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Agroécologie : une ambition partiellement partagée

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Du projet agroécologique porté par Stéphane Le Foll depuis 2012, les professionnels partagent l’objectif de « triple performance », mais froncent les sourcils devant les objectifs d’autonomie ou d’interactions biologiques, relèvent trois ingénieurs du CGAAER dans un rapport récemment publié. La définition de l’agroécologie reste encore floue pour bon nombre de personnes.

Dans un rapport rendu public le 30 novembre sur « la mobilisation des partenaires du projet agroécologique », le CGAAER met en évidence l’appropriation assez partielle du concept d’agro-écologie parmi les décideurs du secteur agricole interviewés par les auteurs. Les objectifs ne sont pas tous partagés et la définition reste floue aux yeux de beaucoup d’acteurs. « Tous les interlocuteurs rencontrés partagent l’ambition d’une agriculture multi-performante, notent les auteurs du rapport. Mais tous ne revendiquent pas la promotion de systèmes de production agroécologiques fondés sur l’autonomie des exploitations, les interactions biologiques et l’utilisation des services écosystémiques ».
Depuis sa nomination en 2012, Stéphane Le Foll a porté sans relâche ce concept, dans les discours et au travers d’un projet appelé Projet agroécologique, qui comprend 80 mesures (GIEE, nouvelles MAEC, bonus agroécologique à l’installation…). Le ministre est allé jusqu’à faire inscrire une définition de l’agroécologie dans le droit par la loi d’avenir agricole (voir encadré). Mais « le concept reste diversement interprété », notent les auteurs. Il est associé ou confondu avec une myriade de notions nées de l’introduction des préoccupations environnementales en agriculture.

Confusion et concurrence des concepts

Dans la filière agricole, « certains évoquent l’agronomie, l’agriculture paysanne, l’agriculture raisonnée, l’agriculture écologiquement performante, les CTE et les CAD, la certification environnementale, Ecophyto…, confondant parfois agro-écologie et respect de l’environnement dans les pratiques agricoles », notent les auteurs.
Parmi les organismes de développement, les instituts techniques et les groupements d’agriculteurs (CIVAM, GDA), on évoque « la multi-performance, l’agriculture durable, l’agriculture carbone, l’agriculture intégrée, l’agriculture de conservation, les systèmes de production économes et autonomes ou même la gestion en bon père de famille inscrite de longue date dans le code rural… » Parmi les organismes économiques, « on parle d’agriculture de précision, d’élevage de précision, d’agriculture écologiquement intensive, de nouvelle agriculture, de démarches de progrès… »

La grande distribution, elle, « espère des standards, des normes ou une qualification qui lui permettraient de valoriser le concept auprès des consommateurs ».

Un concept flou mais installé

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Pour certains référents agro-écologie en Draaf, le manque de clarté agit comme « un frein à l’avancement du projet », rapportent les auteurs. Le personnel déconcentré du ministère cite « une définition de l’agroécologie qui demeure un peu floue pour les interlocuteurs (car très vaste) » ou « une difficulté – inhérente au concept de l’agro-écologie – à pouvoir simplement et rapidement définir ce qui relève de l’agro-écologie ou pas ».

Malgré ces écarts, le mot est « installé dans une certaine réalité et peut-être même dans la banalisation », rapportent les auteurs. « Vivre dans l’ambiguïté n’empêche pas d’avancer ! », témoigne un interlocuteur cité dans le rapport. S’il « n’échappe pas toujours à une connotation politique », le concept se répand : « Il a été tabou dans certains cercles, mais ne l’est plus, ou plus autant, ou moins souvent… Il s’utilise aussi bien dans les instances parisiennes où le débat a pu être vif, que sur le terrain, même si certains estiment que le vocable écologie y est trop sonore ».

La définition de la loi d’avenir : triple-performance, autonomie, interractions biologiques, changement climatique

La loi d’avenir agricole votée en 2014 définit les « systèmes de production agroécologiques ». Premièrement, ils « combinent performance économique, sociale, notamment à travers un haut niveau de protection sociale, environnementale et sanitaire ». Deuxièmement, ils « privilégient l’autonomie des exploitations agricoles et l’amélioration de leur compétitivité, en maintenant ou en augmentant la rentabilité économique, en améliorant la valeur ajoutée des productions et en réduisant la consommation d’énergie, d’eau, d’engrais, de produits phytopharmaceutiques et de médicaments vétérinaires, en particulier les antibiotiques ». Enfin, ils sont « fondés sur les interactions biologiques et l’utilisation des services écosystémiques et des potentiels offerts par les ressources naturelles […] » et ils « contribuent à l’atténuation et à l’adaptation aux effets du changement climatique ».