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Arnaud Lécuyer, vice-président de la région Bretagne Algues vertes : « Nous ne devons rien nous interdire »

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Alors que le conseil régional votera le 3e plan algues vertes (Plav3) le 4 octobre, le vice-président de la région Bretagne à l’agriculture en détaille pour Agra Presse les nouveautés, tout en déplorant la reprise en main des Maec par l’État. La région explore désormais de multiples leviers, dont celui du foncier, avec un programme détaillé sur l’installation attendu en décembre.

L’introduction du nouveau plan Algues vertes évoque un « changement de braquet ». Comment ce virage se traduira-t-il ?

La maquette budgétaire n’est pas encore tout à fait arrêtée, certains acteurs doivent encore se prononcer, mais le plan devrait avoir plus de moyens, notamment une meilleure sollicitation des fonds Feader. Sur les Maec, la région conservera au minimum un même niveau de financement, soit environ 25 M€ sur les cinq dernières années du plan, alors que nous n’avions prévu que 14 M€ au lancement. Nous serons également vigilants sur le maintien par l’État de ses budgets, comme Julien Denormandie s’y était engagé. Les Maec ont été un succès collectif en Bretagne, et notre exigence est que le nombre d’engagements perdure, voire s’amplifie, ce qui passe nécessairement par des moyens budgétaires accrus.

Sans les Maec, que vous reste-t-il comme outil pour peser dans le plan Algues vertes ?

Les Maec étaient un levier important, dont le gouvernement nous a retiré la gestion avec la prochaine Pac. Elles nous ont permis de massifier les engagements, avec près de 6 000 contrats signés entre 2015 et 2022 en comprenant les agriculteurs bio. Nous regrettons ce choix du gouvernement, parce que nous avions répondu présent, et que nous n’avons plus d’outil désormais pour toucher l’ensemble des aspects des fermes de manière systémique. Il y a eu des discussions pour savoir s’il fallait rester dans le plan, mais nous avons assumé notre responsabilité politique.

Donc allons donc suivre de près la mise en œuvre du Plav3, quitte à la corriger, avec le cap à 2025 pour déclencher les mesures réglementaires des ZSCE. Nous conservons aussi encore des moyens d’action sur l’installation, la modernisation et l’investissement, ou encore le bocage et les MAEC forfaitaires, dont nous aurons la gestion. Sur les Maec, le président de la région remontera aussi au créneau pour la prochaine Pac 2027 que nous commençons à préparer. Nous défendrons à nouveau une plus grande responsabilité pour les régions, car nous avons prouvé notre capacité à mettre en œuvre les mesures.

Qu’attendez-vous de la nouvelle Maec Algues vertes ?

Nous accordons notre confiance a priori au dispositif, malgré des incertitudes concernant le cahier des charges, ou la capacité des agriculteurs à se saisir du dispositif. En reprenant la main, l’État a revu les montants, les exigences, ainsi que les périmètres. C’est encore un sujet en cours de discussion, mais le premier niveau de la Maec serait accessible dans toutes les baies algues vertes, mais d’autres territoires ne pourront avoir accès qu’au 2e ou au 3e niveau. Le sujet principal pour nous, c’est que la dynamique perdure, et nous ne nous satisferons pas, après avoir perdu la gestion des Maec, de voir leur nombre d’écrouler.

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Vous attaquerez-vous au foncier, comme la Cour des comptes et le sénateur Delcros y encourageaient ?

Sur le foncier, l’attente est aussi grande que la capacité d’action est faible. Légalement, personne n’a les moyens suffisants pour contrôler les transactions. Sur 50 000 ha qui changent de main chaque année, seuls 25 000 sont visibles pour les collectivités et les Safer, et seuls 5 000 à 7 000 ha sont préemptés. Sur le dernier plan, le travail n’a d’ailleurs pas été à la hauteur : seuls 250 ha ont pu être préemptés, ce qui reste très peu à l’échelle de la superficie concernée par le plan Algues vertes.

Sur le prochain plan, nous allons réviser la convention de travail avec la Safer, pour doubler cette surface. Il nous faut travailler sur les zones humides et les bas-fonds, qui sont des zones essentielles pour éviter les fuites d’azote. En fin d’année, nous dévoilerons également un programme concernant le foncier et l’installation, résultat d’états généraux menés depuis octobre 2021. Nous ferons davantage en termes de moyens mais surtout de résultat, en facilitant le regroupement du parcellaire dès que possible, et en prévoyant d’installer 1 000 nouveaux agriculteurs par an contre 700 à 800 environ actuellement.

Allez-vous conditionner vos aides à l’investissement, comme la Cour des comptes y invitait ?

Ce que je n’aime dans le mot "conditionnalité", c’est l’idée de barrière, de laisser des gens de côté. Il y a des gens engagés par nature, dans le bio, la HVE, les Maec ou les PSE. D’autres, qui plantent des haies, couvrent leurs fosses ou réduisent leurs pesticides, ne voient en revanche pas leur engagement reconnu. L’objectif du nouveau contrat de transition écologique que nous portons dans le Plav3 est de permettre à chaque agriculteur de travailler sur des systèmes agricoles plus résilients sur les aspects d’énergie, de fourrage, ou de climat. La sécheresse de l’été 2022 a été un électrochoc en Bretagne : les agriculteurs sont en attentes de solutions, et nous voulons que nos aides les accompagnent sur tous ces enjeux.

Comment pourriez-vous mobiliser les filières ?

Notre question est de savoir comment préserver les zones humides et les bas-fonds, sans les dévaloriser d’un point de vue économique. Un éleveur porcin, par exemple, qui aurait une partie de sa ferme dans ce type de terrain, n’a aucun intérêt aujourd’hui à les remettre en herbe. Notre travail, par exemple en baie de St-Brieuc, pourrait être de faire dialoguer des coopératives comme la Cooperl, Le Gouessant, et Laïta (Even) pour envisager de possibles échanges. On l’a vu cet été : les fourrages ont une réelle valeur. Nous pourrions faciliter ce type d’organisation par de l’accompagnement notamment. De manière générale, il ne faut rien s’interdire, y compris en termes d’expérimentation.

« Le nombre de MAEC ne doit pas s’écrouler »

« Nous commençons déjà à préparer la Pac 2027 »