Si les organisations écologistes reconnaissent « la crise très grave » que traversent les éleveurs européens en raison de la flambée des prix de l’alimentation pour le bétail, elles réfutent toute nécessité d’assouplir la réglementation communautaire sur les OGM. L’industrie des biotechnologies lutte, de son côté, pour obtenir la mise en place d’un confortable seuil de contamination pour les OGM non autorisés dans les denrées alimentaires et les aliments pour animaux. Un simple seuil technique fixé à 0,1 % ne « servirait à rien », prévient-elle. La Commission pourrait présenter un projet dans ce sens dès le 16 juin.
Dans une note adressée à la Commission de Bruxelles, les Amis de la terre et Greenpeace dénoncent tout lien entre la flambée des prix alimentaires et la politique de précaution de l’Europe à l’égard des OGM – le principal argument qui plaide, selon l’industrie, en faveur d’un assouplissement des mesures de contrôle imposées par l’UE aux importations de produits agricoles.
« L’augmentation des prix est observée partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis qui disposent pourtant d’un système d’autorisation très permissif à l’égard des OGM », indiquent ces organisations écologistes. Que ce soit pour le maïs ou pour le soja, les éleveurs européens ne sont pas menacés, dans l’immédiat, par une éventuelle rupture d’approvisionnement.
La remise en cause précipitée de la tolérance zéro « pas nécessaire »
Le soja, talon d’Achille du Vieux continent, ne doit pas, selon les écologistes, être instrumentalisé pour précipiter la remise en question de la politique de tolérance zéro. Ils estiment que l’UE peut prendre son temps avant d’autoriser des importations du nouvel OGM de Monsanto, le soja Round-up ready 2.
Certes, ce dernier pourrait être mis en culture aux Etats-Unis et les importations en provenance de ce pays deviendraient problématiques. « Mais les Américains ne sont plus pour longtemps un exportateur majeur de soja pour l’UE », notent les Amis de la terre et Greenpeace, sur la base des conclusions du département américain à l’agriculture. Le Brésil va s’arroger très rapidement la part du lion du marché international du soja, défendent ces organisations. Ce qui laisse quelques années à l’Union pour régler la question du Round-up ready 2 : il ne sera pas validé par Brasilia avant la fin de la décennie.
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Pas d’autorisations asynchrones entre l’UE et ses principaux fournisseurs
« La différence de calendrier pour l’autorisation des nouveaux OGM se situe entre les Etats-Unis et le reste du monde, mais pas entre l’Union européenne et ses principaux pays d’approvisionnement », conclut la note. Les écologistes font, par ailleurs, planer la menace d’une action devant la Cour de justice, étant donné l’absence de base légale permettant la remise en cause de la politique européenne de tolérance zéro : un seuil rendrait « possible la contamination des importations par des OGM dont l’impact pour la santé et l’environnement n’a pas été étudié (…) Ce qui est contraire aux principes de la législation européenne sur les OGM. »
« Risque grave » de perturbation des importations
De son côté, l’industrie des biotechnologies a demandé à la Commission que, comme pour le sable ou les excréments de rat, le seuil de contamination toléré soit fixé à 2 % pour les OGM. Cette dernière sait toutefois qu’elle n’a aucune chance d’obtenir une telle flexibilité pour les transgéniques, mais souligne qu’un seuil de 0,1 % « ne règlerait rien ». Elle espère obtenir 0,9 % et, dans le pire des cas, 0,5 % avec pour principal argument la « très grave crise » potentielle que représente la mise en culture du soja Round-up ready 2 par les pays fournisseurs de l’UE.
L’industrie défend l’EFSA
A la veille du débat des ministres européens de l’Environnement, prévu le 5 juin, à Luxembourg, l’industrie a lancé une vaste opération de soutien en faveur de l’Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA). L’impact des OGM sur l’environnement est déjà pris en considération par l’Autorité, défend l’industrie, dans un document adressé à plusieurs ministres européens. De même, l’avis des agences nationales est pris en compte par l’EFSA, rappelle-t-elle. L’industrie s’oppose à toute transformation de l’agence européenne en un simple coordonnateur des procédures d’autorisations des OGM entre les différences agences nationales.