La coopérative du Sud-Ouest Maïsadour a terminé son exercice 2018-2019 par un résultat net négatif lié pour l’essentiel aux mauvaises performances de ses activités dans les semences – dues à un retournement du marché ukrainien – et dans l’agroalimentaire. Les nouvelles règles imposées par la loi Egalim entraînant une chute brutale de la promotion, couplées au mouvement des Gilets jaunes, ont durement touché la filière du canard gras. La direction de la coopérative veut accélérer l’adaptation des outils de production agroalimentaire, quitte à continuer de se séparer de certains sites ou activités.
C’est une mauvaise nouvelle que la direction de la coopérative Maïsadour a dû se résoudre à annoncer mardi 3 décembre aux adhérents réunis en assemblée générale. Au cours de l’exercice 2018-2019, la coopérative dont le siège est à Haut-Mauco (Landes) a certes enregistré un chiffre d’affaires en hausse de 2,4 % à 1,344 milliard d’euros, mais ses résultats se sont fortement dégradés : après deux exercices positifs, le résultat net du groupe repasse dans le rouge, avec une perte nette de 25 millions d’euros (contre un résultat positif de 9,7 millions d’euros en 2017-2018) et l’EBE est en fort recul à 25,3 millions d’euros (contre 52,7 millions d’euros en 2017-2018).
« C’est un exercice décevant marqué par des changements brutaux auxquels on ne s’attendait pas », commente Philippe Carré, directeur général du groupe coopératif. Sans détailler de façon chiffrée les pertes pour chaque pôle d’activité, Philippe Carré explique que les deux principaux foyers de pertes sont, à parts égales, l’activité de semences qui a connu un « retournement inattendu du marché ukrainien » et l’activité agroalimentaire (Delpeyrat, Comtesse du Barry, Sarrade et Delmas) dont « les ventes ont été touchées par les conséquences de la loi Egalim et du mouvement des Gilets jaunes. » La faible récolte de céréales à cause de la météo et la hausse des prix de l’alimentation animale sont aussi des facteurs d’explication à cette contre performance.
La filière du canard gras de la coopérative a subi de plein fouet les nouvelles règles imposées par la loi Egalim qui s’appliquaient pour la première fois lors de la saison festive 2018/19. « Le foie gras était vendu à environ 70 % sous promotion en grandes surfaces, et subitement la loi nous impose de ne pas dépasser 25 % des volumes sous promotion », explique le directeur général. Conséquence : des ventes en fort recul, d’autant plus que l’approvisionnement des magasins était perturbé par les blocages organisés par les Gilets jaunes. Les mauvaises ventes de foie gras en fin d’année ont généré des stocks de magrets et de confit. « Il aurait fallu que la réduction des volumes sous promotion se fasse de façon graduelle, ce que nous demandions, mais nous n’avons pas été entendus », poursuit-il. La coopérative demande également que les produits festifs ne soient pas traités comme des produits agroalimentaires courants.
Le poulet, et surtout le canard, durement touchés
Les conséquences de la loi Egalim se sont fait aussi sentir sur la filière du poulet (Fermiers du Sud-Ouest), dont les ventes étaient dépendantes des promotions. « La production de poulet a été ralentie par rapport aux années précédentes au cours desquelles le cheptel mis élevage était augmenté ponctuellement pour répondre aux périodes de promotion ».
Face à cette situation difficile, le pôle agroalimentaire de Maïsadour a connu un changement d’organisation. Philippe Carré, DG de la coopérative et de son pôle agroalimentaire MVVH, a confié en juin cette dernière responsabilité à Eric Humblot, ex-directeur général de Saupiquet. Quant à Dominique Duprat, à la tête de Delpeyrat, il a quitté la coopérative en octobre pour prendre la tête d’Europe Snacks France, fabricant de biscuits apéritifs sous MDD.
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La coopérative avait annoncé en janvier plusieurs nominations à la suite de la création de nouvelles directions : Céline Peillod à la direction adhérents, Régis Fournier à la tête de la nouvelle branche filières végétales (productions végétales et semences) et Jacques Groison comme directeur général de la filiale semences MAS Seeds.
Les prévisions de la coopérative ne sont pas très encourageantes pour le canard gras, dont « la filière ne va pas se relever en une année », estime Philippe Carré. Il veut poursuivre le redimensionnement de l’outil industriel de la coopérative aux volumes de canards qui se sont fortement réduits depuis l’épizootie d’influenza aviaire, passant de 9 millions de bêtes par an à 6 millions aujourd’hui. Des mesures ont déjà été prises comme la fermeture de deux conserveries (à Dax et dans le Tarn-et-Garonne), la reconfiguration du site de Mugron (Landes) et la cession du site de Thouars (Deux-Sèvres). « Nous travaillons sur d’autres dossiers en privilégiant toujours le dialogue avec les instances représentatives du personnel », explique le directeur général.
Les difficultés rencontrées par Maïsadour, après deux années de croissance, amènent la direction à ne pas exclure des décisions radicales, à l’image de la cession complète de l’activité de jardinerie à InVivo Retail. « Si des activités ne sont pas au cœur de la mission de la coopérative, nous n’hésitons pas à les céder », précise Philippe Carré, qui tient à souligner qu’il privilégiera toujours les filières qui sont proches des adhérents, comme l’élevage de canards et de poulets.
Des signes d’espoir pour l’exercice en cours
L’exercice 2019-2020 (clos au 30 juin) devrait être marqué par une amélioration du résultat net grâce notamment à l’amont : de bonnes récoltes réalisées à l’automne, des mesures prises pour redresser la situation dans les semences en Russie et en Ukraine, et certaines activités qui se portent mieux. La nutrition animale bio connaît un développement très soutenu qui conduit Sud-Ouest Aliment à créer une société en Espagne. En volaille, la coopérative se focalise « sur les circuits spécialisés bouchers-charcutiers-traiteurs, sur la restauration hors domicile et sur l’international tout en renforçant ses positions en GMS ». Le bien-être animal, notamment à travers les découpes de poulet MDD pour Casino, sont une piste à développer selon la coopérative. Les produits qui répondent aux attentes des consommateurs comme les charcuteries sans nitrite de Delpeyrat sont aussi un motif de satisfaction.
Le pôle gastronomie veut se développer dans le saumon dont la consommation se porte bien : « Maïsadour vient de prendre une part minoritaire d’AMP Saumon de France, seul producteur de saumon français, établi à Cherbourg », annonce Philippe Carré. La filière de la truite intéresse aussi la coopérative qui prévoit d’investir dans des piscicultures, en France ou en Espagne. Enfin, Maïsadour compte sur son réseau naissant de boutiques En direct de nos producteurs, dont le déploiement a été confié au patron de Comtesse du Barry, Philippe Fourest (Agra Alimentation du 17 mai 2018). "Nous nous donnons encore un peu de temps, mais nos magasins en circuit court, qui donnent de bons résultats, pourraient être franchisés à l’avenir », déclare Philippe Carré.