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Sucre / réorganisation  Associated British Foods réorganise ses activités sucrières

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Pour conserver son leadership dans le difficile contexte de la réforme du régime sucrier de l’Union européenne, le second producteur européen, filiale de Associated British Foods, ne reste pas de marbre. Après avoir restructuré sa production en Pologne, annoncé le rachat du producteur africain Illovo, puis son partenariat avec BP et DuPont pour produire des biocarburants, British Sugar fait part maintenant de sa décision de fermer deux de ses six usines en Grande-Bretagne et déclare, par la même occasion, qu’il compte acquérir des quotas sucriers supplémentaires pour le Royaume-Uni comme pour la Pologne.

Nous avons l’intention de produire à terme plus de sucre dans quatre usines en Grande-Bretagne que ce que nous produisons actuellement dans six », a déclaré George Weston, p.-d.g. d’AB Foods. Cette déclaration fait suite à l’annonce de la fermeture de deux des six sucreries de sa filiale British Sugar d’ici la fin de l’année, celles de York, dans le Nord-Est de l’Angleterre et d’Allscott à l’Ouest du pays. Ces fermetures ne sont pas un acte isolé, mais plutôt la suite d’un processus engagé dès 2005. L’impact très fort de la réforme européenne du régime sucrier sur le secteur (les prix garantis du sucre seront abaissés de 36% sur 4 ans) oblige ses protagonistes, même les plus gros, à s’adapter. British Sugar, seul sucrier britannique et second producteur européen, n’est donc pas exempte des restructurations nécessaires.

Une série de mesures dans un nouveau contexte

Déjà en 2005, British Sugar avait procédé à la fermeture de deux sucreries, cette fois-ci en Pologne, où, avec 4 usines, l’entreprise produisait alors 200 000 tonnes de sucre par an. Fort du succès de cette mesure, qui n’a pas endommagé la production, mais a au contraire permis la réalisation de gains de productivité, le groupe britannique a décidé de renouveler l’opération. Mark Carr, p.-d.g. de British Sugar l’affirme haut et fort : «  Etant donnés les changements significatifs de l’environnement dans lequel nous opérons, résultant de la réforme du régime sucrier de l’UE, ce projet a pour but d’augmenter notre efficacité en capitalisant sur une attention continue aux innovations de procédures, à l’utilisation des actifs et à l’investissement ». Mais la réorganisation des sucreries n’est pas le seul moyen d’adaptation choisi par la compagnie britannique. AB Foods mettra la main d’ici la fin de l’année sur le premier producteur africain de sucre de canne, Illovo, auquel il a offert 466 millions d’euros pour acquérir 51% de son capital. Une manière de préparer l’ouverture du marché européen aux pays PMA-ACP en 2009. Si les actionnaires réunis en assemblée générale viennent d’accepter l’offre, il ne reste plus qu’à attendre l’avis favorable des autorités de concurrence. Et ce n’est pas tout, le groupe agroalimentaire a également annoncé sa collaboration prochaine avec BP et DuPont pour mettre en route dans une usine de Grande-Bretagne, la prochaine génération de biocarburants, probablement à partir de 2007.

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Acquisition de quotas

Parallèlement, AB Foods souhaite négocier à Bruxelles des quotas de production plus importants. Pour 47 millions de livres (68 M EUR), à amortir sur 9 ans, le groupe compte acquérir un quota sucrier supplémentaire de 83000 tonnes pour le Royaume-Uni ainsi que 11000 tonnes supplémentaires à raffiner en Pologne. La production en Grande-Bretagne dépasserait donc les 1,3 million de tonnes produites actuellement. Conjointement, ces deux opérations « renforceront la position de British Sugar en tant que raffineur au moindre coût de l’industrie du sucre de betterave de l’Union européenne », énonce-t-on, confiant, au siège de l’entreprise.

Un défi pour l’avenir

Si la réforme a pour but de renforcer la compétitivité et l’orientation vers le marché du secteur sucrier européen, et de garantir à cette filière un futur à long terme, elle ne fait pour l’instant pas le bonheur de tout le monde. AB Foods a même annoncé l’année dernière que la réforme pourrait amputer le bénéfice du groupe de 10 millions de livres (14,5 M EUR) pour l’année 2006-07, 14 millions de livres les années suivantes. A mi-parcours (fin mars 2006), le sixième groupe agroalimentaire européen a déjà enregistré une baisse de 2% de son profit avant impôts. Pour 2005, le segment « alimentation primaire et agriculture », qui intègre les activités sucrières, a vu ses ventes diminuer de 8%, tandis que son bénéfice baissait de 1%. Pour la première moitié de l’année 2006, le bénéfice de la division « alimentation primaire » a, quant à lui, chuté de 32%, les activités de British Sugar en Europe étant la principale raison de ce déclin. La chute sera sans doute difficile à enrayer.