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Produits laitiers/Concentration Arla-Campina : la fusion est annulée

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La fusion entre les groupes coopératifs laitiers Arla Foods et Campina n’aura pas lieu. N’ayant pas réussi à s’entendre sur une solution commune concernant le capital de la nouvelle entité, ils ont décidé d’arrêter la fusion tant redoutée par le secteur en Europe. Si chacun assure repartir en bons termes et ne pas définitivement condamner l’idée d’un rapprochement, les chances de concrétisation semblent de plus en plus ténues. D’autant que le directeur général d’Arla Foods, Aake Modig, ardent défenseur du projet, a décidé de quitter le groupe.

Le mariage a été annulé devant l’autel. Après des semaines de tergiversations, la fusion tant redoutée entre les deux groupes coopératifs laitiers dano-suédois Arla Foods et néerlandais Campina n’aura finalement pas lieu. Au premier rang des raisons qui ont poussé à prendre une telle décision, les difficultés d’établir la valeur de chacun des partenaires en présence et des problèmes relatifs à leurs différentes structures de capital. Un échec qui montre toute la difficulté de rapprocher deux groupes laitiers coopératifs au fonctionnement radicalement différent et parfois rigide. Des différences de « culture » qui avaient déjà conduit à repousser le vote des représentants des deux promis, initialement prévu le 6 avril dernier. En effet, si les deux groupes réclament des participations à leurs adhérents pour garantir la collecte de leur lait, les éleveurs de Campina ont la possibilité de récupérer leur mise initiale s’ils désirent changer de coopérative tandis que ceux d’Arla ne peuvent être indemnisés qu’à la condition qu’ils abandonnent définitivement la profession. De plus, les fermiers de Campina ont la possibilité, quand ils n’ont pas besoin de leur paye de lait, de la laisser fructifier sur un compte courant rémunéré ; un système qui n’existe pas chez Arla.

Une perte de confiance réciproque

Autant d’éléments qui ont poussé le groupe dano-suédois à demander à Campina une compensation d’un montant de 325 millions d’euros, alors qu’il envisageait d’adopter le même système que son partenaire. « Les compromis sont acceptables, mais pas à n’importe quel coût », aurait ainsi déclaré Campina en guise de réponse à ces exigences. Finalement, les deux groupes ne se sont pas entendus sur une solution commune et ont décidé d’arrêter en chemin le processus de fusion. Mais le mystère plane au sujet des responsabilités de chacun dans cet échec et de l’élément déclencheur de la fin des négociations. « Conformément à une déclaration d’intention juridiquement contraignante, les deux parties ne peuvent pas approfondir les causes de cette rupture », a en effet déclaré Arla. « En plus de ces problèmes de départ, il y a eu tout un faisceau d’autres raisons », explique quant à lui un professionnel du secteur. Si Arla est souvent désigné comme étant responsable de la rupture, d’aucuns pensent que Campina aurait perdu confiance en ce gros mastodonte d’Arla, dont les performances depuis l’annonce de la fusion en décembre n’ont pas été à la hauteur des espérances de la future mariée. En effet, les revenus du groupe dano-suédois ont, depuis le début des discussions, été touchés par la pression de la concurrence sur ses marchés, la faiblesse du dollar et l’arrêt de subventions à l’export.

Le DG d’Arla démissionne

« Nous avons un grand respect pour Campina et nous regrettons de ne pas être parvenus à un résultat satisfaisant dans nos négociations, a indiqué le président d’Arla, Knud Erik Jensen. Nous nous séparons en bons amis, et il se peut que nous reprenions le dialogue à l’avenir ». Si les deux groupes ont voulu faire bonne figure et exprimer leur respect mutuel après cet acte manqué, les espoirs d’une éventuelle reprise du dialogue semblent pourtant s’évanouir de jour en jour. D’autant que le principal initiateur du projet, le directeur général d’Arla Aake Modig, a préféré quitter le groupe à la suite de l’échec de cette fusion. « Le conseil d’administration et moi-même sommes d’accord pour que je quitte la société, maintenant que le processus de fusion est terminé », a-t-il observé, notant qu’il restera à son poste jusqu’à la nomination de son successeur.

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Chacun pour soi

Cette fusion, la plus importante jamais annoncée au Danemark, rendue publique en décembre dernier, devait créer le premier groupe coopératif laitier mondial, Campina Arla, avec un chiffre d’affaires d’environ 10 milliards d’euros, 28 000 employés et 21 000 producteurs laitiers propriétaires. Elle devait permettre de juguler la baisse du prix du lait de 22 % annoncée par les deux protagonistes. Pourtant chacun assure aujourd’hui pouvoir faire cavalier seul et affronter les difficultés du secteur sans l’aide de l’autre. Ainsi Arla a-t-il baptisé sa stratégie 2007, bientôt soumise à ses adhérents, « stand-alone » (autonome). Celle-ci prévoit notamment que le groupe se concentre désormais sur les pays nordiques, le Royaume-Uni, l’export et les ingrédients, tout en menant une politique de réduction des coûts et de recherche de rentabilité. De son côté, le directeur général de Campina, Justinus Sanders a déclaré : « Bien que nous regrettions l’annulation de la fusion, nous sommes convaincus que Campina a suffisamment d’opportunités et de force pour poursuive sa course réussie à la croissance internationale, à l’innovation et à la rentabilité ». Quoi qu’il en soit, cette décision donne du répit aux autres groupes coopératifs européens. Reste à savoir s’ils sauront en profiter…