Le président de la République a reçu les ONG de protection de l’environnement le 31 août à la veille du congrès mondial de l’UICN à Marseille. Devant les associations, le président a confirmé ce que son entourage avait indiqué à la presse : le rendez-vous international ne marquera pas d’inflexion dans la politique mise en œuvre dans le secteur agricole, mais permettra à Emmanuel Macron de réaffirmer ses ambitions sur la scène européenne et internationale.
À l’échelle française, « il n’y a pas d’intention du président de créer des engagements ou chemins différents de ceux qui ont déjà été fixés » dans le secteur agricole, a assuré l’entourage d’Emmanuel Macron à l’occasion d’un échange avec la presse le 31 août. Lors de l’inauguration du congrès mondial de l’UICN à Marseille le 3 septembre, le président ne devrait donc pas annoncer de changement majeur dans sa politique en matière d’environnement et d’agriculture.
Climat et biodiversité, national et international : « C’est une vision de décloisonnement qui sera proposée par le président de la République », a affirmé l’Élysée à la presse. Un paradigme répété le jour même aux ONG de protection de l’environnement, dont le WWF, Greenpeace, FNE, ou la LPO, reçues pour la première fois par le président sur le thème de la biodiversité. « C’est scandaleux. Même sur les questions climat, nous n’avons jamais aussi peu vu un chef d’État », s’agace Jean-François Julliard, président de Greenpeace, reçu pour la seconde fois seulement du quinquennat à l’Élysée.
La rareté des invitations a été expliquée par le président lui-même lors de ce rendez-vous, selon Jean-François Julliard. « Il a commencé par être très critique, notamment sur le fait qu’il nous trouvait globalement assez injustes, et que nous ne saluons pas assez les efforts de la France sur la scène internationale. » Détaillés dans la suite du rendez-vous, ces efforts ne semblent pourtant toujours pas avoir convaincu. Saluant l’arrêt de projets comme Notre-Dame-des-Landes, la montagne d’Or, Europa city, Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO, continue ainsi d’estimer que « la biodiversité a été le parent pauvre de ce mandat ».
L’agriculture au cœur des débats
L’agriculture – notamment par le biais des pesticides – a fait partie des principaux thèmes évoqués tout au long du rendez-vous de deux heures d’Emmanuel Macron avec les ONG. Le président aurait confirmé à cette occasion les engagements pris lors du discours de Rungis en 2017, à l’occasion de l’ouverture des États généraux de l’alimentation. Selon Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement, « Emmanuel Macron a conscience que nous devons réduire les pesticides, mais qu’il faudra se battre lors de la présidence française du Conseil, et même au niveau international, pour que les agriculteurs puissent vivre de leur travail ».
« Nous l’avons aussi interpellé sur le glyphosate. Il nous a répondu que sans la France l’autorisation aurait été prolongée de quinze ans, mais que si on n’arrivait pas à engager l’Italie et l’Allemagne on ne pourrait pas bouger », complète Jean-François Julliard. Interrogé sur l’agriculture biologique et la HVE, le président aurait également reconnu la différence entre les deux systèmes de production, tout en soulignant l’intérêt de la seconde pour certaines filières.
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Emmanuel Macron aurait aussi confirmé son hostilité au Mercosur, tout en rappelant la position minoritaire de la France au Conseil face aux pays favorables à ce traité comme l’Italie et l’Espagne. De même sur la déforestation, le président aurait rappelé la création inédite de la stratégie contre la déforestation importée, sans s’attarder sur les critiques des ONG concernant sa mise en œuvre. « Comme beaucoup de sujets, on nous a dit que c’était une question au niveau européen », soupire Jean-François Julliard.
Un soutien renouvelé à la muraille verte
Si peu d’annonces sont donc à attendre dans le secteur agricole à Marseille, « le président de la République pourrait évoquer l’accompagnement des pays africains sur l’agroécologie », avance l’entourage d’Emmanuel Macron à l’occasion d’un échange avec la presse le 31 août. Comme le rappellent les conseillers, le président avait déjà défendu le projet de grande muraille verte lors du One Planet Summit en 2021, en collectant 14 milliards de dollars supplémentaires de financement.
Par ce projet de reforestation sur un front de 8 000 km traversant l’ensemble des pays sahéliens, le président espérerait soutenir la production de protéines végétales sur le continent africain, au nom de la biodiversité mais également du climat et de la sécurité alimentaire. « Ce projet a déjà bénéficié de beaucoup de financement français pendant des années, mais il n’a abouti à quasiment rien. On a davantage financé de frais de voyage et de colloques que de plantations d’arbres », a grincé Yann Wehrling, ancien ambassadeur à l’environnement, lors d’un échange avec la presse le 31 août.
Récemment débouté au profit de Sylvie Lemmet en raison de son soutien à Valérie Pécresse, Yann Wehrling aurait rappelé à plusieurs reprises ses réserves au président concernant la grande muraille verte. « Il y a des enjeux importants dans la zone face à la menace terroriste, mais également en matière de lutte contre la pauvreté, et de développement d’une agriculture vivrière, et ce projet peut aider les pays saéliens. Mais je ne crois pas à ses résultats en matière de biodiversité. Avec des sommes aussi colossales, il y aurait eu d’autres choses à prioriser », tranche l’ancien ambassadeur.