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Marie Guittard, directrice générale de l’INAO « Adapter progressivement les cahiers des charges »

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Face au changement climatique, l’objectif de l’INAO est d'« anticiper » les changements et de permettre une « adaptation progressive des productions » sous cahier des charges, explique sa directrice générale Marie Guittard. De leur côté, les consommateurs « doivent comprendre que les indications géographiques ne peuvent pas être muséifiées ».

L’INAO est-il inquiet face au changement climatique ?

L’inquiétude, ou plutôt la préoccupation est présente, mais elle ne paralyse pas l’INAO. Au contraire, elle conduit à une forte mobilisation des professionnels et de toutes les structures de recherche, avec les travaux et expertises de l’Inra, de l’Idele, du Cniel, et des instituts techniques. Les professionnels sont en effet très sensibilisés à la question du changement climatique, et j’imagine encore plus que d’autres parce qu’ils produisent sous signes de qualité. Ils sont donc conscients de la nécessité de travailler sur le sujet pour anticiper.

Quel est donc l’objet de ce travail que mènent les filières à vos côtés ?

Un des objectifs de l’INAO est d’adapter les cahiers des charges des appellations pour éviter la délocalisation ou la disparition des indications géographiques (IG). L’objectif est d’arriver à une adaptation progressive des productions pour conserver une dynamique économique et ne pas perdre les consommateurs qui doivent comprendre que les IG ne doivent pas et ne peuvent pas être muséifiées.

Quelles sont les filières d’AOP dans lesquelles la question du changement climatique est la plus cruciale ?

Dans le secteur viticole car plus de 90 % de la production française est sous signe de qualité, et dans les secteurs d’élevage, notamment dans les AOC fromagères, car les conditions de vie et d’alimentation du troupeau sont en jeu. Le changement climatique peut en effet mettre en péril les capacités pour les exploitants de fournir de l’alimentation au bétail, de l’herbe en particulier. Il faudra probablement réexaminer les critères d’alimentation des animaux, de race et les bâtiments d’élevage.

On constate une augmentation du nombre de demandes de dérogations aux cahiers des charges. Quelle est la politique de l’INAO face à ces demandes ?

Les professionnels savent bien que la solution pérenne n’est pas l’octroi de dérogations systématiques. Les dérogations doivent rester exceptionnelles… sinon c’est le concept même des dérogations qui serait inadapté. En revanche, il faut regarder de très près l’utilisation qui est faite des dérogations. Les dérogations sont collectives en AOP.

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Nous examinerons la résilience du secteur par rapport au changement climatique. Il se peut que nous soyons amenés à revoir des cahiers des charges, par exemple sur le chargement à l’hectare en animaux d’élevage, pour que l’AOP n’ait plus à demander la dérogation. Si la dérogation n’est demandée que par une faible proportion d’exploitations, il est probable que ce sera à elles de faire évoluer leur système de production.

Un aspect important du changement climatique qui est mis en avant est celui de la modification du goût des aliments. Est-ce un constat ou seulement une menace ?

À ce stade, c’est une menace et non une réalité. En revanche, le changement climatique fragilise énormément certaines exploitations qui sont en phase de démarrage ou d’investissement. Les événements climatiques comme la grêle, les sécheresses et les brûlures sur les cultures entraînent des à-coups qui remettent en cause la pérennité des exploitations. Cela, c’est une réalité constatée.

Les AOP concernent surtout le vin et les fromages. Quelle est l’importance des autres AOP et leurs problématiques ?

Les fruits et légumes sous Siqo représentent moins de 5 % de la production française. Dans la catégorie des AOP qui ne sont ni viticoles ni fromagères, il faut distinguer deux situations. Les cultures arboricoles, comme la noix de Grenoble ou la pomme du Limousin suivent la même logique de cultures pérennes que la viticulture : ces exploitations tirent leur revenu essentiellement de ces cultures.

Dans les cultures maraîchères, le problème ne se pose pas de la même façon : la viabilité économique des exploitations n’est pas exclusivement liée à l’avenir d’un Siqo. On rencontre certainement très peu d’agriculteurs en Bretagne dont la survie de l’exploitation est liée à l’économie de l’oignon de Roscoff. Bien souvent, ces cultures sont intégrées dans une rotation, ce qui répartit les risques dus au climat.

« Adapter les cahiers des charges des appellations pour éviter la délocalisation des IG »

« Les dérogations doivent rester exceptionnelles… »