Invitée au Sommet des Consciences organisé le 21 juillet à Paris, Valdice Veron, porte-parole des Guarani Kaiowá, peuple indien indigène du Brésil, est venue pousser un cri d'alarme quant au « calvaire » vécu par son peuple. La production intensive de soja et de canne à sucre pousse le Brésil à occuper de plus en plus de terres, menaçant le territoire ancestral du peuple indien.
« Le soja et l'éthanol que vous consommez sont mélangés au sang des Guarani Kaiowá », a averti Valdice Veron en conférence de presse le 22 juillet. Vêtue du costume traditionnel indien, la jeune femme de 37 ans, qui en paraît 10 de plus, est venue demander à la France « appui et secours pour la nature et pour la vie ». Les Guarani Kaiowá raconte-t-elle, constituent l'un des derniers peuples indiens indigènes de l'Amazonie.
Valdice raconte l'horreur la plus totale : leurs villages incendiés par la milice, les viols, la torture. « Les grands propriétaires fonciers veulent récupérer nos terres pour y faire pousser de la canne à sucre et du soja », explique-t-elle. Pas question pour les Guarani Kaiowá, qui considèrent que ces terres, 2% du Mato Grosso (l'un des 27 Etats du Brésil), sont les leurs. « Pour vous, déplore Valdice en s'adressant aux quelques journalistes venus l'écouter, tout doit être marqué sur du papier, mais pour nous c'est la parole qui est sacrée ». C'est là la difficulté. Les Guarani Kaiowá doivent prouver que leur « Terre mère » est à eux. Mission quasiment accomplie : le peuple indigène a fini par rassembler tous les documents nécessaires, les a transmis aux tribunaux compétents qui ont validé les dossiers. Aujourd'hui, il ne manque plus qu'une chose, indique Valdice : la signature de la présidente brésilienne Dilma Rousseff qui refuse, provoquant « un génocide ». Au delà du veto de la présidente, un autre danger menace les peuples indigènes du pays. L'amendement à la Constitution de 1988, protégeant les terres des Indiens, est en voie d'être supprimé « sous l'influence des lobbies des gros propriétaires fonciers ».
Victimes collatérales d'une agriculture intensive
Le Brésil est le premier producteur mondial de sucre et le deuxième en soja. Le pays a vu ses surfaces agricoles augmenter de 34M ha entre 1990 et 2012 (1). Dans le même temps, la surface totale déboisée de l'Amazonie légale est passée de 43M ha à 75M ha (2). Les perspectives agricoles de l'OCDE et d la FAO 2015-2024 semblent être de mauvais augure pour les peuples indigènes d'Amazonie. Les deux organisations prévoient une expansion des terres agricoles en particulier pour le soja, principal produit agricole et exportation la plus lucrative du Brésil. Le pays devrait également rester le premier producteur et exportateur mondial de sucre.
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D'après l'association Planète Amazone, 13 000 indigènes, la plupart issus du peuple Guarani Kaiowá, travaillaient en 2011 dans les plantations de canne à sucre ou les usines de transformation d'éthanol « dans des conditions proches de l'esclavage ». L'espérance de vie des Guarani Kaiowá ne dépasse pas les 45 ans, selon l'association.
Valdice est « sortie de son village pour obtenir le soutien de la France. Il faut demander à Dilma Rousseff de signer les homologations ». Elle poursuit : « Nous ne revendiquons que 2% des terres du Mato Grosso et nous en prendrons soin ». Cela représente 0,02% du territoire brésilien, pour y accueillir les 45000 derniers Guarani Kaiowá.
(1)et (2) Perspectives agricoles de l'OCDE et de la FAO 2015-2024