A l'occasion de ses 170 ans en 2014, le pastier savoyard revient sur son redressement engagé depuis 2008. Après un plan de sauvergarde, Alpina Savoie a été reprise par le groupe Galapagos (Gavottes, Traou Mad de Pont Aven, Wouha !, LeSter) dirigé par Christian Tacquard. Le groupe breton aura injecté 10 millions € d'ici à la fin de 2017 pour redonner de la compétitivité et favoriser l'innovation de la marque Alpina Savoie.
DEPUIS sa reprise en 2008 par le groupe breton Galapagos, la société Alpina Savoie a retrouvé des couleurs. La toute dernière ligne de conditionnement automatisée a été installée dans l'usine de Chambéry, la première semaine de septembre. Elle permet de gagner en productivité pour le conditionnement des boîtes de crozets. Quelque 6 millions d'euros ont déjà été engagés pour perfectionner les techniques de séchage sur les lignes de couscous, automatiser le conditionnement, améliorer le traitement des eaux ou encore s'équiper d'une trieuse optique (250 000 euros) dernière génération en avril 2013 pour triturer le blé au moulin… « L'ensemble des investissements engagés a pour objectif de mieux maîtriser notre production et de gagner en compétitivité », confirme Nicolas Chiron, responsable du site industriel et descendant d'Antoine Chiron qui avait installé son moulin à Chambéry en 1844. Les prochains investissements porteront sur le matériel de conditionnement et la réduction de la consommation d'énergie. Au total, « le programme d'investissement de 10 millions d'euros devrait s'achever en 2017 », affirme Jean-Philippe Lefrançois, directeur général d'Alpina Savoie.
Le site de Chambéry se compose du moulin et de l'usine. Le moulin triture 60 000 tonnes de blé dur par an pour fabriquer les farines qui serviront elles-mêmes à confectionner ses propres pâtes et autres crozets. 50 % de sa farine sont commercialisés auprès d'autres industriels de l'agroalimentaire, pour la fabrication des pâtes et du couscous principalement. « Le blé dur trituré dans notre moulin est à 100 % d'origine française pour les produits conventionnels, avance Antoine Chiron, le frère de Nicolas, en charge du moulin qui compte sept personnes, et à 95 % d'origine française pour le bio. La filière bio nationale est très atomisée. Nous devons compléter nos approvisionnements en Italie et en Espagne ». Ses blés français proviennent de la vallée du Rhône, des Alpes de Haute Provence, du Gers, du centre de la France. Car la particularité d'Alpina Savoie est de travailler localement. Elle se fournit en blé auprès d'une centaine d'agriculteurs et produit pour un marché principalement sur le grand quart sud-est de la France.
PÂTES DE SPÉCIALITÉ ET TECHNIQUES
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L'usine présente une capacité de production de 38 000 tonnes de produits finis. Alpina Savoie déclare être le premier fabricant français sur le marché des pâtes biologiques et le deuxième pour le couscous. Certains secrets de fabrication sont encore bien gardés, comme celui de la conception des crozets, une pate laminée et coupée en petits carrés. Alpina Savoie s'est positionnée sur les pâtes de spécialité, à l'image des crozets, mais aussi des pâtes aromatisées aux cèpes, aux noix, aux myrtilles, à la tomate ou encore au basilic. « Les pâtes de spécialité enregistrent des progressions de chiffre d'affaires de l'ordre de 10 % par an, affirme Jean-Philippe Lefrançois. C'est un marché moins disputé que celui les pâtes traditionnelles. Ces dernières années, nous avons réorienté notre stratégie sur ce segment de marché avec le développement des produits régionaux, comme les crozets, tout en travaillant sur le marketing et le packaging. » Près de 25 % du chiffre d'affaires (49 millions d'euros en 2013) proviennent de la marque Alpina Savoie. L'entreprise de Chambéry fournit la grande distribution en crozets, semoule et surtout pâtes bio. « La MDD représente 20 % de notre chiffre d'affaires, indique le directeur général. Avec une très forte représentation des pâtes bio ».
Le reste du chiffre d'affaires est réalisé auprès des industriels, à qui la société fournit des pâtes dites « techniques ». « Une cantine scolaire qui prépare 5 000 repas doit disposer de produits innovants, faciles à cuisiner, prend pour exemple Nicolas Chiron. Nous avons donc développé des pâtes faisant appel à des systèmes de cuisson innovants, pour qu'elles conservent leur consistance même en grande quantité. Le marché des pâtes techniques se trouve auprès des traiteurs, qui proposent des salades aux rayons frais de la GMS, ou dans le segment de l'alimentation pour enfants. Aujourd'hui, les pâtes techniques représentent 3 à 4 000 tonnes de nos produits finis annuels ». Malgré un passage à vide et grâce à son investisseur, Alpina Savoie semble être sur le chemin du retour à la croissance et à la rentabilité. « Nous sommes dans les standards de l'agroalimentaire », botte en touche Jean-Philippe Lefrançois interrogé sur les résultats. L'entreprise n'a en tout cas rien perdu de sa tradition d'innovation. « Mes ancêtres n'ont manqué aucun saut technologique, nous continuons dans la même lignée, affirme Nicolas Chiron. Nous ne visons pas le marché de masse, mais bien les produits régionaux, du terroir et de spécialité, en restant un des archipels du groupe Galapagos ». Stéphanie Polette