Le leader de la moutarde Amora Maille du groupe Unilever annonce la suppression de 265 emplois et la fermeture de deux sites de production dont l’usine historique de Dijon d’ici au 31 décembre 2009. L’outil de production est en partie obsolète notamment à cause de l’augmentation des coûts liée à l’envolée du prix des graines de moutarde. Parallèlement, la célèbre marque de moutarde ne cesse de perdre des parts de marché sur le marché des sauces et mayonnaises face à Bénédicta racheté par Heinz en août dernier.
Le groupe Amora Maille prévoit la fermeture de deux de ses trois usines de production dont l’usine historique de Dijon avec pour conséquence la suppression de 265 emplois d’ici au 31 décembre 2009. Hervé Laureau, président d’Amora Maille met en cause la compétitivité de l’usine du centre-ville de Dijon et invoque la baisse de 20% des ventes de la marque depuis 2003 sur un marché qui régresse au profit des marques de distributeurs. Racheté en 2000 par Unilever, Amora Maille a été également affecté par le redressement de Bénédicta qu’Unilever avait revendue au fonds d’investissement Barclays Private Equity la même année. Fort de sa progression sur le marché des sauces avec 34,4% de parts de marché en volume en 2007 et numéro deux des mayonnaises derrière Amora avec 19 % de parts de marché en volume en 2007, Bénédicta a encore marqué des points depuis son rachat par Heinz en août dernier. Rappelons que cette opération entrait dans le cadre de la stratégie de Heinz visant à recentrer son portefeuille de produits sur trois segments : ketchup et sauces, alimentation infantile et plats préparés. Amora qui réalise un chiffre d’affaires de 250 millions d’euros doit aujourd’hui procéder à une restructuration conduite sous le contrôle d’Unilever.
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La fin d’une époque ?
La production de l’usine historique de Dijon a baissé de près de 42 % depuis 2002 et le site d’Appoigny dans l’Yonne n’est utilisé qu’à moins d’un quart de sa capacité, indique le groupe pour justifier sa décision. Créée en 1752 par le Dijonnais Jean Naigeon, la moutarde Amora est associée au nom de la capitale de la Bourgogne et sa réputation dépasse les frontières. Mais l’envolée du prix des graines de moutarde principalement importées du Canada a eu de lourdes conséquences sur les coûts de production. « Ses activités industrielles vont être désormais concentrées à Chevigny près de Dijon pour répondre à la nécessité de consolider et de simplifier l’activité industrielle et pour retrouver sa compétitivité dans un contexte économique difficile », souligne Hervé Laureau. Pour y parvenir, la distribution des condiments et sauces, étendue à tous les produits alimentaires d’Unilever fabriqués en France est externalisée chez FM Logistic à Fauvernay à une quinzaine de kilomètres de Dijon. Les équipes marketing de Dijon et de Crawley au Royaume-Uni rejoignent celles du siège d’Unilever France à Rueil-Malmaison dans les Hauts-de-Seine. Quant aux activités de recherche et de développement, elles sont rassemblées au nouveau centre de R&D d’Unilever de Vlaardingen aux Pays-Bas. Les syndicats craignent l’externalisation de toute la production dans les pays d’Europe de l’Est comme c’est déjà le cas pour les épices, le ketchup et les vinaigrettes. Selon Unilever France, cette décision ne serait pas liée au vaste plan de restructuration annoncé en 2007 qui prévoyait la suppression de 20 000 postes au niveau mondial en quatre ans dont 12 000 en Europe. « Pour nous, il y a un lien. 60% du plan a été réalisé, il reste donc 40% à faire », rappelle Gérard Cazorla, délégué syndical CGT d’Unilever France. Le groupe Amora Maille comptait 453 salariés dont 184 sur ses sites de Dijon, 192 à Chévigny et 77 à Appoigny. Dans un communiqué commun, François Rebsamen, maire de Dijon, et François Patriat, président du conseil régional de Bourgogne, ont annoncé leur intention « d’intervenir auprès de la direction nationale du groupe » et de se mobiliser pour défendre les intérêts des emplois menacés. Une réunion avec la direction d’Unilever France pourrait se tenir autour du 1 er décembre.