Il est de la responsabilité des États membres de s’assurer que les exigences de la législation de l’UE en matière d’additifs alimentaires sont mises en œuvre de manière effective. Telle est la réponse de la Commission européenne à un eurodéputé qui s’inquiète de la présence de nanoparticules (1) dans des additifs alimentaires, comme le dioxyde de titane, employé couramment dans des produits destinés notamment aux enfants.
À l’appui de sa question à la Commission européenne, l’eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella, a évoqué une enquête récente de l’association française Agir pour l’environnement qui a fait analyser par un laboratoire quatre produits alimentaires ordinaires non étiquetés comme contenant des nanoparticules : des biscuits chocolatés LU, des chewing-gums Malabar, une blanquette de veau en conserve William Saurin et un mélange d’épices pour guacamole Carrefour (Agra Alimentation du 23 juin 2016). Ces quatre produits se sont révélés contenir des nanoparticules, à savoir du dioxyde de titane pour les trois premiers échantillons (afin de blanchir les aliments ou de modifier la teinte de leurs colorants) et du dioxyde de silicium pour le quatrième (pour fixer l’humidité et empêcher l’agglomération des poudres). Pire que cela, aux yeux de l’eurodéputé belge, d’après les investigations menées par l’association Agir pour l’environnement, dans les rayons des supermarchés français, aucun produit n’est aujourd’hui étiqueté comme contenant des nanoparticules. Dans sa réponse, Vytenis Andriukaitis, le commissaire européen à la santé et à la sécurité alimentaire, a précisé que les additifs alimentaires entrent dans le champ d’application du règlement 1333/2008 et que le dioxyde de titane (E171) et le dioxyde de silicium (E551) sont des additifs alimentaires autorisés dans l’UE, lesquels sont étiquetés conformément aux dispositions du règlement 1169/2011 sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires. De plus, a souligné le commissaire lituanien, ces deux substances font partie du programme de réévaluation des additifs alimentaires lancé par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Toujours est-il, qu’à ses yeux, il est de la responsabilité des États membres de s’assurer que les exigences de la législation de l’Union sont mises en œuvre de manière effective.
Omerta sur les nanoparticules ?
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L’association française Agir pour l’Environnement a publié le 19 janvier 2017 deux nouvelles analyses conduites par le Laboratoire national de métrologie et d’essais montrant que deux produits choisis au hasard parmi 200 produits alimentaires (bonbons, chewing-gum, soupes, etc.) contiennent bien du dioxyde de titane à l’échelle nanométrique : les bonbons « Têtes brûlées », goût framboise - la taille moyenne des particules est de 28,9 nm et 100 % des particules ont une taille inférieure à 100 nm. Les chewing-gums « New’r » (marque distributeur Leclerc) : la taille moyenne des particules est de 160 nm et 13 % des particules ont une taille inférieure à 100 nm. Ces analyses s’ajoutent aux quatre précédentes réalisées en juin 2016 qui avaient révélé la présence de nanoparticules dans des échantillons de blanquette de veau William Saurin, de mélange d’épices pour guacamole de Carrefour, de biscuits Napolitain de Lu et de chewing-gums Malabar. « Cela fait plus de 6 mois que nous avons révélé les premières infractions à l’obligation d’étiquetage et les produits testés sont toujours en vente… et toujours sans étiquetage ! », a indiqué Magali Ringoot, coordinatrice de la campagne « Stop Nanos ». Celle-ci souligne que les premières mesures annoncées par le gouvernement français sont insuffisantes : une enquête de la DGCCRF dont on attend les résultats et la saisine de l’ANSES qui ne se prononcera pas avant septembre 2018. Au vu des enjeux sanitaires, celle-ci estime que des mesures fortes s’imposent, à commencer par le retrait des produits et l’instauration d’un moratoire pour protéger en priorité les enfants, consommateurs les plus exposés. Cette porte-parole considère que les résultats des analyses des laboratoires posent à nouveau la question de l’application du Règlement européen sur l’information du consommateur (n°1169/2011) en vigueur depuis décembre 2014. Pourquoi ces deux produits ne portent-ils pas la mention « nano » dans la liste des ingrédients ?, demande-t-elle. Cette même responsable interpelle également les industriels afin qu’ils cessent d’utiliser ces substances qui font courir des risques inutiles aux consommateurs. Depuis plusieurs mois, rappelle-t-elle, des fabricants ont ainsi annoncé le retrait du dioxyde de titane comme par exemple les entreprises William Saurin, Lutti et les Magasins U.
(1) Substances infiniment petites qui pénètrent plus facilement dans le corps humain et peuvent poser de graves problèmes pour la santé (cancers, perturbation du fonctionnement cellulaire, malformation…).