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OGM Alain Guillaume (Snia) : « À l'Europe de prendre ses responsabilités ! »

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Alain Guillaume, président du Syndicat national de l'industrie de la nutrition animale (Snia), affiche une position très claire de rejet quant à la proposition de Bruxelles de renationaliser les décisions de commercialisation des OGM par pays au sein de l'Union européenne.

Quelle est votre réaction face à la récente proposition de la Commission européenne concernant la renationalisation des décisions de commercialisation des OGM ?

Nous rejetons cette proposition législative. Que l'Europe prenne ses responsabilités ! Cela va à l'encontre du marché unique et provoquerait de graves distorsions de concurrence entre pays. Tous les Etats ne sont pas sur la même longueur d'onde au niveau des OGM et restent parfois dans un processus de non-décision. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a souhaité par sa proposition répondre aux attentes individuelles d'Etats qui réclament l'importation de matières premières OGM pour pouvoir nourrir leurs animaux. C'est ce que nous avons appelé une « fausse bonne idée » !

Dans quelle mesure les industriels de l'alimentation animale s'approvisionnent déjà en produits OGM ?

En France, 87% de nos approvisionnements en matières premières sont d'origine européenne, 13 % seulement sont achetés sur le marché mondial en provenance de pays tiers. Sur ces 13 %, près 80 % sont des OGM. Il faut bien retenir que sur le marché international du soja par exemple, le standard, c'est l'OGM ! Le non-OGM est d'ailleurs environ 20 % plus cher. Au final, c'est un peu moins de 10 % de la totalité de nos approvisionnements en matières premières qui est susceptible de contenir des OGM.

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Cela vous pose-t-il des problèmes de commercialisation ?

Non, puisque depuis 2004, nous sommes dans l'obligation de mentionner la présence d'OGM sur les étiquettes de nos produits. Les filières avec et sans OGM sont parfaitement organisées et coexistent en toute transparence. Par contre, il existe une vraie problématique de manque de synchronisation des autorisations d'OGM à travers le monde. C'est pourquoi, nous nous réjouissons de la récente autorisation de commercialisation des 17 variétés d'OGM au sein de l'Europe. Il faut savoir que les autorisations de production, de commercialisation et d'utilisation des OGM ne sont pas les mêmes entre bassins de production (USA et Amérique latine) et bassins de consommation (Europe). Cela menace les approvisionnements car il existe toujours un risque de transferts de particule entre lots du fait de la logistique et du stockage. Des OGM non autorisés sur le marché européen, même en infime quantité, peuvent se glisser dans des lots de matières premières non OGM ou issues d'OGM autorisés, au risque de bloquer les circuits d'approvisionnements. C'est un problème technique grave que la proposition de loi de Bruxelles pourrait démultiplier au sein même de l'Europe.

Quels coûts supplémentaires cette décision aurait-elle pour l'élevage français ?

Il faut que ce projet soit abandonné car les élevages des pays qui renonceraient à certaines sources d'approvisionnement seraient directement menacés, avec par exemple une hausse de 5 à 7% du coût de l'aliment pour la en volaille. En France, ce serait particulièrement dommageable pour une filière en phase de reconquête. Par ailleurs, si à court terme, l'élevage de certains pays serait peut-être favorisé, sur du long terme, c'est tout l'élevage européen qui serait pénalisé par une telle orientation. La France doit s'opposer à cette proposition législative. Le SNIA ne manquera pas d'ailleurs de revenir sur le sujet à l'occasion de son assemblée générale, le 28 mai prochain, à Bruxelles.