Les projets de plans stratégiques nationaux pour la future Pac remis à la Commission européenne manquent, à ce stade, d’ambition budgétaire et de mesures réellement incitatrices pour atteindre les objectifs européens en matière de développement de l’agriculture bio, dénonce l'association de défense du secteur Ifoam.
« Pour l’instant, il existe un écart évident entre l’ambition de l’UE d’atteindre 25 % de terres cultivées en agriculture biologiques d’ici 2030 et la faiblesse des mesures et des budgets actuellement prévus pour développer l’agriculture biologique dans les plans stratégiques de la Pac de nombreux États membres », conclut dans un rapport publié le 3 mars l’organisation européenne de défense de l’agriculture bio Ifoam. Ce travail, basé sur les réactions des associations d’agriculteurs bio de 22 États membres, montre que la plupart des projets de plans stratégiques nationaux de la Pac ne contribueront pas à développer de manière significative l’agriculture biologique dans l’UE.
La situation est particulièrement préoccupante dans les grands pays agricoles, où le budget consacré à l’agriculture biologique a été considérablement réduit. Parmi les exemples cités par Ifoam : l’Espagne où le budget consacré à l’agriculture biologique serait réduit de 400 millions d’euros par an actuellement à 700 millions d’euros sur l’ensemble de la prochaine période de la Pac (2023-2027) ; mais aussi l’Autriche, qui compte déjà 26 % de terres agricoles biologiques et qui a prévu une réduction des aides à l’hectare de 235 euros à 205 euros.
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Concurrence avec les écorégimes
Une autre inquiétude concerne la diminution de l’avantage comparatif pour la conversion des exploitations à l’agriculture biologique, par rapport aux éco-régimes incitant à adopter des pratiques moins bénéfiques pour l’environnement que le bio. « Cette situation alarmante est principalement due au manque d’ambition environnementale des critères des éco-régimes ainsi qu’aux problèmes rencontrés par les agriculteurs biologiques pour combiner les régimes biologiques avec les éco-régimes ou les mesures agro-environnementales du second pilier », analyse Ifoam. Un problème qui se pose notamment en France et en Allemagne. En France, Ifoam dénonce le fait que l’agriculture biologique recevra le même niveau de paiement dans le cadre d’un éco-régime que d’autres normes telles que la norme dite "Haute Valeur Environnementale" qui offre des avantages environnementaux moindres et qui autorise l’utilisation de pesticides. Même situation en Bulgarie, où les aides pour la mesure relative aux prairies à haute valeur naturelle seront plus élevées que celles aux prairies biologiques. Et en Allemagne les producteurs biologiques verraient leurs éco-régimes réduits car ils bénéficient déjà d’autres aides du second pilier et ils n’auraient tout simplement pas accès à l’éco-régime récompensant le fait de ne pas utiliser de pesticides. Des dispositions qui devront être examinées attentivement par la Commission européenne au moment de valider les plans stratégiques, prévient Ifoam.
Au Parlement européen, les rapporteurs des différents groupes politiques devraient finaliser leur position sur le plan de développement du bio lors de leur réunion du 15 mars en vue d’un vote en commission de l’Agriculture fin mars.