Semi direct et non-labour, retour de l'élevage dans une zone céréalière, réduction de l'usage des phytosanitaires par la rotation des cultures : en Champagne-Ardennes, l'agroécologie se pratique depuis longtemps, et certains agriculteurs œuvrent à sa généralisation.
L'AGROÉCOLOGIE, certains agriculteurs de Champagne-Ardennes l'ont mise en pratique depuis plusieurs années, voire plusieurs dizaines d'années, a-t-on pu constater lors de visites d'exploitations organisées pendant le congrès de l'association des journalistes agricoles (AFJA), les 25 et 26 juin.
« Ce n'est plus moi qui travaille, ce sont les vers de terre », lance Bertrand Patenôtre au milieu de son champ de soja, à Piney (Aube). Il utilise des techniques de conservation des sols depuis 1998, avec du semis sans labour et des couverts végétaux en interculture. 6 à 8 espèces sont semées chaque année parmi un catalogue d'une quinzaine de cultures différentes (blé, orge, colza, soja, chanvre, graminées...).
Il participe activement au club Agrosol de la coopérative Vivescia, qui regroupe des agriculteurs s'interrogeant sur des changements de pratiques : « On se rencontre, on échange, et on est de plus en plus nombreux », se réjouit-il.
En 2006, il a réintroduit de l'élevage sur ses 175 hectares de céréales : alors que les couverts végétaux sont souvent détruits avec du glyphosate, chez Bertrand Patenôtre, ce sont 500 brebis qui s'en délectent. Et qui fertilisent par la même occasion le sol avec leurs déjections. « Redevenir éleveur, c'est un peu plus de contraintes, mais finalement pas tant que ça », résume-t-il. Sa seule crainte concerne l'arrivée des prédateurs dans ces parcelles où pâturent librement les brebis : « Si le loup arrive et que je n'arrive pas à protéger mes bêtes, j'arrête l'élevage ».
Les changements de règlementation nuisent à l'agroécologie
Benoit Collard possède quant à lui, en plus de ces céréales, deux ateliers de volailles et 4 jeunes bovins. Sur son exploitation à Somme-Tourbe (Marne), il a « introduit les techniques environnementales comme moyen de production » dès 1994. « Les agriculteurs n'étaient pas du tout sensibilisés, nous étions vus comme des écolos », sourit-il.
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En constante recherche, il espère que la rotation des cultures, la division des parcelles et la création de bandes enherbées lui permettra « de multiplier les auxiliaires de cultures, et à terme, de (me) passer totalement d'insecticides ». Il échange de la paille, de la luzerne et du blé contre du fumier avec un éleveur de bovin voisin, ce qui permet de « fertiliser tout l'emblavement de betteraves et d'augmenter le taux de matière organique des sols ».
Ses volailles sont nourries avec de l'aliment fabriqué à partir des céréales produites sur l'exploitation. Elles sont vendues directement au consommateur, et il participe à la création d'un magasin de producteur à Reims. « Nous sommes sûrs que ça va marcher si la qualité, l'accueil et la relation client sont là ».
C'est son entrée dans le réseau Farre (Forum des agriculteurs responsables respectueux de l'environnement) qui l'a « fait entrer dans l'agroécologie » : « Le mouvement a débuté depuis longtemps, mais Stéphane Le Foll a raison quand il dit qu'il faut maintenant passer du stade des pionniers à la généralisation ».
Mais selon lui, le principal frein et l'incessant changement de réglementation. « Ça a plombé l'évolution des agriculteurs sur l'agroécologie », a t-il constaté, citant l'exemple actuel des surfaces d'intérêt écologiques de la nouvelle Pac, dont les détails concrets ne sont pas encore connus pour l'année prochaine.
Remettre de l'élevage
Dans l'agroécologie, « les systèmes fonctionnent, les rendements et la qualité sont là », affirme Christian Rousseau, président délégué de la coopérative Vivescia, lui-même engagé de longue date dans des pratiques innovantes. « Si on améliore la santé de nos sols, nous aurons moins recours aux produits phytosanitaires », rappelle-t-il. Pour lui, la réintroduction de l'élevage dans cette zone céréalière est évidemment une bonne chose. « Mais il n'y a plus de filière, plus d'outil industriel dans la région », met-il comme bémol. Florent Thiebaut, ingénieur recherche au CETA de Romilly-sur-Seine, abonde : « Pour un céréalier qui a un revenu confortable, c'est dur de revenir à l'élevage. Mais il peut y avoir des regroupements d'agriculteurs, avec l'embauche de main d'œuvre qualifiée. Il y a une grosse réflexion sur le sujet chez nos adhérents ».