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Agrial et Eurial vont fusionner leurs activités laitières. Enfin, deux coopératives qui n’attendent pas d’être acculées pour s’allier, mais qui réussissent à s’entendre pour anticiper l’avenir. Car la fin des quotas approche à grands pas (dans deux ans maintenant). Ne boudons pas notre plaisir, cette opération met de bonne humeur. Dominique Chargé, président de la FNCL, nous confiait d’ailleurs le jour de l’annonce : « C’est une excellente nouvelle, c’est un vrai bonheur » (le cri du cœur!). Les deux coopératives, basées dans le grand Ouest, prennent une ampleur quasi nationale avec un bassin qui couvrira la Basse Normandie, les Pays de la Loire, la Bretagne, la région Poitou-Charentes et la région Centre. À l’aval, elles sont d’ores et déjà fortement présentes dans le fromage de chèvre (Eurial en est le leader avec la marque Soignon), les ingrédients fromagers (notamment la mozzarella, dont Eurial est le premier producteur français) et l’ultrafrais (avec Senagral, joint-venture d’Agrial et Senoble, quatrième opérateur français et leader des MDD).
Des intérêts complémentaires
Pour Agrial, qui collecte 1 Md l de lait et n’a pris pied dans la transformation que très récemment (acquisition en deux temps de 65% de Délicelait, joint venture à 50/50 avec Senoble dans Senagral, en attendant la prise de contrôle), il s’agit notamment de se renforcer sur l’aval en se diversifiant et de ne pas se contenter de livrer du lait à Bongrain. Pour Eurial (chèvre, ingrédients fromagers…), qui collecte également 1 Md l de lait mais dont la taille est plus petite (car elle est présente sur le lait seulement), l’intérêt est de passer de deux à trois métiers clés, soit une répartition plus équilibrée et d’atteindre une taille critique qui lui permette d’assurer plus facilement le financement de son développement. Chacun des deux groupes souligne aussi le facteur humain. Si beaucoup de projets coopératifs échouent du fait de querelles de personnes, Eurial et Agrial se sont apparemment entendues sur une culture d’entreprise et une vision commune.
Des synergies logistiques, à court terme
À court terme (en juin 2013), Agrial et Eurial, (après consultation de toutes les instances concernées, dont l’autorité de la concurrence) échangeront des participations réciproques de leurs activités laitières, à hauteur de 30 %. La fusion devrait aboutir courant 2014, sans que la répartition capitalistique ne soit encore déterminée. « Elle se fera sur la base de la valorisation des apports », précise Olivier Prételat, directeur général d’Eurial. Le siège de la société, qui s’appellera Eurial, sera basé à Nantes.
Outre la réflexion commune sur le développement futur, les deux coopératives devraient bénéficier de synergies plus immédiates. « Il n’y aura pas synergies industrielles lourdes mais des gains au niveau logistique. Senagral dispose d’une plateforme logistique très importante. Sur la R&D et le marketing également, nous pourrons commencer à travailler ensemble et ce sont des services très importants pour l’avenir », explique Olivier Prételat. Agrial apporte donc la logistique et Eurial le back office d’une activité laitière forte.
Poursuite des projets en cours
Des investissements sont d’ores et déjà prévus par Eurial sur l’usine de mozzarella à Herbignac (Eurial en est actionnaire à hauteur de 80 % aux côtés d’Ingredia, Sodiaal et Bonilait/3A). Opérationnelle depuis fin 2008, elle a atteint son objectif de tonnage de 30 000 t en 2012 et devrait passer à plus de 33 000 t dès 2013, moyennant « quelques millions d’euros » d’investissement.
Il faudra aussi achever de redresser Senagral. « Nous ne sommes pas encore à l’équilibre, mais nous y sommes presque. Nous avons construit un plan de cinq ans et pour la première année, nous sommes dans les clous de ce que nous avions prévu », explique Ludovic Spiers.
Croissance externe à moyen terme
À plus long terme, la nouvelle entité disposera d’une surface financière plus importante que deux acteurs séparés pour réfléchir à l’avenir. Chacune des deux coopératives anticipe une hausse de la collecte d’environ 15 % à la fin des quotas, pour laquelle il va falloir trouver des débouchés industriels suffisamment valorisés.« Compte tenu de la situation économique au niveau de la branche lait, à moins de travailler sur un marché de niche porteur, on ne peut pas rester seul, et Agrial nous apporte une certaine sécurité financière », explique Olivier Prételat. Quels seront les choix stratégiques d’Eurial/Agrial à moyen terme ? Rien ne filtre à ce sujet pour l’instant mais les réflexions sont certainement lancées entre le développement des outils existants ou l’investissement sur de nouvelles activités. Des opérations de croissance externe à l’étranger ne sont pas exclues. « On ne peut pas être un exportateur fort si l’on n’a pas de bases à l’étranger », explique Olivier Prételat. Eurial a d’ailleurs déjà trois petites implantations industrielles dans le fromage de chèvre à l’étranger : en Espagne, en Belgique, et aux Etats-Unis. Des alliances avec d’autres coopératives ne sont pas non plus exclues. Bien au contraire.
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