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Arvalis se positionne sur la biodiversité

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Avec plusieurs expérimentations en cours, l’institut technique des céréales espère proposer sous peu aux producteurs des références techniques précises sur le contrôle des ravageurs par les auxiliaires naturels. Des résultats qui pourront intégrer l’outil de diagnostic d’exploitation inter-institut Systerres.

« On se heurte très vite à ce qu’on ne connaît pas », souligne Stéphane Jezequel, directeur scientifique d’Arvalis, rappelant que près des trois quarts des insectes dans le monde n’auraient pas encore été décrits. Face à cette méconnaissance du vivant, souligne-t-il à l’occasion d’un voyage de presse, la plupart des études se concentrent pour l’heure sur des espèces iconiques, comme la perdrix ou l’abeille. « Mais nous sommes encore bien en peine de donner un état de la biodiversité aux champs ».

Espérant détailler le lien entre productivité et biodiversité à l’attention des céréaliers, son institut a participé à plusieurs expériences variées au cours des dernières années. En 2014, le projet Casdar Interapi, coordonné par l’Itsap, s’est penché sur le cas des cultures intermédiaires. En 2018, Tel-IAE a montré les possibilités de détecter les infrastructures agroécologiques par satellite, et Agribirds a permis de mettre au point des protocoles d’observation des oiseaux à destination des agriculteurs.

« L’objectif désormais est de développer nos propres indicateurs, pour les adapter aux pratiques, et les rendre utiles pour les agriculteurs », prévoit Stéphane Jézéquel. Ces résultats pourraient alors intégrer l’outil de diagnostic d’exploitation inter-institut Systerres, en proposant des résultats de performance spécifiques à la biodiversité. « Pour l’heure, nous serions plutôt sur des indicateurs de cause, comme le travail du sol, ou les IFT », souligne Véronique Tosser, ingénieur biodiversité chez Arvalis, en charge de plusieurs projets à l’échelle nationale.

De la théorie à la pratique

Parmi les projets en cours, la station de la Jaillère (44) se penche plus spécifiquement sur l’évaluation de la densité d’auxiliaires comme les carabes ou les coccinelles par rapport à la distance d’un couvert mellifère, grâce à des pièges et à une surveillance vidéo. « Actuellement la démarche reste à la parcelle. Mais nous en sommes aux balbutiements, et nous avons du mal à diffuser les protocoles simplifiés », reconnaît Alain Dutertre, directeur de la station de la Jaillère.

Tentes malaises pour capturer les insectes volants, ou pots Barber pour recueillir ceux du sol : de nombreux protocoles connus de longue date ont des coûts modestes. Les freins se situent plutôt dans l’identification des insectes dans les échantillons, qui doit être réalisée dans des laboratoires spécialisés. « Parmi les carabes, certaines espèces sont des auxiliaires, d’autres des ravageurs, et il faut aller jusqu’à l’espèce pour le savoir », illustre Jonathan Marks-Perreau, ingénieur environnement chez Arvalis, en charge des suivis à la Jaillère.

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C’était cette station qui, dans les années 1990 avait déjà proposé les bandes enherbées en bord de champs pour limiter la présence de résidus de phyto dans les eaux. « Sur la biodiversité, nous sommes dans la continuité de notre métier, et nous allons continuer à pousser la réflexion pour proposer des choses aux agriculteurs. Mais c’est à eux que reviendra la décision finale », souligne Alain Dutertre.

À la recherche de financements

Pour Arvalis, les analyses de biodiversité au champ pourraient devenir monnaie courante d’ici cinq ans alors que « les technologies se développent rapidement », comme le souligne Stéphane Jézéquiel, son directeur scientifique. La question du financement, en revanche, reste entièrement ouverte. « Ces efforts ont un coût pour l’agriculteur, qui devra pouvoir être accompagné par des paiements pour services environnementaux dans la Pac, ou par les filières et les consommateurs », prévient Stéphane Jézéquiel.

Sur le seul thème des auxiliaires, souligne Arvalis, les initiatives privées se multiplient. L’implantation de couverts mellifères, et l’offre semencière correspondante, se sont développées dans les dernières années grâce à des cahiers de charges comme celui de Lu Harmony, qui imposer de réserver 3 % de la surface des champs à la biodiversité. En Bourgogne, le projet R2D2 mené par Terre Inovia et Arvalis avec des financements de l’OFB espère également restaurer les populations d’auxiliaires pour sauvegarder la culture du colza.

« Parmi les grands principes en écologie, il faut environ cinq ans pour atteindre un nouvel équilibre. Cela fait partie des choses que nous vérifions avec R2D2, tout comme la question de la variabilité annuelle des auxiliaires en lien avec la météo », précise Véronique Tosser, ingénieur biodiversité chez Arvalis, en charge de plusieurs projets à l’échelle nationale. Autant de questions encore en suspens qui pourraient ralentir l’obtention de résultats et leur diffusion chez les agriculteurs, alors que les alertes sur l’état de la biodiversité sont toujours plus nombreuses.

« L’objectif désormais est de développer nos propres indicateurs »

« En écologie, il faut environ cinq ans pour atteindre un nouvel équilibre »