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Apiculture Apiculteurs et pouvoirs publics : le courant passe mal

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Les apiculteurs réunis au sein de l'Unaf ont exprimé un véritable « ras-le-bol » de la politique apicole menée par Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture. Pourtant, le 19 juin, ce dernier présentait un bilan positif du plan de développement durable de l'apiculture.

Le bras de fer continue entre les apiculteurs et le ministère de l'Agriculture. Le 25 juin, les apiculteurs réunis au sein de l'Unaf (syndicat apicole) se sont indignés de la politique menée par Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture. Henri Clément, porte-parole de l'Unaf, est excédé : « Aucun syndicat n'a été invité le 19 juin. Le bilan n'a été validé par aucune organisation professionnelle ». Le 19 juin, Stéphane Le Foll présentait un bilan du plan de développement durable de l'apiculture (PDDA). « 70% des actions du plan auront donc été complètement mises en œuvre en trois ans », lit-on dans le bilan présenté par le ministère. Sauf que les apiculteurs ne sont pas d'accord avec les conclusions du ministère. Selon le bilan, certaines actions ont été réalisées à 100%. Ainsi, l'axe 2 – « diminuer l'impact des pesticides sur la santé des colonies d'abeilles » – a-t-il été atteint à 100%. « Comment le ministre peut-il à ce point affirmer que cet objectif est atteint… alors que rien n'est véritablement fait pour réduire l'impact des pesticides ? », s'indigne l'Unaf.

Des évolutions…

Dans le bilan du PDDA, le ministère affirme que la proposition de la France de nouvelles méthodes d'évaluation des produits phytosanitaires au niveau européen a été adoptée. « En 2012, la France a sollicité de la Commission qu'elle prenne en compte les recommandations de l'Efsa (1)», précise le ministère de l'Agriculture. Suite à cet avis, le ministère rappelle que les méthodes d'évaluation de trois néonicotinoïdes ont été revues. Par ailleurs, l'Efsa est en train de finaliser « des évaluations affinées sur ces substances néonicotinoïdes, dont les résultats seront connus en deux temps dans l'année 2015 ». Les évolutions des réglementations sur les néonicotinoïdes portent aussi sur la mise sur le marché des pesticides. Un texte sur la mise sur le marché, qui revoit intégralement les données exigibles pour déterminer les effets des substances sur les abeilles, est entré en vigueur depuis le 1er janvier 2014 pour les nouveaux dossiers et à compter du 1er janvier 2016 pour les dossiers en cours.

… qui ne satisfont pas les apiculteurs

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Cette longue liste de modifications de la réglementation pour installer une filière apicole durablement ne satisfait pas les apiculteurs de l'Unaf. « Les apiculteurs dénoncent l'inflation d'autorisation de mises sur le marché de pesticides dont l'évaluation présente toujours de graves lacunes », selon le communiqué du 25 juin. Autre point de contestation : la modification de l'arrêté « Abeilles » du 28 novembre 2003. Ce dernier était en consultation publique depuis six mois, explique-t-on à l'Unaf. Sa modification vise à « encadrer l'épandage de pesticides en présence de pollinisateurs ». « Elle n'est toujours pas parue », constate la filière apicole. Les représentants de l'Unaf n'ont pas l'intention de contacter le ministre Stéphane Le Foll : « Pour quoi faire ? C'est toujours la même chanson », souffle Gilles Lanio.

(1) Autorité européenne de sécurité des aliments

Bee Smart Technologies, une start-up qui veut du bien aux abeilles

« Notre innovation collecte et analyse des données sur la santé et la productivité des abeilles », a déclaré Yvan Kanev, co-fondateur de la start-up bulgare, devant le jury du Hello Tomorrow Challenge à Paris, le 25 juin. Il présentait sa start-up à la cité des Sciences dans un amphithéâtre bondé d'entrepreneurs et d'investisseurs. À la clé de ce concours de start-up : 100 000 euros. Bee Smart Technologies doit permettre d'enregistrer et d'analyser toutes les six heures des données. La technologie utilisée doit aussi envoyer une alarme à l'apiculteur en cas de problèmes. La start-up européenne était en compétition face à d'autres start-ups agricoles, mais aussi du domaine de l'énergie, des transports, de la santé, etc.

Stéphane Le Foll attend des bonnes pratiques sur l'épandage de pesticides

A l'occasion de l'inauguration, le 19 juin, de la maison de l'Apidologie, au cœur du parc naturel régional de la Sainte Baume, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a indiqué qu'il attendait des agriculteurs la mise en place de fiches techniques de bonnes pratiques sur les méthodes et les heures d'épandages de phytosanitaires pour limiter l'impact sur les abeilles sinon les conditions de traitement seront fixées par arrêté préfectoral. Il a également évoqué la création d'une interprofession, de la ruche à la distribution, qui pourrait être financée par une cotisation dite volontaire obliga-toire (CVO). Le porte-parole du gouvernement ajoute qu'il est prêt à inscrire en classe 1 le frelon asiatique au tableau des nuisibles avec une politique pilotée par l'Etat si son classement actuel en classe 2, qui laisse l'initiative aux acteurs locaux de lutter contre le fléau, s'avère inefficace. Son ministère s'est engagé dans la création d'une démarche de certification (Certi Api) qui vise l'amélioration du cheptel. Elle dispose déjà de son logo. Stéphane Le Foll annonce, enfin, la création prochaine d'un signe distinctif « Miel de France » pour informer le consommateur et travailler sur des IGP.