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Environnement Alain Juppé s’attelle à son Grenelle de l’environnement

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À peine trois jours après l’annonce de la composition du gouvernement Sarkozy, Alain Juppé, le « super-ministre » de l’Écologie, a pris un contact « historique » avec les principales organisations écologistes le 21 mai. Ces dernières, sous le charme, se sont dites rassurées quant à la tenue du Grenelle de l’environnement prévu au plus tard dans la deuxième quinzaine d’octobre. Nicolas Sarkozy, le président de la République, a placé la barre très haut. Il souhaite « des décisions ambitieuses qui ne se résument pas au plus petit dénominateur commun ». « Le temps est à l’action », a expliqué le chef de l’État.

Sa mission : « Etre un militant de la terre ». C’est ce qu’a affirmé Alain Juppé à la tête d’un super-ministère de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durable, le 20 mai. Le lendemain, Nicolas Sarkozy et son « super-ministre » de l’Écologie, numéro 2 du gouvernement, se sont entretenus pendant près de deux heures avec les principales organisations écologistes non gouvernementales, des scientifiques et des experts pour préparer le « Grenelle de l’environnement » qui se tiendra « au plus tard dans la deuxième quinzaine d’octobre ». Un « point d’étape » sur la préparation sera également organisé « autour du 14 juillet » à la demande du chef de l’État. Nicolas Sarkozy a expliqué qu’il « souhaitait une discussion franche et qu’elle aboutisse à des décisions ambitieuses qui ne résument pas au plus petit dénominateur commun ».

« Il s’agit bien d’une négociation sur des mesures concrètes », a affirmé le président de la République. Il définit trois priorités d’action : comment lutter contre le changement climatique et ses conséquences, préserver la biodiversité et prévenir les conséquences des pollutions sur la santé.

Un contrat négocié

« Le Grenelle de l’environnement sera un contrat entre l’État, les collectivités territoriales, les syndicats, les entreprises et les associations », souhaite le chef de l’État. « Je veux que ce contrat engage les responsables : nous ne négocierons bien que si le nombre de participants n’est pas trop important » a-t-il ajouté.

Il s’agit « d’arriver à un contrat pluriannuel – 5 ans probablement – négocié, comportant des objectifs », a ajouté le ministre Alain Juppé. Des objectifs assortis de mesures qui pourront concerner la fiscalité, le développement des transports moins polluants (fret ferroviaire, voitures propres), une politique énergétique plus diversifiée avec une montée en puissance des énergies renouvelables.

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Du côté des participants, à savoir les militants écologistes reçus à l’Élysée, ils ont tous salué une réunion « historique » qui a selon eux « dépassionné le débat » et les a « rassurés » sur la prochaine tenue du Grenelle de l’environnement. Étaient présents les représentants de Greenpeace, WWF, les Amis de la Terre, la Fondation Nicolas Hulot, la Ligue de protection des oiseaux (LPO), le Réseau Action climat (RAC), la Ligue ROC, la fédération France Nature Environnement (FNE) et Écologie sans frontières.

Pas sur la défensive

De son côté, la profession agricole assistait en spectatrice à cette première prise de contact médiatique entre Alain Juppé et les écologistes. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA faisait savoir au lendemain de cette entrevue que l’agriculture « ne serait pas sur la défensive » lors du Grenelle de l’environnement. « Il n’est pas question de remettre en cause une agriculture compétitive, productive, soucieuse de la qualité des produits, de l’eau et des paysages », affirme le leader syndical. « On ne part pas de zéro »en matière d’environnement (ndlr) résume-t-il. « Je ne participerai pas à des débats où nous serions mis au banc des accusés », soulignait-il encore, fort du score obtenu aux élections aux chambres d’Agriculture par son syndicat. « Il y en a qui gouvernent avec 53 % », a lancé le leader syndical qui entend faire entendre la voix de la FNSEA.

La PAC un domaine réservé

Dans ce contexte de remise à plat des décisions politiques qui devront être prises en fonction du développement durable, Alain Juppé, invité de l’émission Ripostes, a déclaré le 20 mai, qu’il entendait travailler avec la ministre de l’Agriculture, notamment pour « coordonner notre action pour la révision de la Pac ». La réaction de Jean-Michel Lemétayer ne s’est pas fait attendre. « Il ne faut pas attendre de ce rendez-vous (Grenelle de l’environnement) qu’il décide de la future Pac », a expliqué le leader syndical. « La Pac se discute au ministère de l’Agriculture », a-t-il encore rappelé le 23 mai. Il faut profiter de la présidence française de l’Union européenne au deuxième trimestre 2008 pour « refixer des missions à notre agriculture », souligne le président de la FNSEA. « Il y a un cadre (pour la PAC) jusqu’en 2013 : il peut y avoir des ajustements mais les choix fondamentaux se feront pour l’après 2013 », avance Jean-Michel Lemétayer. Christine Lagarde, nouvelle ministre de l’Agriculture a fait savoir aux syndicalistes majoritaires qu’elle a reçu le 23 mai sa volonté de mettre le monde agricole « en ordre de marche » pour sa participation au Grenelle de l’Environnement. D’où sa volonté d’organiser des Etats généraux de l’agriculture. L’idée est que le débat agricole devienne un débat de société, résume Philippe Meurs, président des JA. Moins d’une semaine après la nomination du gouvernement Sarkozy, la profession agricole française devait déjà prendre à son compte le proverbe « la meilleure défense c’est l’attaque ».