Au Conseil des Vingt-huit, au Parlement européen, dans les organisations professionnelles, les mises en garde se multiplient pour éviter que l'agriculture de l'UE soit le parent pauvre des négociations de libre-échange, avec les États-Unis surtout.
« L'UE cherche à préserver un équilibre approprié non seulement entre l'agriculture et les autres chapitres en négociation, par exemple dans le contexte des négociations du Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement, mais aussi à l'intérieur du chapitre agricole », affirme la présidence lettone de l'Union dans un document officieux soumis le 16 mars aux ministres de l'agriculture des Vingt-huit pour un déjeuner de travail consacré aux accords de libre-échange.
Dans les pourparlers en cours avec différents partenaires, « l'agriculture de l'UE a des intérêts à la fois défensifs et offensifs, bien que, avec notre plus grande orientation sur le marché, nous soyons plus compétitifs et offensifs au niveau mondial », assure la présidence lettone.
Le Parlement européen « sur ses gardes »
Selon son président, Czeslaw Adam Siekierski, la commission de l'agriculture du Parlement européen n'exclut pas que, « comme cela est déjà arrivé par le passé », les représentants de l'UE dans les négociations de libre-échange avec les États-Unis « puissent octroyer de trop nombreuses concessions agricoles, de façon à obtenir un avantage dans d'autres domaines ». Dans un entretien publié le 13 mars par l'agence de presse espagnole Efeagro, l'eurodéputé polonais (Parti populaire européen) assure aussi que l'Assemblée analysera soigneusement les accords en préparation avec les pays du Mercosur et le Japon.
« Nous essayons de garder un œil vigilant sur ce que les négociateurs de la Commission européenne sont en train de faire et les rendons conscients des inquiétudes et attentes du secteur agricole dans les pourparlers du Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement », souligne le président de la commission parlementaire. « Nous restons aussi sur nos gardes pour éviter à l'agriculture d'être une fois de plus sacrifiée dans les négociations commerciales dans le souci de parvenir à un succès ».
« En dernier ressort, en cas de résultat négatif (des pourparlers avec les États-Unis), le Parlement européen peut user de son droit de ne pas approuver l'accord qui doit être conclu, ce qui en fait signifie qu'il ne sera pas adopté », avertit enfin Czeslaw Adam Siekierski.
Prendre en compte les « distorsions » dues au Farm Bill
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« Une attitude beaucoup plus ferme s'impose dans les pourparlers de libre-échange avec les États-Unis, ainsi qu'avec le Japon », a souligné dans un communiqué le secrétaire général du Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l'UE), Pekka Pesonen, à l'issue d'une rencontre avec la présidence du Conseil agricole des Vingt-huit, le 16 mars. Selon lui, « l'ouverture des marchés américain et japonais sera cruciale pour contribuer à compenser les effets de la crise russe. Mais cela ne doit pas se faire à n'importe quel prix. Nos partenaires commerciaux font très peu pour réduire la charge administrative et supprimer des obstacles inutiles au commerce, qui empêchent nos exportations d'entrer dans des pays tiers ».
« De plus, les États-Unis augmentent la pression afin d'avoir un plus grand accès au marché européen, mais, en même temps, ils mettent en place une politique agricole, le Farm Bill, à l'origine de nombreuses distorsions, qui offre des prix garantis pour les produits agricoles, ajoute le secrétaire général du Copa-Cogeca. Cet aspect doit être pris en compte ».
(1) Voir n° 3488 du 16/03/14
(2) Voir n° 3487 du 09/03/15
Le document sur le commerce international présenté aux ministres de l'agriculture par la présidence lettone du Conseil des Vingt-huit rappelle que plus de la moitié des échanges agricoles de l'UE s'effectue dans le cadre d'accords bilatéraux ou régionaux ou de préférences autonomes. Un nombre important d'accords a été conclu récemment, par exemple, avec l'Ukraine, la Moldavie, la Géorgie, le Maroc, l'Afrique de l'Ouest, la Communauté de l'Afrique de l'Est, l'Afrique du Sud, la Communauté de développement d'Afrique australe, le Canada, l'Amérique centrale, la Colombie, le Pérou, l'Équateur et Singapour. Des négociations commerciales bilatérales ou régionales sont en cours ou prévues, notamment avec les États-Unis, le Mexique, le Mercosur, l'Islande, la Norvège, la Tunisie, le Conseil de coopération du Golfe, l'Inde, la Chine (sur la protection des indications géographiques) (1), le Vietnam, la Malaisie, la Thaïlande, le Japon (2) et les Philippines.
Jean-Claude Juncker, a prévenu le 11 mars, lors d'un débat au Parlement européen, qu'il demanderait aux chefs d'État et de gouvernement de l'UE « un éclaircissement sur leurs intentions de courte et de longue durée » concernant les négociations de libre-échange avec les États-Unis. « J'insisterai auprès des dirigeants européens pour qu'ils nous disent clairement les choses », a déclaré le président de la Commission européenne. « Lors des réunions du Conseil européen, ils affichent un soutien sans faille et dès qu'ils rentrent chez eux, je lis que leur enthousiasme faiblit. Je voudrais que nous tirions au clair cette affaire ». Un sommet européen se tenait à Bruxelles les 19 et 20 mars, avec à l'ordre du jour, entre autres, le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement.