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Porcs Après 10 ans de croissance, la filière porcine européenne pourrait s’émousser

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En 10 ans, la production porcine européenne s’est métamorphosée. D’un côté, l’Allemagne a mis les bouchées doubles dans son outil d’abattage. De l’autre, les Pays-Bas et le Danemark ont fortement concentré leur production. La filière porcine européenne est soutenue en grande partie par ces bassins de production. En 2011, leur développement se retrouve face à de nouveaux défis sociétaux, financiers et environnementaux.

L’Allemagne est le moteur de la filière européenne porcine depuis la fin des années 1990. Avec la réunification de l’Allemagne, ce sont deux systèmes économiques et financiers très différents qui sont entrés en confrontation. « La décapitalisation massive du cheptel de truies en est une des conséquences puisqu’en quelques mois, le cheptel a été divisé par quatre », explique Michel Rieu, directeur du pôle économique de l’Ifip (institut technique du porc). Dès 1995, la filière a commencé à se relever. La production a gagné 35% en 14 ans selon l’Ifip. Les fondamentaux du système de production allemand se sont mis en place : les importations de vif (porcelets et porcs charcutiers depuis les Pays-Bas et le Danemark principalement) explosent : + 182 % en 2009 par rapport à 1996 selon l’Ifip. L’émergence de l’Allemagne est encore plus frappante sur le marché des viandes et des produits transformés : +712 % en 2009 par rapport à 1996. « En 2008, la production porcine allemande est devenu excédentaire. En 2009, 20 à 25% de la production de porcs charcutiers en Allemagne provenait de porcelets importés », poursuit Michel Rieu. Parallèlement, la restructuration de la filière d’abattage a été très forte : en 2009, trois multinationales (Vion, Tönnies et Westfleisch) réalisent 52% des abattages totaux.

Concentration forte et rapide des exploitations néerlandaises et danoises

Les exploitations agricoles danoises et néerlandaises se sont concentrées très rapidement. « La concentration des exploitations dans ces pays s’est accélérée, il y a 5 ans », explique Michel Rieu. Il y a eu une spécialisation marquée des Pays-Bas pour le naissage et du Danemark pour le naissage et l’engraissement. Dans ce contexte, le Danemark voit ses exportations de porcs vivants exploser (+ 210%) entre 1995 et 2003, essentiellement vers l’Allemagne. Aux Pays-Bas, les exportations s’accélèrent à partir de 1995. « En 2009, l’Allemagne a importé 9,5 millions de porcelets, la plupart d’origine danoise ou néerlandaise », précise Michel Rieu.

Le bassin de production nord-européen, un colosse aux pieds d’argile ?

« La situation actuelle est un concours de circonstances », diagnostique Michel Rieu. La concentration de la production au Danemark et aux Pays-Bas, alliée à la restructuration des abattoirs en Allemagne ont formé le moteur de la filière. Mais ces trois piliers de la production ont des limites. Au Danemark, les éleveurs avaient énormément investi depuis 2000, lorsque la phase d’hyperconcentration avait commencé. La crise financière de 2008 a renversé la situation et de nombreux agriculteurs sont endettés en 2011. Aux Pays-Bas, la limite est sociétale. « Ils sont nombreux à penser que la restructuration est allée trop loin », analyse Michel Rieu. La priorité néerlandaise pour la filière porcine est centrée autour du bien-être animal et de l’environnement. En Allemagne, même scénario. Les enjeux sociétaux pèsent sur la filière : « Les gens se rendent compte que les élevages qui se développent ressemblent plus à des sites industriels qu’à des exploitations agricoles », affirme Michel Rieu. Par ailleurs, la polémique sur le dumping social ne joue pas en faveur de la filière. Dans ce contexte, la production porcine européenne pourrait être freinée dans la croissance qu’elle connaît depuis une dizaine d’années.

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