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Stéphane Le Foll Agriculture économique et écologique : mission pour le CGAAER et l’Inra

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Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, qui veut un modèle d’agriculture performante à la fois sur le plan économique et écologique, a confié le 24 juillet la mission au Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) et à l’Inra d’inventer « un cadre agronomique nouveau ».

«Pour une agriculture performante à la fois sur le plan économique et écologique » : le ministre de l’Agriculture a annoncé le 24 juillet, lors d’une table ronde au Sénat, la mise en place d’une mission confiée au CGAAER et à l’Inra. « Ce n’est pas simplement sur les plans juridique, sociologique, de commercialisation, d’organisation… que doit être menée la réflexion, mais également en matière de recherche agronomique : c’est pour cela que je veux que l’Inra soit là, pour un cadre agronomique nouveau », a indiqué Stéphane Le Foll.
Cette mission sera précisément confiée « à Bertrand Hervieu et Marion Guillou, deux personnalités qui vont avoir en charge de travailler et sur le cadre général et sur la partie agronomique ». Bertrand Hervieu devrait prendre la succession de Jacques Brulhet à la vice-présidence du CGAAER en août, tandis que Marion Guillou a été remplacée par François Houllier à la tête de l’Inra le 27 juillet.
Marion Guillou revient ci-dessous sur l’élaboration d’un cadre agronomique nouveau. Cette mission lui sera pour partie confiée à titre personnel mais mobilisera également l’Inra en tant que tel.

Quels thèmes de recherche recouvre la mission qui vous est confiée par Stéphane Le Foll?
L’idée du ministre est d’encourager les agriculteurs, seuls ou regroupés, à adopter des pratiques pour que l’agriculture soit économiquement viable et aie de bonnes performances écologiques. J’attends qu’il nous dise plus précisément ce qu’il attend de notre mission mais le peux imaginer l’intérêt de telles démarches. Cela peut concerner à la fois l’agronomie, l’écologie et l’économie.
Cela suppose, selon les zones concernées, des systèmes agricoles qui soient adaptés à des « échelles pertinentes ». Ce qui signifie que, pour être efficaces, des actions sont conduites  par les exploitants agricoles au niveau de bassins versants ou de petites régions, au lieu d’être menées individuellement. L’exemple de la Bretagne avec les algues vertes est illustratif de l’utilité de travailler collectivement : comment adapter les pratiques  et équilibrer les contraintes, dans le cadre de la future politique agricole commune, par des rémunérations ad hoc, soit par le marché, soit par des contrats, ou par transferts de contraintes entre partenaires dans l’objectif de réduire les bilans globaux en nitrates et phosphates des élevages.

Cette notion d’échelle pertinente existe-t-elle ou reste-t-elle à inventer?
Il existe quelques exemples de telles actions menées  à l’étranger, comme les coopératives environnementales aux Pays-Bas. Dans cette forme d’engagement collectif, les exploitants mettent par exemple en place des systèmes favorables à la biodiversité dans les endroits les moins productifs. L’idée, c’est qu’en travaillant à une échelle supérieure à celle de l’exploitation, on arrive à produire les biens agricoles demandés et les biens environnementaux souhaités. Environ un tiers de la surface agricole des Pays-Bas est couvert par ce type d’accords collectifs.
Autant vous dire que nous n’avons pas la solution toute faite à proposer. Mais il est certain que selon l’objectif environnemental priorisé, les échelles souhaitables de regroupement diffèrent : si l’on veut obtenir la qualité de l’eau, c’est plutôt à l’échelle du bassin versant, si l’on recherche la biodiversité, c’est à l’échelle du paysage le plus souvent, si c’est pour stimuler les auxiliaires (des parasites contre d’autres parasites), c’est encore à une autre échelle.

L’élaboration de ce modèle agricole fera-t-il purement appel à la recherche agronomique ou incluera-t-il les éléments de la future Pac, avec ses aides au verdissement ?
Je doute que l’innovation agronomique seule suffise sans des éléments d’accompagnement par des politiques publiques. Le ministre souhaite par ailleurs voir comment encourager les initiatives des agriculteurs. Il nous faudra sans doute réfléchir dans cette triple perspective.

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