Conséquence de la sécheresse, douze AOP laitières (1) ont déjà demandé une demande de dérogation temporaire de cahier des charges, pour se fournir en fourrages à l’extérieur de leur zone de production, et près de la moitié devrait y avoir recours. Une situation qui pourrait se reproduire fréquemment à l’avenir avec le changement climatique. Pour le président du Cnaol (51 ODG AOP laitières), Hubert Dubien, modifier définitivement les cahiers des charges compromettrait « l’authenticité » des produits.
Comment les AOP laitières peuvent-elles s’adapter au changement climatique ?
Nous sommes favorables aux modifications temporaires de cahier des charges. Il faut que nos produits gardent leur authenticité tout en protégeant les systèmes. Une année comme celle-ci où les aliments sont insuffisants ou de mauvaise qualité, certains éleveurs peuvent être tentés de vendre des animaux. La décapitalisation nous inquiète, car il est très compliqué de recapitaliser après. C’est pour ça que les modifications temporaires de cahier des charges sont importantes. Cela étant, il faut protéger nos produits et s’organiser pour passer ces épisodes de déficits en eau et de températures élevées. Les ODG réfléchissent à ces sujets et commencent à mettre en place des actions, comme faire l’inventaire des fourrages disponibles. Les meilleures solutions viennent toujours du terrain. Le rôle du Cnaol sera de les identifier et de les partager.
Seront-elles contraintes d’apporter des modifications définitives à leurs cahiers des charges ?
Ça voudrait dire ouvrir les cahiers des charges pour que la zone soit plus étendue ou qu’on autorise de manière définitive à aller chercher des aliments hors zone. Si c’est ça le sujet, je pense que ça va poser beaucoup de questions. Je ne dis pas que certaines ODG ne le feront pas, mais ce n’est pas ce que l’on souhaite. Il faut trouver des leviers d’adaptation à l’intérieur des zones géographiques.
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Quels autres sujets ont été abordés lors de l’assemblée générale ?
Nous avions une thématique qui est celle de la résilience économique. Notre marché est en hausse régulière depuis une dizaine d’années (+15 % en volume en dix ans, ndlr), surtout sur les fromages fermiers (+23 %) et au lait cru (+21 %). L’année 2022 restera dans les annales. Nous avons rencontré des difficultés importantes qui touchent le monde agricole et les entreprises de transformation : la sécheresse, les problèmes de recrutement, le prix des énergies, la hausse des salaires… Ce contexte fait qu’il est difficile de se projeter à court terme. Nous avons également échangé sur la réforme des IG, le Nutri-score…
Quels sont, pour vous, les principaux enjeux de la réforme du règlement européen sur les IG ?
Il y en a trois. D’abord, la volonté de l’Union européenne d’externaliser la gestion des AOP vers l’EUIPO (Office européen pour la propriété intellectuelle, ndlr). En France, nous avons la chance d’avoir un système qui fonctionne très bien. Le travail que fait l’Inao serait basculé vers l’EUIPO qui est l’organisme de gestion des marques, mais nous ne sommes pas des marques. Nous défendons une autre philosophie. Il faudrait établir de grandes règles à l’échelle de l’Europe, en gardant les spécificités nationales. Ensuite, il y a la définition de la durabilité. L’Europe a une définition de la durabilité qui tourne autour de la nutrition et de la santé. Celle avec laquelle nous travaillons est bien plus large : environnement, économie et social. Nous souhaiterions que leur définition colle à la nôtre. Enfin, il y a le sujet de la protection des IG, notamment sur la notion d’ « évocation » (symbole ou expression utilisés par une marque pouvant créer une confusion avec un produit AOP, ndlr). Ce qu’ils proposent n’est pas très clair.