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Bruno Oberle, directeur général de l’UICN Aires protégées: « Atteindre 30 % supposera de discuter avec les agriculteurs »

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« L’agriculture pourrait être responsable de près de 80 % de la perte de biodiversité » Crédits : © Rama

À l’occasion du congrès mondial de l’Union mondiale pour la conservation de la nature (UICN), qui s’est ouvert le 3 septembre, le directeur général de l’organisation Bruno Oberle a partagé avec Agra Presse sa vision du lien entre agriculture et biodiversité.

Que dit aujourd’hui la science du lien entre agriculture et biodiversité ?

Il y a deux côtés à la médaille. D’un côté, nous avons des preuves que l’agriculture pourrait être responsable de près de 80 % de la perte de biodiversité. Directement, en raison des pesticides, de changements dans l’utilisation des sols, ou indirectement en raison des fuites d’engrais dans les rivières et les sols. De l’autre côté, nous savons que la biodiversité et l’agriculture ont toutes deux besoin de sols vivants, et je suis donc personnellement convaincu que l’agriculture et la conservation seront deux alliées dans le futur.

Nous devons joindre nos forces pour transformer les pratiques agricoles de manière qu’elles produisent une nourriture bonne, saine, et en quantité pour tout le monde sur la planète, en garantissant aux agriculteurs un revenu équitable, et en créant de la valeur pour la nature. La science nous dit que cela est possible.

Quelles sont selon vous les conditions de cette transition ?

Mon expérience politique me laisse penser que les paysans et la communauté de la conservation peuvent réussir la transformation ensemble en demandant à la fois aux industriels qui fournissent les intrants, et à ceux qui transforment les matières premières, de mieux soutenir les pratiques agricoles durables.

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Ce sont probablement eux qui détiennent le nœud du problème. Je ne pense pas que le conflit soit entre les communautés agricoles et de protection de la nature. Je pense que la discussion doit se faire sur les effets d’un certain type d’agriculture industrielle sur la planète.

Protéger les espaces naturels est-il pour vous compatible avec la production agricole ?

Un certain nombre d’Etats, et l’UICN les soutient, veulent protéger 30 % de la surface de la planète, sur terre et dans les océans. Nous pouvions atteindre les 17 % de surface fixés par les accords d’Aichi sans toucher aux surfaces agricoles dans beaucoup de pays, et cela a été fait. Mais les 30 % seront plus difficiles à atteindre, et nécessiteront de lancer une discussion avec les agricultures sur le futur de ces zones.

Ce n’est pas parce qu’ils sont bien conservés, et protégés, que ces territoires doivent devenir des réserves. Nous devons discuter avec les agriculteurs pour définir les pratiques qui seraient acceptées dans ces zones, qui deviendront des aires protégées capables de produire également notre alimentation.