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Aliments du bétail Alain Guillaume (Snia) : « Ce qui nous interpelle, c'est la répétition des crises »

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Le président du Syndicat de l'alimentation animale (Snia) s'inquiète de la répétition des crises porcines et de l'augmentation des encours des éleveurs auprès des fabricants d'aliments du bétail.

La filière porc est « en crise » aujourd'hui. Ceci se se répète régulièrement, quel est votre regard sur la situation ?

Ce qui nous interpelle aujourd'hui, c'est la répétition de ces crises justement. En faisant un rapide sondage depuis le début de l'année, les encours auprès des fabricants d'aliment ont augmenté de près de 10 millions d'euros. Certes, nos industries sont habituées aux fluctuations de prix, mais le côté structurel de cette crise nous préoccupe. Entre 2010 et 2014, ce sont près de 750 000 tonnes d'aliment vendues en moins dans la filière porc. Depuis le début de l'année, en Bretagne, les ventes d'aliments ont baissé de 5,5% et sur toute la France de 4,5%. Sur l'année 2014, cette baisse a été de 3,2%. Entre 2008 et 2014, c'est 1,5 million de porcs en moins produits en France. Les chiffres parlent d'eux-mêmes !

Comment peuvent réagir les entreprises de la nutrition animale face à cela ?

Tout d'abord, les 750 000 tonnes d'aliments vendues en moins n'ont pas ou peu été compensées par des ventes d'aliments pour d'autres espèces. Aujourd'hui, les entreprises serrent davantage les boulons. Nous regardons les cours toutes les semaines, en espérant une amélioration. Cela dit, nous attendons également l'impact du stockage privé. C'est une demande que nous avons défendue avec la Fefac (European Feed Manufacturers' Federation), qui devrait tout de même donner un peu d'air à la filière. Globalement, nous sommes vraiment inquiets car nous risquons de nous trouver en difficulté. Sur le terrain, les éleveurs sont découragés. Le cœur n'y est plus.

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Que pouvez-vous donner comme conseils aux éleveurs dans cette situation ?

Il faut que les éleveurs se battent encore pour améliorer leurs résultats techniques. C'est le seul point sur lequel nous pouvons vraiment jouer pour gagner en prix de revient. En porc, aujourd'hui, il reste des écarts trop important entre éleveurs. L'alimentation des animaux de rente, c'est très technique en réalité! Les apports alimentaires varient en fonction de la génétique, des bâtiments, de l'âge des animaux… Là, nous pouvons aider les éleveurs.

Cette situation peut-elle se reproduire dans d'autres filières ?

En production laitière, nous constatons qu'avec l'évolution très rapide des structures et l'arrivée des coûteux robots de traite, les éleveurs vont devoir s'habituer aussi à un haut niveau de technicité. Il leur faudra développer les mêmes réflexes que les éleveurs en production hors-sol. Leur charges de structures sont fixes et élevées avec un cours du lait variable. Améliorer leurs résultats technico-économiques sera un vrai enjeu.