Les activités de recherche sur les aliments doivent être réorientées en fonction des enjeux d’environnement, de santé et de production. Telle va être l’objet du programme Alia (« Alimentation et industries alimentaires ») que lance pour trois ans l’Agence nationale de la recherche. Avec, pour financer les candidats à l’appel à projets qui va suivre, un budget en ligne avec ces dernières années et un axe privilégié en faveur de la compétitivité des entreprises.
Le PNRA s’achève, place au programme Alia… Le nouvel appel à projet doit être mis en ligne ces jours-ci sur le site de l'ANR www.agence-nationale-recherche.fr. L’Agence nationale de la recherche (ANR) dont l’un des programmes finalisés intéressait depuis 2005 le secteur agroalimentaire sous le nom de Programme national de recherche en alimentation (PNRA), est en train de lancer un nouveau programme triennal baptisé Alimentation et industries alimentaires (Alia).
Celui-ci propose une très forte réorientation des activités de recherche sur les aliments et les productions alimentaires en intégrant les enjeux environnementaux, de santé et de production.
Si le budget que l’ANR consacrera à Alia reste en ligne avec les crédits consommés pour le PNRA, il faut s’attendre à un financement global annuel de 11 à 14 M EUR pour les années 2008, 2009 et 2010 permettant à des entreprises et à des centres de recherche qui organiseront des partenariats sur l’un des thèmes retenus de mener à bien leurs travaux avec un concours public octroyé par l’ANR.
Alia disposera d’un comité de pilotage qui comme le précédent sera sans doute présidé par un industriel (c’était Yves Bayon de Noyer, p.-d.g. d’Agis lors du PNRA).
« Bien vieillir », Label vert, …
Le programme Alia s’articule autour de trois axes stratégiques :
1. « pour le bien-être et le bien vieillir des consommateurs », dont l’objectif principal est de parvenir à améliorer la qualité de vie de populations spécifiques et fragilisées en développant une alimentation correspondant à leurs besoins
2. « pour une économie plus dynamique » dont l’objectif principal est de parvenir à améliorer la compétitivité des entreprises en encourageant l’innovation industrielle et l’image positive des productions alimentaires françaises à l’export
3. « pour une société plus dynamique » dont l’objectif principal est de développer et mettre en œuvre les outils encourageant la production d’aliments de qualité et sûrs, produits dans des conditions respectueuses de l’environnement et des éco-systèmes.
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Les objectifs transversaux du programme Alia sont de renforcer l’intégration des champs disciplinaires intervenant dans la recherche en alimentaire, d’attirer des communautés scientifiques traditionnellement absentes de la recherche dans le domaine, de préparer les équipes de recherche à la coopération pan-européenne par le biais de projets bilatéraux et d’augmenter notablement la contribution des entreprises dans la recherche agroalimentaire (l’objectif serait de financer 50 % de projets partenariaux).
Au service de telles ambitions, les trois axes définis ci-dessus seront menés de front pendant les trois années, mais une priorité sera accordée à la thématique n°2 (le lien avec la compétitivité des entreprises) et 40 à 60 % du budget lui sera consacrée. Ces trois axes font la synthèse des propositions émises par l’Ania, l’Afssa, l’Inra, le ministère de l’Agriculture (DGER et DGAL) et le ministère de la Recherche. De plus, Alia vient en soutien au PNNS et propose de mettre en phase la recherche nationale avec les grandes orientations proposées dans le 7e programme cadre européen (PCRD) par la plateforme de technologie industrielle « Food for life » dans son agenda stratégique de la recherche.
Des enjeux de société
De nombreux enjeux justifient les axes donnés au programme Alia. En premier des enjeux de consommation : l’enjeu de la recherche en alimentation est en premier lieu l’amélioration de la qualité de vie de populations auxquelles il faut assurer une alimentation nutritive, sûre et abordable. En ciblant ce nouveau programme sur des populations délaissées par les programmes précédents, l’enjeu spécifique est la diversification de l’offre d’aliments élaborés correspondant aux besoins ; c’est aussi la prise en compte des particularités des citoyens en milieu hospitalier aussi bien qu’à domicile ou hors foyer. Les activités de recherche proposées liées à l’atelier de production devraient aider à déployer de nouvelles méthodes de production « flexibles et versatiles » qui, en termes d’enjeu social, pourraient permettre de diminuer les coûts et d’offrir le meilleur choix pour la santé aux consommateurs les plus démunis.
Enjeux de production
La compétitivité des entreprises, qui est au cœur de l’axe n°2, nécessite une plus grande confiance des acheteurs et une plus grande visibilité à l’export. Des recherches pour améliorer la qualité environnementale des processus productifs pourraient déboucher sur le développement d’un « label vert ». Un tel concept doit aller plus loin que celui de commerce équitable dans la mesure où aujourd’hui un produit alimentaire est un assemblage complexe, avec des matières premières de diverses origines géographiques, et des emballages associés à des coûts énergétiques et environnementaux directs et indirects.
Une très forte interaction avec le programme qui traite de l’agriculture à haute valeur environnementale est à prévoir sur cet axe.
Justifications au titre des stratégies de recherche
L’axe n°1 (« pour le bien-être et le mieux vieillir des populations ») a une forte composante de recherche académique. Il pose plusieurs problèmes, celui de l’amélioration effective de l’alimentation des malades dénutris (dont 4,5 millions de personnes âgées) ou à pathologies chroniques sous médication lourde à effets indésirables avérés, ou des obèses,… celui du développement de méthodes fiables, rigoureuses et reproductibles à haut débit en laboratoire ou par simulation virtuelle pour l’évaluation des propriétés nutritionnelles des aliments et leur validation in vivo, celui de la détermination de biomarqueurs intermédiaires spécifiques, et celui de la compréhension et de la modélisation des mécanismes de transformation des aliments dans le tractus digestif.
L’axe n°2 a une forte composante partenariale et doit ouvrir à des développements technologiques d’autres filières industrielles à vocation biologique. Il inclura : - l’intégration et les couplages de procédés, leur validation en termes d’amélioration de la qualité et de la sécurité, et de durabilité ; - la modélisation, le développement et l’intégration de technologies high tech (avec analyse de l’impact économique de la mutation engendrée par la modernisation des ateliers) ; - le développement de méthodes pour produire de nouveaux aliments sur-mesure dotés de propriétés fonctionnelles et nutritionnelles avérées ; - celui, enfin, de nouveaux ingrédients fonctionnels et nutritionnels à partir de nouvelles sources (en évaluant leur valeur ajoutée).
L’axe n° 3 a vocation à intégrer des champs disciplinaires variés pour bâtir les outils nécessaires au concept de label vert. Y figurent la validation d’outils intégratifs pour une évaluation des filières et de produits élaborés incluant la mondialisation des approvisionnements (coopération à prévoir avec les pays du Sud), celle de méthodes pour l’évaluation bénéfice-risque de la qualité des intrants, celle de méthodologies pour intégrer la notion de durabilité dans les productions alimentaires et pour comprendre les attitudes des consommateurs (soutien aux politiques destinées à mieux gérer les crises et à favoriser une information qui ait un réel impact sur les consommateurs).