Pour contrer les actes de malveillances internes, les entreprises de l'agroalimentaire peuvent s'appuyer sur le référentiel IFS traitant du « food defense », indispensable pour celles qui exportent, recommandés pour les autres.
L'Agence nationale de sécurité du médicament a prononcé à la mi-novembre la suspension à titre temporaire de l'activité d'une usine de gélules située en Alsace, au motif que différents médicaments auraient été mélangés sur les chaînes de fabrication. L'agence est arrivée à la conclusion « qu'il est très improbable que les capsules aient pu se trouver dans ces lots suite à une action humaine involontaire ou à l'échec d'un processus de contrôle, et que les incidents pourraient être potentiellement liés à une action malveillante délibérée d'un ou de plusieurs individus». Une information qui dans le contexte actuel renvoie immédiatement aux questions liées au food defense et à la manière dont les entreprises agroalimentaires françaises abordent la problématique des actes de malveillance interne. Aux USA aujourd'hui, une bonne partie des entreprises se sont réorganisées en conséquence. En France, les entreprises se sont montrées moins concernées et seule l'évolution des référentiels, notamment pour la grande distribution et les marchés à l'export, les ont contraintes à se pencher sur la question. « Assurer la sécurité des chaînes de production est en effet aujourd'hui une exigence pour avoir accès à certains marchés, notamment aux USA et au Canada, mais aussi plus généralement à la grande distribution. Le concept de food defense s'applique donc également aux PME, même modestes », rappelle Sylvie Poncet, d'Agrotec à Agen, qui a travaillé sur cette thématique avec une quinzaine d'entreprises agroalimentaires. « C'est souvent une question de bon sens, rappeler des règles de sécurités simples. Ne pas laisser traîner les digicodes des portes d'entrée, sécuriser les accès aux chaînes de productions, aux zones de stockages de matières premières… », énumère-t-elle. Chez L&L, par exemple une PME du Lot-et-Garonne (1) qui produit des liqueurs pour le très exigeant marché américain, la question du food defense s'est posée pour faciliter le passage en douane des expéditions.
MIEUX CONTRÔLER LES ACCÈS
« À la suite d'une certification ISO 9001, la direction de l'entreprise a souhaité obtenir la certification Opérateur économique agréé (OEA). Cette certification comporte deux champs, le premier concerne purement les procédures douanières et le second les aspects sûreté/sécurité », précise Yolande Courtois, responsable qualité de l'entreprise. Pour obtenir ce certificat, l'entreprise a donc dû évaluer les risques, revoir bon nombre de procédures et investir en conséquence pour se conformer aux exigences du référentiel en matière de sécurité. « Les principaux travaux engagés l'ont été pour corriger la question des accès à l'entreprise. » Avant ce travail, sans être un moulin, les accès au site n'étaient pas spécialement surveillés et ils en existaient plusieurs. «Depuis, nous avons investi dans des barrières aux normes, avec de la vidéo-sur-veillance, et installé un tourniquet pour les salariés. Il n'y a plus qu'un seul point d'entrée sur la zone. » La gestion des flux de personnes et de personnels repose maintenant sur un système de badges pour déterminer les zones auxquelles les personnes ont le droit d'accéder.
Pour les salariés, si le travail en lui même n'a guère évolué, il a fallu apprendre à fermer portes et fenêtres pour empêcher toute circulation non autorisée et suivre les formations obligatoires. « Dans l'absolu, les salariés sont les acteurs de la sécurité, c'est à eux de nous signaler les dysfonctionnements, de reconduire à l'accueil les personnes qui ne se trouvent pas dans un secteur autorisé par exemple. » Au-delà de la réception des matières premières où les contrôles sont aujourd'hui bien plus rigoureux, la personne en charge de l'accueil doit gérer les entrants, en assurant une traçabilité totale. Une procédure spéciale a été mise en place pour les prestataires amenés à travailler dans l'entreprise. « L'idée, c'est vraiment que si problème il y a un jour, nous soyons, grâce à la traçabilité produits, à même de savoir qui était dans l'entreprise au moment de la fabrication », explique Yolande Courtois.
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PRÉVENIR PLUTÔT QUE GUÉRIR
S'il est relativement facile de se protéger d'agressions extérieures, surveiller ses propres salariés, mais aussi ceux des entreprises sous-traitantes est plus délicat, et pourtant indispensable. « Dans 80 % des cas, le risque provient de l'intérieur de l'entreprise », prévient en effet Sylvie Poncet. Comme le montre le cas du laboratoire alsacien suspendu en novembre. « Cela peut venir notamment de personnes avec qui l'entreprise est en conflit. Il est ainsi recommandé de surveiller particulièrement les salariés présents sur la chaîne de fabrication dans le cas d'une rupture de leur période d'essai ou d'un licenciement dans le cadre d'un conflit. « C'est une question cruciale. Naturellement le personnel de l'entreprise connaît parfaitement la vulnérabilité des installations », précise Stéphanie Lemaître, directrice Technique de l'IFS. Estimant que l'entreprises L&L est assez peu confrontée à cette problématique en raison d'un faible turn-over, Yolande Courtois estime indispensable « qu'en cas de conflit, les salariés puissent quitter l'entreprise sans avoir à effectuer leur période de préavis » pour éviter le risque d'actes de vengeances. « Le plus souvent dans les entreprises en France, c'est le ou la responsable qualité qui est chargé du food defense. Pour que tout ça soit parfaitement efficace, il faudrait que soit constitué une véritable équipe intégrant les responsables de la sécurité des sites, les directions financières, les ressources humaines… », explique Stéphanie Lemaître. Pour aborder le food defense, cette dernière conseille donc d'abord aux PME de s'interroger, sans tomber dans la parano. « En premier lieu, il est nécessaire de se demander simplement si son entreprise est vulnérable. Puis à partir de là, de formaliser les faiblesses, sans se laisser envahir par le sentiment que c'est immensément complexe et coûteux. » La sécurisa-tion d'une ligne de production n'a pas de prix.
(1) Installée à côté d'Agen, L&L produit des liqueurs à base d'alcool (sous la marque Alizé notamment), emploie 39 salariés, exporte 95 % de sa production, principalement aux USA, et réalise un chiffre d'affaires de 9 millions d'euros.
Bâti sur le système HACCP et la norme ISO 9001, l'international food standard (IFS) a été mis sur pied en 2003. Les principales exigences de ce référentiel destiné à l'audit de la qualité et de la sécurité des procédés de fabrications des produits agroalimentaires, particulièrement à marques distributeurs, visent avant tout à construire un socle d'évaluation et de référence communs pour l'ensemble des acteurs de la chaîne. À l'origine, le projet est porté par les fédérations allemande et française de la distribution. Depuis de nombreux pays se sont associés à la rédaction du cahier des charges de ce référentiel en constant evolution. Il est actuellement dans sa sixième version et integre . L'IFS Food est développé et soutenu par l'industrie agroalimentaire d'Autriche, de France, d'Allemagne, d'Italie, des Pays-Bas, d'Espagne, de Suisse et des Etats-Unis, ainsi que par des experts dans d'autres pays européens d'Asie et d'Amérique du Sud. Cette dernière version, mise à jour en avril 2014 et s'appuie sur des normes basiques largement employées dans le cadre de certification ISO existante. Les exigences couvertes par ce référentiel englobent les grandes thématiques suivantes : responsabilités de la direction, système de management de la qualité et de la sécurité des aliments, gestion des ressources, planification et procédé de fabrication, mesures, analyses, amélioration et protection de la chaine alimentaire contre les actes malveillants.