Les Etats membres de l’UE insistent, en vue d’atteindre l’objectif de 25 % de surfaces bio en 2030, sur la nécessité de développer la demande plutôt que de fixer des contraintes au niveau national. Une position que soutient le Copa-Cogeca qui rappelle le besoin de protéines végétales pour le bétail. IFOAM insiste, de son côté, sur la nécessité de mieux soutenir les producteurs bio dans le cadre de la future Pac.
Les États membres de l’UE sont en train de finaliser leurs conclusions sur le plan d’action pour le développement de la production biologique qu’avait présenté la Commission européenne au mois d’avril. L’objectif est de les adopter lors du Conseil des ministres de l’Agriculture le 19 juillet à Bruxelles. Globalement les Vingt-sept soutiennent les propositions de la Commission mais plusieurs États membres insistent sur la nécessité que les mesures soient volontaires. Ils sont aussi d’avis que l’objectif de 25 % de terres agricoles européennes consacrées à l’agriculture biologique d’ici à 2030 soit fixé au niveau de l’UE (et non des États membres), compte tenu des différents points de départ des pays. Quelques délégations ont également insisté, à l’occasion du comité spécial Agriculture le 5 juillet, sur le fait que la demande soit renforcée, parallèlement à l’offre. Sur la base de ces remarques, la présidence slovène du Conseil est en train de mettre la dernière main au projet de conclusions.
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Le texte provisoire souligne, à ce stade qu’il sera nécessaire de tenir compte des spécificités et des différents points de départ des États membres dans les plans stratégiques nationaux et dans les plans d’action nationaux en matière d’agriculture biologique. Le succès du déploiement du plan « dépendra de la participation de toutes les parties prenantes, y compris le secteur public à tous les niveaux de gouvernance (UE, États membres, régions, villes) et l’ensemble du secteur privé tout au long de la chaîne de valeur », indiquent les États membres. Ils soulignent donc l’importance de garantir « le développement équilibré de la demande et de l’offre afin d’assurer la rentabilité future du marché des aliments biologiques dans l’UE ». Enfin, ils prennent note du lancement des discussions avec les principaux partenaires commerciaux pour renégocier les accords d’équivalence pour l’agriculture biologique.
Promouvoir la production européenne
Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont, elles aussi, publié le 1er juillet leur avis sur ce plan. En ce qui concerne les mesures visant à stimuler la demande et à garantir la confiance des consommateurs le Copa-Cogeca rappelle que le secteur biologique devra être soutenu par la politique de promotion, même au-delà de sa part de marché. Mais, précise-t-il, le budget devra correspondre à la réalité de l’évolution du marché et surtout il devra « soutenir le développement et l’expansion des produits européens et ne pas profiter à la production non européenne ».
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Le Copa-Cogeca rappelle également que les agriculteurs biologiques européens auront besoin d’une boîte à outils appropriée pour protéger les cultures et les récoltes. À ce titre, la recherche et l’innovation sont essentielles pour aider le secteur à se développer davantage, en particulier les technologies telles que les solutions numériques et l’intelligence artificielle.
Enfin, l’organisation professionnelle met en avant le manque de protéines végétales européennes pour l’alimentation du bétail. En 2019, les importations pour le secteur de l’UE de tourteaux ont augmenté de 13 % et celles de soja de 25 %. 80 % de tous les tourteaux biologiques importés dans l’UE proviennent de Chine, « il y a un besoin clair et fort d’augmenter la production d’aliments protéiques biologiques européens si nous voulons soutenir la conversion du secteur de l’élevage conventionnel au biologique », prévient le Copa-Cogeca.
IFOAM veut mettre la Pac à contribution
L’organisation de promotion de l’agriculture bio IFOAM estime pour sa part que les aides de la Pac auront un rôle central à jouer pour atteindre les objectifs fixés. Dans un rapport du 26 juin, IFOAM constate que « seulement 64 % de la superficie certifiée biologique reçoit actuellement des paiements de soutien à la production biologique, ce qui représente près de 2 millions d’euros de soutien de la Pac par an ». Selon l’organisation, pour atteindre 25 % de terres biologiques dans l’UE d’ici à 2030, il faudrait que l’UE multiplie par 3 à 5 ses dépenses globales au titre de la Pac d’ici 2030 en consacrant 9 à 15 % du budget au bio (au lieu de 3 % comme en 2018). Certains pays ayant de faibles niveaux de soutien à l’agriculture biologique devraient envisager une multiplication par 10 des dépenses pour atteindre des objectifs réalistes, estime-t-elle. IFOAM demande donc aux États membres d’établir un objectif national pour le bio dans leurs plans stratégiques sur la base d’une analyse des besoins de production. La Commission devrait s’assurer que tous les plans stratégiques incluent cet objectif pour atteindre 25 % de surfaces bio à l’échelle de l’UE. « Les pays ont des bases de référence différentes et devraient avoir des objectifs différents, et les États membres ayant déjà plus de 25 % de terres biologiques devraient également continuer à développer l’agriculture biologique », ajoute IFOAM.