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Alimentation ultra-transformée : la DGAL appelle à anticiper les risques

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Auditionné par les députés, le patron des services sanitaires du ministère de l’Agriculture (DGAL) met en avant des effets encore méconnus des additifs et composés néoformés utilisés dans certains aliments. Il compare le sujet à celui des phytos, car la consommation se poursuit tandis que les premières études s’inquiètent des impacts sur l’homme.

Auditionné le 10 juillet à l’Assemblée nationale par la commission d’enquête sur l’alimentation industrielle, le patron de la DGAL (ministère de l’Agriculture) Patrick Dehaumont a alerté les députés sur les risques d’une alimentation ultra-transformée. « Il y a un champ d’investigation que l’on est en train de découvrir, et il faut s’y pencher de manière sérieuse si on ne veut pas avoir des lendemains qui déchantent », prévient-il. Déjà, en février 2018, une étude des chercheurs de l’Inserm, de l’Inra et de l’Université Paris 13, suggérait, sans pouvoir l’affirmer, un lien entre la consommation d’aliments « ultra-transformés » et un sur-risque de développer un cancer. Les chercheurs avaient eux-mêmes prévenu que les résultats devaient être considérés comme une première piste d’investigation, dans l’attente d’être confirmés dans d’autres populations d’étude.

Du progrès à la mise en danger

Pour Patrick Dehaumont, les doutes liés à la multiplication des produits auxiliaires (non consommés), des additifs, des composés néoformés (produits apparaissant durant la transformation comme les acrylamides) pourraient être comparés avec la situation des produits phytosanitaires. « Nous avons une production végétale qui a pu être développée en quantité et en qualité grâce à l’usage de phytos, dit-il en rappelant que ceux-ci permettent de lutter contre des organismes nuisibles pour la plante, et parfois pour l’homme. Aujourd’hui, on déchante car d’autres signaux sur la santé apparaissent, avec les faibles doses, les effets cocktails, les combinatoires des effets biologiques… L’étude de l’Inserm et de l’Inra le montre bien. » Dans foulée, Patrick Dehaumont prévient. « J’ai l’impression que pour les aliments ultra-transformés, on pourrait se retrouver dans la même logique », prévient-il. Quid de la « multiplication des auxiliaires, des additifs, des composés néoformés, de certains effets perturbateurs endocriniens », s’interroge Patrick Dehaumont : « Je n’ai pas la réponse mais j’ai le sentiment qu’il faut qu’on se préoccupe de ces questions-là ».

« Il faut s’y pencher de manière sérieuse si on ne veut pas avoir des lendemains qui déchantent » Patrick Dehaumont, DGAL

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Contrôles : la DGAL se défend des critiques de la Cour des Comptes

Loïc Prud’homme, président de la commission d’enquête sur l’alimentation industrielle, a souhaité entendre l’avis de Patrick Dehaumont sur le rapport public de 2014 de la Cour des comptes qui pointait une insuffisance des contrôles sanitaires des végétaux. « En 2013, nous avons été touchés par une diminution des effectifs d’inspection », rappelle le président de la DGAL. Mais ce repli des postes disponibles aurait par la suite été compensé par l’embauche de 180 équivalents temps pleins en trois ans. « Aujourd’hui, nous disposons d’une enveloppe de moyens humains et techniques », assure Patrick Dehaumont. Il surfe sur le sujet pour dénoncer le déséquilibre des contrôles au fil des maillons. Grâce à ses équipes renflouées, il estime qu’en abattoir, chaque carcasse est inspectée, comme l’exige la réglementation communautaire. « À l’autre bout de la chaîne, en remise directe (distribution restaurateurs…), la pression de contrôle est bien moindre puisqu’un restaurant peut être contrôlé une fois tous les dix ans », atteste-t-il, renvoyant la balle à la DGCCRF.

Qu’est-ce qu’un aliment ultra-transformé ?

Pour définir un aliment ultra-transformé, l’étude de février conduite par l’Inserm l’Inra et l’Université Paris 13 cite notamment les pains et brioches industriels, les barres chocolatées, les biscuits apéritifs, les sodas et boissons sucrées aromatisées, les nuggets de volaille et de poisson, les soupes instantanées, les plats cuisinés congelés ou prêts à consommer, et tous produits transformés avec ajout de conservateurs autre que le sel. Des colorants, émulsifiants, texturants, édulcorants et d’autres additifs, sont souvent ajoutés à ces produits.