Pour le vice-président de la FNCL, Gilbert Keromnes, l’augmentation des quotas de 1 % par an n’est pas une surprise, mais elle a quelque chose d’inopportun étant donné l’état des marchés laitiers, et celle de 5 % qui a été concédée à l’Italie bien plus encore. Mais « le pire a été évité », qui aurait consisté à autoriser des décisions à la carte selon les Etats-membres. Au dernier moment, les ministres ont encore aggravé le risque sur les volumes en modifiant le coefficient matière grasse, ce qui donne en réalité un supplément de 0,9 % pour la France, de 1,5 % pour les Pays-Bas par exemple. Bien sûr, le maintien de l’intervention est un motif de soulagement pour le responsable coopératif qui déplore quand même qu’elle ait été sensiblement rognée.
Le surcroît de dérégulation qui ressort du compromis du 20 novembre sur le bilan de santé de la Pac rend encore plus nécessaire, selon les responsables coopératifs en France de s’engager désormais à tout faire pour gérer correctement le marché au niveau de la Commission, et aussi pour qu’à l’intérieur de la filière on sache se mettre d’accord sur les volumes, pays par pays, région par région,… « Il est temps, a confié à Agra alimentation Gilles Keromnes, vice-président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), de nous mettre au travail, déjà pour commencer au conseil de l’Office de l’élevage, pour voir comment appliquer au mieux les décisions communautaires au niveau français et éviter que les effets du compromis ne perturbent davantage les marchés ». L’an passé, rappelle-t-il, la gestion nationale des quotas en fin de campagne avait péché par un desserrement excessif de la collecte, ceci « faute d’avoir eu les bons indicateurs car la situation mondiale s’est retournée très vite et surtout personne ne pensait que l’Ouest allait autant embrayer quand il a été possible de produire plus ». L’objectif est donc bien, pour les coopératives laitières – et sans doute aussi pour les industriels privés –, de trouver de nouveaux outils nationaux de maîtrise de la production.
Ne pas perdre nos positions de marché
Il ne leur est pas possible néanmoins d’ignorer que nos voisins développent la leur et c’est pourquoi la discussion sur la fixation du prix du lait est si difficile. « Il est nécessaire de pratiquer des prix moins élevés, sans quoi on n’empêchera pas le lait allemand de tenter de pénétrer chez nous », estime Gilles Keromnes. « Le grand chantier de la contractualisation » est encore plus nécessaire que jamais, selon lui, et doit permettre d’écrêter les variations à la hausse et à la baisse. « Dès lors que l’on va vers des marchés de plus en plus fluctuants, il faut à tout prix éviter de se faire à nouveau piéger par des mouvements spéculatifs sur la poudre qui jouent maintenant à la baisse comme ils ont joué à la hausse il y a un an. Des écarts de 200 euros par 1000 litres quand le prix tourne autour de 300 euros sont insupportables et pour les producteurs et pour l’aval de la filière et pourraient même être jugés incompréhensibles par le consommateur ».
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De ce point de vue, en accentuant la dérégulation, le bilan de santé de la PAC tombe plutôt mal, vu la nouvelle volatilité des marchés et la crise financière ; les résultats des entreprises (même celles qui sont cotées en Bourse), s’ils demeurent positifs, ont quand même accusé une baisse ces derniers mois, et cette tendance est souvent plus marquée pour les coopératives. Pour autant, la fixation du prix du lait ne peut se faire en ignorant le risque qu’il y a de décourager les producteurs, avertit le vice-président de la FNCL. Bien des outils de transformation seraient alors mis en péril. Sans parler de l’équilibre des territoires. Mais comme élu de l’Ouest, Gilles Keromnes se refuse à penser que seuls les besoins des régions fragiles (montagne) doivent guider les décisions des pouvoirs publics. Avant même les risques de délocalisation, il pointe un autre danger, celui de voir se reproduire l’« effet domino » d’il y a quelques années, quand faute de valorisation de la poudre et du beurre, des entreprises investissaient dans le lait UHT pour finir par faire effondrer ce marché toujours délicat.