Le gouvernement argentin a annoncé, le 22 juin, qu’il prolongerait l’interdiction d’exportation de bœuf jusqu’au 31 décembre, en la limitant à certaines pièces. En échange, des exonérations fiscales ont été accordées à certains éleveurs.
Malgré la grève des éleveurs durant deux semaines début juin, le président péroniste Alberto Fernández n’a pas fléchi. Il a décrété, le 22 juin, l’interdiction d’exporter certaines découpes de bœufs (tous les morceaux avec os, ainsi que la tranche et la bavette), jusqu’au 31 décembre, prolongeant tout en les restreignant des mesures prises depuis mai.
Ce n’est pas la première fois que des gouvernements péronistes interviennent sur le marché du bœuf. Héctor Cámpora avait gelé les prix du bétail de la foire aux bestiaux de Buenos Aires en 1973, et Néstor Kirchner suspendit les exportations de bœuf en 2006. Leur objectif commun : endiguer l’inflation de cet aliment considéré comme primordial par la population. Des mesures contestées sur leur efficacité, et aux conséquences jusqu’ici désastreuses pour les éleveurs. Le cheptel bovin argentin composé de 50 millions de têtes environ en aurait perdu une dizaine de 2006 à 2010.
D’où la stupeur qui avait saisi les syndicats d’éleveurs lorsque le gouvernement a suspendu au printemps les exportations de bœuf (à l’exception des contingents Hilton, 481 et du marché israélien). Une mesure qui a été depuis maintenue dans l’esprit, et précisée par décret.
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Doutes sur l’efficacité
Pour l’expert du marché bovin argentin Ignacio Iriarte, la mesure n’aura pas eu les effets escomptés sur le prix de la viande. « Du jour au lendemain, le gouvernement a augmenté l’offre de viande sur le marché argentin de 15 % à 17 %, estime-t-il. Les bouchers, qui devraient être avantagés par la baisse annoncée du prix des carcasses, n’en feront pas bénéficier leurs clients. Pourquoi le feraient-ils ? La trentaine d’abattoirs qui fournissent 95 % des exportations argentines de bœuf devront réduire la voilure de 30 % à 40 % au niveau des volumes. Ils vont sans doute supprimer des emplois. Et l’Argentine, qui a exporté 900 000 t de bœuf en 2020, devait passer le cap du 1 Mt cette année. »
Les syndicats d’éleveurs ont encore exprimé leur rejet de la mesure lors de manifestations organisées le 9 juillet, jour de fête nationale. Seuls certains dirigeants de la Fédération agraire argentine (FAA) voient cette mesure comme un consensus. « Ces restrictions à l’export se justifient au regard de la fraude fiscale généralisée des exportateurs de bœuf, estime l’éleveur allaitant Sebastián Campos, dirigeant de la FAA. Le gouvernement montre un certain apprentissage de l’Histoire en tâchant de limiter les conséquences néfastes de son intervention sur le marché ».
Signe de sa recherche d’apaisement vis-à-vis du secteur agricole, le gouvernement argentin a annoncé, simultanément à ces restrictions commerciales, un plan de promotion de l’élevage allaitant qui prévoit certaines exonérations fiscales.