d’amalgame entre les professions et entre les sujets. « On nous accuse de faire du lobbying pour tenter de revenir sur la loi », explique Claude Risac. Par son intervention, il a donc surtout cherché à démarquer le Cedus de la démarche unilatérale de la Navsa qui selon lui « pourrit » le dialogue déjà difficile entre artisans, industriels et pouvoirs publics. « Je n’ai pas de problème vis-à-vis de la démarche de la Navsa, qui défend comme elle le doit les intérêts de ses adhérents, mais je ne pense pas qu’elle puisse aboutir et je crains surtout que la chambre ne réveille une polémique un peu pour rien », s’est insurgé Claude Risac. Ce dernier cite notamment les propres chiffres de la Navsa selon lesquels l’enseignement représente 7 % des 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires que génère la distribution automatique en France (1000 gestionnaires, 90 % de TPE, 11 900 salariés), les 3/4 des ventes concernant les lycées et les collèges. De son côté, la Navsa rétorque, sans pouvoir donner un chiffre précis, que de nombreuses entreprises dont l’activité est touchée, à 100 % sont menacées par cette interdiction.
Rester unis ?
Malgré le conflit d’intérêt qui les oppose, les deux organismes s’accordent en tout point pour déplorer l’exclusion systématique des professionnels des débats. « Pour l’instant, il n’y a même pas de débat, il n’y a que des invectives, estime Claude Risac. Je suis inquiet des dérives, les critiques sont de plus en plus violentes ». « Il se dit tout et n’importe quoi sur le sujet de l’obésité », pense quant à elle Myriam Michel-Decoeur. Afin de permettre aux IAA et aux professionnels de la distribution de participer à la lutte contre l’obésité, le Cedus et la Navsa en appellent à reproduire l’initiative de la plate-forme européenne au niveau national. La Navsa a ainsi écrit au ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, pour lui demander d’organiser une table ronde. Plutôt que de se tirer dans les pattes, ces organismes professionnels devraient agir de concert, et favoriser le regroupement de toutes les voix qui appellent à l’apaisement et au débat. Qu’émergent une défense crédible et une démarche constructive du côté du secteur agroalimentaire.