La société de Recherche & Développement ARD a inauguré le 28 mai de nouvelles installations au cœur de la bioraffinerie de Pomacle Bazancourt. Cet investissement de 7,5 M d'euros, soutenu par des actionnaires comme Vivescia et Cristal Union, permet d'adosser un laboratoire et une unité pilote au démonstrateur industriel déjà sur place.
« ARD a pour mission d'explorer le futur » pour valoriser la biomasse, a déclaré son président Alain Le Floch (Vivescia), souhaitant « que cette recherche devienne une industrie ». Depuis sa création en 1989, la société a démontré un savoir-faire dans le raffinage du végétal, les biotechnologies industrielles et la chimie verte. Elle a su développer des projets industriels comme Soliance (ingrédients cosmétiques), récemment cédé au groupe Givaudan, ou Wheatoléo (ingrédients détergents et émulsionnants). Une des activités d'ARD est en effet la valorisation de ses propres sujets de recherche par la création de filiales destinées à mettre sur le marché et industrialiser de nouveaux produits. La société a mis au point les procédés permettant la création, sur le site de Pomacle Bazancourt, d'outils industriels comme Chamtor (produits amylacés), Cristanol (bioéthanol). Mais son chiffre d'affaires d'environ 11 M d'euros est réalisé à 70 % en prestations de services R&D, auprès de clients comme Global Bioenergies, une start-up française qui transforme des ressources renouvelables (sucre, céréales, déchets agricoles et forestiers) en gaz isobutène. « Notre savoir-faire et nos équipements permettent d'accélérer les processus de mise en marché de produits tout en optimisant les coûts et investissements », a souligné le DG Yvon Le Hénaff, qui compte au sein de sa clientèle « un gros contingent d'Américains ».
Produire plus de biomasse
Reste à produire toute la biomasse nécessaire au fonctionnement de la bioraffinerie. C'est le point soulevé par Christian Rousseau, président de CRD (Céréales Recherche Développement), lors d'une table ronde au cours de l'inauguration. Dans une optique de produire plus, les agriculteurs peuvent compter sur le levier génétique. Mais Christian Rousseau est apparu sceptique quant à l'idée de passer de 9 t/ha à 15 t/ha. « Une solution est de produire plus longtemps » lors d'une même saison, « grâce à l'interculture », a-t-il lancé. « Entre la récolte des blés et le semis des betteraves, le champ reste huit mois sans production », qui peuvent servir à « produire de la biomasse pour la bioraffinerie. Il faut y travailler. Les instituts techniques sont convaincus de la possibilité de faire trois cultures en deux ans. C'est une révolution pour demain. »
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Un besoin de visibilité
Olivier de Bohan, président de Cristal Union, a lui repositionné le débat sur l'innovation en évoquant « le défi de la fin des quotas » sucriers. « On essaye de nouveaux débouchés », a-t-il souligné, citant l'exemple de Global Bioenergies. « L'alimentaire et le non-alimentaire ne sont pas en opposition. Ils sont très complémentaires. » Et d'enchaîner sur la problématique de baisse des émissions de CO2. « La production d'éthanol à partir de betterave, c'est 30 g de CO2 par unité énergétique, à partir de blé, c'est à peine 40 g, quand le pétrole est à 90 g, le charbon à 170 g », a lancé Olivier de Bohan. 300 M d'euros ont été investis dans l'usine de biocarburant Cristanol, a-t-il rappelé, en soulignant un « besoin de visibilité ». « On demande un soutien des pouvoirs publics », a-t-il insisté, avant de critiquer la « machine arrière » sur les objectifs d'incorporation dans l'essence.