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Céréales Améliorer la régulation du marché à terme pour limiter la volatilité

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La volatilité du marché des matières premières agricoles a bouleversé les habitudes des opérateurs de la filière. Beaucoup souhaiteraient davantage de régulation pour limiter la spéculation. Des dispositifs existent sur le marché à terme de Chicago, pas forcément faciles à transposer en France. Un groupe de réflexion conduit par l’OniGC doit se mettre en place à la rentrée.

Depuis deux ans, le marché à terme des matières premières agricoles exerce un vrai pouvoir d’attraction, aux Etats-Unis comme en Europe. De 2005 à 2007, le nombre de contrats traités en blé à Chicago a grossi de 96 %, passant de 10 millions à 19,6 millions. Idem sur la place parisienne, Euronext, où 220 000 contrats ont été négociés en 2005 contre 980 000 en 2007. Cette croissance explosive de l’activité sur Euronext est un phénomène totalement nouveau. Pour Nicolas Habert, professeur d’économie à l’Ecole supérieure d’agriculture de Purpan, le développement des marchés à terme a une grande qualité : « Il amène de la transparence, car ces marchés permettent de savoir ce qui se passe en temps réel », estime-t-il. Mais une bonne partie des opérateurs de la filière vivent surtout la hausse de la volatilité des cours. A tort ou à raison, celle-ci est souvent largement imputée à l’arrivée de spéculateurs issus du monde de la finance et rend le marché difficile à pratiquer pour les opérateurs céréaliers.

Des bornes encadrent les variations de prix à Chicago

Certains lorgnent donc sur les dispositifs de régulation mis en place sur la Bourse de Chicago, une place créée en 1848 et qui bénéficie donc d’un large recul. Différence essentielle avec le marché européen : le nombre de positions ouvertes détenues par les intervenants commerciaux et non commerciaux est connu. Les premiers incluent notamment les opérateurs de la filière, tandis que les seconds regroupent les fonds spéculatifs (voir encadré). L’activité de ces derniers est par ailleurs encadrée par la « limite d’emprise », qui les empêchent de détenir à un moment donné un trop grand nombre de contrats. Autre mesure destinée à limiter la spéculation : les limites « up » ou « down », qui constituent les variations de prix maximales autorisées à la hausse ou à la baisse dans une journée. Si elles sont atteintes, la séance est fermée.

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Des impossibilités techniques en France

Ces dispositifs n’ont rien d’idéal. Pour preuve, cette année, par exemple, les autorités américaines ont du réviser plusieurs fois les limites up et down pour tenir compte des évolutions du marché. Un paradoxe. Mais ces imperfections n’empêchent pas la filière française, qui se réunit régulièrement au sein du comité d’experts d’Euronext, de se poser des questions. La volonté de connaître le nombre de contrats détenus par type d’intervenants semble se dessiner. Très politique, cette question exige l’accord du régulateur, en l’occurence l’AMF (Autorité des marchés financiers). En ce qui concerne la mise en place de limites, la prudence est de mise. Les opérateurs mesurent le danger de cette méthode, qui a conduit à la fermeture pendant plusieurs jours en février dernier du marché du blé hard red spring de Minneapolis. Pour l’instant, le système informatique qu’utilise Euronext ne permet de toute façon pas de gérer les fermetures en cours de séances. Mais le transfert de la bourse européenne sur le système américain Arca, envisagé pour 2009, pourrait relancer la discussion….

Besoin d’une volonté politique

Si rien n’est encore décidé quant aux moyens de mieux réguler le fonctionnement d’Euronext, l’OniGC (Office national interprofessionnel des grandes cultures) souhaite en tout cas conduire rapidement une réflexion. « Nous voulons créér les conditions d’une expression du souhait de la filière », explique Fabien Bova, son directeur. Une position commune pourrait ensuite permettre de négocier d’éventuelles évolutions auprès de l’AMF. Les travaux devraient commencer à la rentrée.