Le destin de deux groupes français de charcuterie se retrouve à la croisée des chemins. Après un an de spéculations, Aoste est sur le point de changer de mains. Le numéro un mondial du secteur, l’américain Smithfield, déjà propriétaire du groupe Jean Caby, est entré en négociations exclusives avec Sara Lee pour reprendre son activité européenne de charcuterie. De son côté, le groupe Stalaven se dote d’un nouveau partenaire industriel pour se donner les moyens de réaliser une opération de croissance externe : Euralis, premier groupe coopératif du Sud-Ouest, reprend en effet les 20 % du capital de la société bretonne jusqu’alors détenus par des financiers. Avec l’intention à terme de monter en puissance.
Source de nombreuses spéculations depuis près d’un an, le pôle européen de charcuterie de Sara Lee est sur le point de changer de mains. Le groupe américain de grande consommation a ouvert une phase de négociations exclusives avec son compatriote Smithfield en vue de céder cette division. Numéro un mondial de la transformation de viande de porc, ce dernier pourrait ainsi mettre dans son escarcelle Aoste, Justin Bridou, Cochonou, et les 1,1 milliard de dollars de chiffre d’affaires générés par ce pôle à travers l’Europe.
Des actifs complémentaires
Pour réaliser l’opération, Smithfield créerait une joint-venture avec un fonds financier pour permettre un rachat par LBO. Cette nouvelle société se financerait de façon autonome et assumerait seule ses dettes. Une manière pour Smithfield de se désengager de toute responsabilité en cas de pertes. Et de garder cette nouvelle activité à l’écart du groupe Jean Caby, acquis en 2004. Avec 340 millions d’euros de chiffre d’affaires, cette société nordiste se veut le principal producteur de charcuterie dans l’Hexagone, revendiquant une production de près de 90 000 tonnes. Jean Caby suit une logique de volume et commercialise peu de ses produits à sa marque mais davantage sous MMD en France et en Espagne. L’acquisition des grandes marques européennes de Sara Lee, axées sur le qualitatif, permettrait à Smithfield d’enrichir son portefeuille et d’étendre sa gamme.
La poursuite d’un développement européen
Il s’agirait également pour le groupe américain, fort d’un chiffre d’affaires de 11 milliards de dollars (réalisé à 80 % dans le porc, 20 % dans le bœuf) et d’un résultat net de 296 millions de dollars, de s’implanter encore un peu plus sur le Vieux Continent. Depuis 1981, Smithfield accroît en effet d’année en année sa couverture géographique à coup de rachats à travers le monde. Présent au Royaume-Uni et en France, le groupe possède 25 % de l’espagnol Campofrio, a acquis en 1999 le polonais Animex, et a enfin mis la main l’an passé sur le roumain Comtim et le polonais Morliny, qui disposent à la fois d’unités d’élevage et de transformation. Présent également en Asie et en Amérique du Sud, Smithfield cumule ainsi hors de ses frontières domestiques 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires. Au total, ce géant de la charcuterie emploie 51 000 personnes et transforme 27 millions de porcs par an.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
En vente depuis plus d’un an
Le pôle charcuterie de Sara Lee lui permettrait donc de doubler son activité à l’international, et en Europe de mettre un pied en Italie, au Portugal, au Bénélux (marque Imperial), et bien sûr de se renforcer sur le marché hexagonal. Mise en vente il y a un peu plus d’un an par Sara Lee à l’occasion d’un vaste plan de réorganisation de ses activités, cette activité de charcuterie, dont le siège est aux Pays-Bas, possède 22 sites de production répartis dans
5 pays. Elle regroupe environ 4 500 salariés. En France, le groupe Aoste enregistre pour sa part un chiffre d’affaires de plus de 830 millions d’euros. Il figure parmi les leaders en GMS du jambon cuit et des produits secs.
Appuyé de deux fonds d’investissements cf Agra alimentation n°1915, du 2 février 2006, p. 23, Michel Reybier, son fondateur, figurait sur le banc des candidats aux côtés de Bain Capital et de Smithfield pour reprendre la célèbre marque de jambon. Le français l’avait cédé à Sara Lee en 1996 pour 500 millions d’euros.