Face à la Suisse, qui tente de s’arroger l’appellation Emmental, les industriels français et allemands se serrent les coudes pour obtenir la protection de leur produit sous la forme d’une Spécialité traditionnelle protégée (STG). Ils ont déposé un dossier de demande auprès de leurs ministères respectifs, le 6 septembre. Une démarche qui met dans l’embarras la Commission européenne actuellement en négociation à ce propos avec la Confédération helvétique.
Entremont, l’Ermitage et autres grandes fromageries européennes font tout pour ne pas perdre le droit d’utiliser l’appellation Emmental ou Emmentaler. Celle-ci représente près de 500 000 tonnes de fromage par an. Par le biais de leurs fédérations respectives, la Milchindustrie Verband et le SIGF (Syndicat interprofessionnel du gruyère français), les producteurs ont déposé, à Bonn et à Paris, une demande de protection de ce fromage sous la forme d’une Spécialité traditionnelle garantie, le 6 septembre.
Bruxelles dans l’embarras
Dans les six prochains mois, le dossier pourrait parvenir à la Commission de Bruxelles, si les ministères de l’Agriculture des deux pays le valident. Cette démarche met dans l’embarras l’exécutif européen qui négocie actuellement avec la Suisse la liste des appellations à réserver à l’une ou l’autre des deux parties, à partir du 1er janvier 2007. A cette date entre en vigueur un accord de libéralisation du marché du fromage entre Berne et Bruxelles. Toutefois, « lettre morte ou véritable STG, personne ne sait sur quoi cette demande va aboutir», temporise une fonctionnaire, sans plus de commentaire.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
10% de la production laitière
C’est pourquoi les industriels redoublent d’efforts pour ne pas voir partir chez les Helvètes un produit qui absorbe « pas moins de 10% de la production laitière hexagonale », rappelle un lobbyiste. En marge d’une session plénière du Parlement européen, à Strasbourg, le 5 septembre, les producteurs ont réuni plusieurs eurodéputés pour les sensibiliser à ce dossier. « Cette initiative franco-allemande est la bienvenue », s’est réjoui Joseph Daul, le président de la commission agriculture du Parlement européen.
« Cette future Spécialité traditionnelle garantie peut être un moyen pour définir un standard de qualité en Europe qui se distingue nettement du standard Codex (…). Le SIGF (…) croit à la STG pour améliorer la rentabilité de la filière », a insisté Alain Troalen, le président du syndicat, à cette occasion, anticipant quelque peu sur l’avenir du dossier.