Un calendrier qui déraille, des préconisations de plus en plus difficiles à élaborer, des cycles modifiés… Le réchauffement climatique affecte les cultures, notamment le blé. Les professionnels travaillent de près à la façon d’adapter la céréale.
«Y’a plus de saison ! ». Ainsi peut-on résumer l’opinion de ceux qui travaillent aux champs, agriculteurs ou techniciens. Les commentaires allaient bon train lors des Culturales, manifestation organisée par Arvalis qui s’est déroulée les 6 et 7 juin à Boigneville. Pas d’hiver, pas de printemps, pas de saisons. En blé, les stades sont en avance de 20 à 25 jours par rapport au rythme de développement habituel de la plante. Tout cela rend beaucoup plus complexe l’élaboration de préconisations. « Nous nous demandons vraiment quoi dire à nos adhérents ! », confirme un technicien de coopérative.
Plus humide en hiver et plus chaud en été
Pour Philippe Gate, spécialiste de la physiologie du blé chez Arvalis, « 2007 témoigne du réchauffement climatique ». Le phénomène est désormais avéré. Le rapport du Giec 2007 prévoit une hausse des températures de 1,8 à 4 °C entre les périodes 1980-1999 et 2090-2099. « Les années 2003, 2005 et 2006, jugées exceptionnelles aujourd’hui, seront des années normales en 2050 », a expliqué Josiane Lorgeou, spécialiste du maïs chez Arvalis, lors du colloque sur le changement climatique organisé à l’occasion des Culturales. Globalement, les températures augmenteront, encore plus en été qu’en hiver. Les précipitations suivront le chemin inverse : réduites en été mais plus abondantes en hiver. Cette nouvelle donne fait l’objet de nombreuses réflexions. Produire devient un enjeu crucial, à l’heure où les cours des matières premières agricoles s’enflamment sous l’effet d’une hausse de la demande mondiale.
Régionaliser le conseil
Pour le moment, les travaux qu’Arvalis a effectué sur le réchauffement déjà observé (par comparaison entre périodes, 1980 à 2005 et 1955 à 1980) montrent que les risques de sécheresse et les températures élevées ont augmenté partout, sauf sur les bordures maritimes. Mais ces hausses sont loin d’être uniformes. Ce qui forcera probablement à l’avenir à régionaliser, voire à localiser beaucoup plus fortement les préconisations.
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En blé, le réchauffement climatique s’est traduit par une avancée des stades de huit jours, en moyenne. Le risque d’échaudage thermique s’est particulièrement accru, notamment dans les régions intermédiaires comme le Poitou-Charentes, le Centre, la Bourgogne. « En moyenne, il faut compter 6 à 7 jours échaudants en plus », indique Philippe Gate. D’ici à un siècle, les risques changeront probablement. Mais l’anticipation des stades devrait résoudre une partie des problèmes : la plante se développera plus vite et plus tôt, ce qui lui permettra de mieux résister aux stress abiotiques (les stress liés au sol, au climat, à l’eau, l’air). Toutefois, le rendement est attendu en baisse. A variété constante, le poids de 1 000 grains, composante essentielle du rendement, se réduirait de 3 grammes dans les cent prochaines années, soit 6 q/ha. Une baisse finale qui peut cacher des maxima intermédiaires. Les chercheurs sont pour le moment dans l’incertitude
Des réponses du côté de la génétique
L’agronomie ne permettra pas de relever tous les défis. Les stress hydrique et thermique peuvent influer de manière contradictoire sur la plante et il est impossible de dire lequel dominera. Les semenciers détiennent probablement davantage de leviers. Chez RAGT, l’adaptation au changement climatique est intégrée dans les programmes de sélection depuis quatre ans, sachant qu’il faut dix ans pour commercialiser une variété. Une des clés consiste à travailler sur la précocité. « En deux à trois ans, nous avons vu les organismes stockeurs acheter des variétés de plus en plus précoces,observe Murielle Moille, chef de marché céréales pour la région Centre chez RAGT. Dans les deux ans à venir, nous allons sortir des blés précoces à très précoces, alors que nous faisions auparavant des variétés très tardives ». Logique : « Le blé plus précoce esquivera une partie des risques,estime Philippe Gate. Dans certaines régions, les contraintes climatiques pourraient même diminuer ». Encore faudra-t-il savoir doser cette précocité : pas trop pour éviter le gel hivernal, suffisamment pour mieux résister au déficit hydrique de milieu de campagne.